28.06.2008
Bienvenue sur ce blog !
Vous y trouverez :
Actualité !
L'abbé Bernard Pellabeuf fête ses trente ans de sacerdoce le 17 août.
Nouveau :
Une note sur le pardon chrétien.
TEXTES.
1 – Un dossier intitulé " Terre Sainte ", comprenant Géographie de la Terre Sainte, présentation de la Bible, Histoire Sainte, Le Linceul de Turin, datation des évangiles, questions de calendrier (Noël, Saint Jean d’été, Pâques) ;
2 – Un conte de Noël ;
3 - Des catéchèses sur les sacrements :
- deux catéchèses sur le baptême et la confirmation,
- une catéchèse sur l’eucharistie,
- une catéchèse sur le mariage ;
4 – Un article "Pascale Mysterium", sur les actions symboliques du Christ ;
5 – Des remarques sur les traductions liturgiques ;
6 – Des notices sur des saints militaires ;
7 – Quelques vies de saints africains ;
8 – Sous le titre " Lumen Orientale ", un texte sur Saints Cyrille et Méthode et un sur les Orthodoxes ;
9 – Une petite étude : " Jésus ou Bouddha " ;
10 – Paterculi pericula ;
11 – Quelques souvenirs de voyages (Rwanda, Zaïre, Adriatique, Terre Sainte, Océan Indien et Golfe Persique, Kirghizistan) ;
12 - Sous le titre "Histoires de chevalerie", des précisions sur Béziers et Simon de montfort lors de la croisade des Albigeois et une enquête historique sur les chevaliers du royaume du Congo.
13 - Quelques distractions : Petit traité du bon ou mauvais usage épiscopal de la délation cléricale, Présentation du décret "Non licet prohibere" pour l'application du Motu Proprio "Summorum Pontificum", et enfin "Ire et châtiment" (une information à la clientèle de l'entreprise Trois-carétel).
Prochainement : une catéchèse sur l’âme ; une petite école de prière.
Nota bene : Les dates indiquées pour chaque note ne correspondent pas à leur introduction sur le blog ; elles servent uniquement à les disposer selon une certaine logique.
Vous pouvez aussi retrouver l’auteur de ce blog :
Sur le site http://www.etudesfda.com
" Considération sur la liberté religieuse " (en annexe à l’étude de Rémi Pellabeuf)
et sur : http://maranatha.mmic.net/Vocations.htm
un article sur le sens de la prière eucharistique.
Bonne lecture !
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27.06.2008
LE PARDON.
Introduction : le pardon aujourd’hui.
Pardonner n’a pas bonne presse : on peut avoir l’impression de s’abaisser en pardonnant. L’orgueil s’y refuse assez spontanément. On ne veut pas avoir l’air faible en refusant de se venger.
Cette tendance de la nature déchue a été renforcée dans la culture occidentale par le marxisme. Pour les marxistes, il ne faut pas pardonner à celui qui est injuste : c’est, dans cette perspective, la haine qui fait progresser l’humanité. La révolution se réalise si les hommes se haïssent et pour cela les révolutionnaires cherchent à rendre le pardon impossible. Tout le monde risque d’être plus ou moins gagné par cette idéologie de la haine – ou au moins par son résultat le plus courant : la petite hargne permanente.
Une autre idéologie hostile au pardon est le devoir de mémoire – du moins une certaine conception de celui-ci. C’est vrai que l’histoire est importante, elle nous permet de juger les travers du passé pour tâcher de les éviter dans l’avenir. Mais cela ne doit pas empêcher le pardon. Il est mauvais de gratter les cicatrices mal refermées ; il est mauvais d’entretenir dans la conscience ce qui peut entraîner du ressentiment.
D’ailleurs le pardon au niveau international ou national permet de grandes choses. Rappelons-nous l’exemple du Père Werenfried Van Straaten. Ce Prémontré Hollandais, après la guerre de 1939-1945 où les Pays-Bas avaient beaucoup plus souffert que la France, a réussi à convaincre ses compatriotes de pardonner aux Allemands et de venir en aide aux Allemands catholiques déplacés de l’Est. Il a fondé l’Aide aux Prêtres de l’Est, devenue ensuite l’Aide à l’Eglise en détresse. On peut dire que c’est ce genre d’action des catholiques qui a permis l’édification de l’Europe au sortir de deux terribles guerres fratricides. Car cette action du Père Werenfried n’était pas isolée. Il y avait aussi, par exemple, l’association catholique d’amitié germano-polonaise. Elle a tenu une réunion solennelle au Katholikentag de Fribourg-en-Brisgau en 1978. A la table d’honneur, il y avait plusieurs cardinaux et archevêques : ce que tout le monde ignorait alors, c’est que parmi eux il y avait deux futurs papes, les cardinaux Woytela et Ratzinger.
Enfin, il faut souligner que le pardon est excellent pour la santé mentale personnelle. Des médecins ont publié il y a quelques années une note sur le pardon et ses vertus curatives : ils avaient constaté que bien souvent leurs patients guériraient s’ils acceptaient de pardonner. Et très probablement si l’on développait une véritable culture du pardon, il y aurait cent fois moins de divorces et d’autres plaies sociales dont nous souffrons.
Examinons donc ce qu’est le pardon dans la psychologie humaine, avant de voir comment le pardon a été vécu et transfiguré par Jésus-Christ.
Pour une psychologie du pardon.
On peut faire une première remarque : il y a trois " moments " du pardon.
Le pardon peut être accordé quand le mal n’a plus de conséquences : c’est assez facile, même si l’on n’y arrive pas toujours.
Le pardon peut être accordé quand le mal a encore des conséquences : c’est nettement plus difficile, et pourtant c’est un très bon moyen d’assumer précisément ces conséquences.
Le pardon peut enfin être accordé quand le mal s’exerce encore : c’est le plus souvent un acte d’héroïsme.
Cette remarque permet de comprendre que le pardon abolit les conséquences spirituelles (et parfois aussi psychologiques) du mal : c’est ce que Saint Paul appelle être victorieux du mal par le bien. Il arrive parfois que la constance et la paix des victimes font que les bourreaux se découragent et même se rendent compte du mal qu’ils font et y renoncent.
Une deuxième remarque conduit à voir le lien entre pardon et amour.
Le pardon doit être considéré comme une forme supérieure de l’amour : dans le pardon, l’amour est plus fort que ce qui le contrarie. Le pardon rend à nouveau possible l’amitié entre le bourreau et la victime.
Puisque le pardon est de la même famille que l’amour, il est soumis à la même loi que lui. De même que vouloir aimer, c’est déjà aimer, ainsi vouloir pardonner c’est déjà le début du pardon.
On oublie trop souvent aujourd’hui que l’amour n’est pas une passion : ce n’est pas quelque chose que l’on subit. L’amour commence quand on veut le bien de celui qu’on aime. L’amour est quelque chose de voulu, d’assumé ; l’amour, cela se construit, cela se travaille. Si on se souvenait davantage de cela, on aurait là encore beaucoup moins de divorces. C’est d’ailleurs facile à faire comprendre aux enfants : " Si tu veux quelque chose, c’est que tu l’aimes ", leur dit-on : il y a toujours un amour à la base d’un vouloir. Ce rapport entre amour et volonté est si fort que dans la philosophie du Moyen-Âge on employait un mot pour l’autre.
Alors c’est un bon encouragement pour ceux qui veulent pardonner mais n’y arrivent pas. S’ils veulent réellement pardonner, ils ont déjà commencé à pardonner. Ce qui les empêche de pardonner complètement ne dépend pas forcément d’eux : cette pensée les aide bien souvent à progresser dans le pardon. Tout comme l’amour, le pardon se travaille, il se construit, il est le fruit d’une lutte en soi-même, dans laquelle il faut tenir compte de ce qui dépend des circonstances.
Ce sont ces circonstances qui doivent retenir notre attention maintenant : il y a des conditions matérielles et psychologiques du pardon.
Parfois certaines circonstances empêchent le pardon. Prenons l’exemple du harcèlement : quand l’injustice est répétée depuis longtemps, que celui qui la commet refuse toute discussion et ne reconnaît pas ses torts, quand on a des raisons de croire que cela n’aura pas de fin, il faut absolument sortir des circonstances qui empêchent le pardon.
Il arrive que des vacances aident à relativiser certaines choses en permettant à celui qui est victime de l’injustice de s’en écarter pour un temps. Ainsi le repos physique vient au secours de la détente psychique.
Une autre façon de sortir de la spirale de l’injustice est de s’interdire d’y penser. Cela aussi, on l’oublie trop facilement aujourd’hui : la volonté est capable de diriger nos pensées. Pratiquement, ne pas penser à l’injustice est possible seulement quand celle-ci a cessé. Mais souvent le mal déploie toutes ses conséquences en nous parce que nous n’arrivons pas à penser à autre chose : alors il faut maintenir qu’il est possible de s’affranchir de ses obsessions. Le combat est souvent très dur et très long, mais dés le début il commence à porter des fruits.
Ajoutons que pour être complet le pardon doit aboutir à la miséricorde. Il ne suffit pas d’oublier le mal ou de ne plus penser à celui qui l’a commis. La miséricorde est cette forme supérieure du pardon qui rétablit en l’offensé la possibilité d’aimer celui qui l’a offensé. Il s’agit de se refaire une idée de l’offensant qui exclut le souvenir de l’offense, qui revoit en lui une personne digne d’amour. La miséricorde relève le malfaiteur et le rétablit dans la société des gens honnêtes.
Ici, une remarque s’impose, et c’est celle de la loi de la réciprocité. On n’est pas capable de pardonner si l’on n’est pas capable de demander pardon. Si l’on est capable de demander pardon, c’est qu’on est conscient de ne pas être parfait. Et cette pensée de notre propre imperfection nous aide à prendre en compte l’imperfection de celui qui est injuste envers nous. Et de même que nous souhaitons être aimés malgré nos imperfections, de même notre ennemi, quelques soient ses torts, souhaite être aimé malgré ses imperfections. Donc, même si nous souffrons de ces défauts de notre ennemi, il faut être capable de lui offrir notre miséricorde.
Enfin, il faut savoir se pardonner à soi-même. Souvent on voudrait être parfait et on n’arrive pas à se pardonner ses propres imperfections. Pardonner ne veut pas dire que le mal est un bien, mais pardonner signifie qu’on a compris que la perfection n’est pas de ce monde. Par conséquent si je ne sais pas me pardonner à moi-même, je ne saurai pas non plus pardonner les imperfections des autres – surtout quand j’en ai été la victime.
Tout ce qui précède peut être compris même par des païens, et c’est la raison pour laquelle on a commencé par ces remarques. Nous pouvons ainsi aider tout le monde, y compris les incroyants. Mais il ne doit pas échapper que c’est la révélation chrétienne qui permet de saisir la réalité du pardon dans toute son ampleur, et que les civilisations qui ignorent cette révélation se condamnent à plus ou moins brève échéance à la spirale de la haine et de la vengeance. Aussi examinons à présent comment le Christ Jésus nous a donné l’exemple du pardon.
Le pardon chrétien
Il y a deux prières de pardon du Christ. C’est important déjà de noter que le pardon de Jésus est tellement total qu’il s’exprime dans des prières pour ceux qui lui font du mal. Le chrétien qui pardonne prie pour ses bourreaux, il prend lui-même leur défense et demande à Dieu de leur faire du bien. Ainsi se manifeste pleinement que la charité de Jésus habite en son disciple.
La plus connue de ces prières de pardon de Jésus est celle qu’Il fait sur la croix : " Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. " Jésus pratique la forme la plus difficile du pardon, Il pardonne pendant qu’on le torture. Il n’attend pas que le supplice soit terminé, il n’attend pas que la résurrection efface les conséquences du mal qu’on lui fait. Et c’est donc au pire moment pour Lui qu’il trouve la force d’excuser ses adversaires : " Ils ne savent pas ce qu’ils font. "
Le pardon des chrétiens est semblable à celui du Christ, comme le fut celui de Saint Etienne : celui-ci aussi a prié pour ses bourreaux au moment même où ils le lapidaient. Et ce pardon des martyrs est aussi efficace que celui de Jésus. Un très grand nombre de prêtres et de lévites de Jérusalem se sont convertis après la Pentecôte, et il faut y voir un effet de la prière de Jésus pour ses bourreaux. Et parmi les bourreaux de Saint Etienne il y avait Saul qui est devenu le grand apôtre Saint Paul. C’est grâce à cette forme de pardon qu’on a pu dire que le sang des martyrs est une semence de chrétiens.
La deuxième prière de pardon de Jésus est trop rarement interprétée comme prière de pardon. C’est celle qu’Il fait la veille de sa passion : " Père, je veux que là où je serai, ils soient eux aussi. " Cette prière prend toute sa force si on remarque qu’elle ne fait qu’un avec la prière " Père, pardonne-leur ". En effet, au moment où Jésus prie pour ses disciples, afin que le Père les prenne avec Lui, ces disciples ne sont pas encore rachetés par la mort et la résurrection de Jésus, même s’Il leur dit qu’ils ont été purifiés par son enseignement.
Ainsi le pardon des chrétiens n’est pas total s’il ne conduit pas la victime à souhaiter que le bourreau soit avec elle dans le paradis. C’est difficile à admettre, mais puisque Jésus nous dit que nous ne pouvons pas être pardonnés sans pardonner nous-mêmes, notre place au ciel dépend de la place que nous souhaitons à nos adversaires. Il faut bien reconnaître que ce n’est pas facile à vivre ; on peut donc se faciliter les choses avec un peu d’humour : imaginons la tête de notre bourreau en s’apercevant que nous sommes son voisin ! Là, on se rend compte que l’humour compte beaucoup dans la vie spirituelle. Mais imaginons surtout sa reconnaissance en constatant que cette place à la droite de Jésus, il la doit à notre prière… Enfin, n’oublions pas que si le pardon que nous lui avons accordé nous vaut une place d’honneur près de Jésus, nous-mêmes pouvons avoir une certaine forme de gratitude envers notre bourreau, puisqu’il a été pour nous l’occasion d’un progrès spirituel. C’est dans cette perspective qu’on arrive à la vraie miséricorde. En tout cas, on doit être très attentif, quand on pense devoir se défendre, à ne rien faire qui compromette, peu ou prou, la relation qu’on aura dans l’éternité avec le bourreau repenti.
Si tout pardon est une forme supérieure d’amour, le pardon chrétien est une forme supérieure de l’amour de charité. On dit qu’on mesure sa charité personnelle en considérant la charité qu’on éprouve envers son pire ennemi.
Qu’est-ce donc que la charité ? C’est Dieu Lui-même, puisqu’on dit avec Saint Jean que " Dieu est amour " (Deus caritas est). C’est Dieu en Lui-même et dans le rayonnement de son amour pour ses créatures. La charité de Dieu atteint chacun d’entre nous, qui peut librement répondre à cet amour. Dans ce lien de charité avec Dieu, chacun perçoit le lien d’amour qui lie Dieu à notre prochain. Dés lors, on n’a de cesse d’aimer celui que Dieu aime. On ne peut pas aimer Dieu sans aimer ses autres enfants. Notre charité à l’égard du prochain a pour but d’éveiller son amour non seulement pour nous-mêmes, mais surtout pour Celui qui est l’origine de notre charité. Il faut qu’un chrétien aime son prochain de façon tellement pure que le prochain se rende compte que l’amour véritable qui l’atteint vient en fait de Dieu. Ainsi à son tour il peut comprendre que Dieu est amour et se tourner vers Lui dans la charité. On voit que la charité est un vaste mouvement d’échange entre Dieu et ses créatures, qui en liant les hommes à leur Créateur les lie entre eux.
Le pardon s’inscrit donc dans cette démarche. L’offensé chrétien ne perd pas de vue la charité de Dieu envers l’offensant. On a souvent l’idée fausse que le péché supprime l’amour de Dieu pour le pécheur. Comment pourrait-on empêcher l’amour infini de rayonner sur tous et chacun ? Le bourreau ne cesse pas d’être soumis au rayonnement de l’amour de Dieu. Certes son péché l’empêche de profiter de la charité de Dieu. Mais c’est justement pour cela que la charité de la victime chrétienne est importante : comme celle du Christ elle vise au rétablissement de l’échange de charité entre Dieu et le bourreau.
Ainsi, lorsque le pardon est trop difficile, il faut l’accorder " dans le Christ " : il s’agit de laisser Jésus pardonner à travers nous. Dans la prière, on peut dire : " Seigneur, je vous demande que votre pardon atteigne mon ennemi à travers moi. " On se place ainsi à l’intérieur de l’amour de Dieu pour l’offensant. Là, quelle que soit son impuissance personnelle à pardonner, on est fort de la force de Dieu.
Il faut examiner maintenant le rapport entre le pardon et l’oubli. Il est clair que quand Dieu a pardonné, le péché est détruit, il n’existe plus. Dieu n’en garde donc pas mémoire. Il reste cependant la trace de la miséricorde de Dieu dans le cœur du pécheur. Au ciel, nous ne devons pas craindre le moment où tout sera dévoilé. Ce que les autres verront de nous, ce ne seront pas nos péchés, ce sera tout l’amour dont Dieu nous a aimés pour faire disparaître nos péchés. Et nous en serons heureux.
Chez les hommes, le problème de l’oubli est un peu différent. Bien sûr, le pardon devrait effacer totalement le souvenir de l’offense. Et même souvent, le souvenir de l’offense ne subsiste qu’accompagné de celui de l’effort qu’on a fait pour surmonter le désaccord, et l’amitié qui en résulte est plus forte qu’avant l’offense.
Mais parfois il faut tenir compte, sinon de l’offense, du moins de la capacité de l’autre à la commettre. Il faut pouvoir se mettre à l’abri d’un comportement agressif répété. Surtout si le sort d’autres est en jeu. Un chef doit se souvenir de l’incompétence d’un subordonné, un conjoint doit tenir compte d’un défaut de l’autre conjoint qui met en jeu la santé des enfants, etc. L’oubli consiste à faire sentir au délinquant qu’il est encore et toujours aimé, même si cela ne peut pas se traduire par une confiance en tout. Et la peine de mort, ainsi considérée, reste juste si elle a pour but de protéger d’éventuelles futures victimes, de même que la société dans son ensemble ; cependant, cette peine peut être vue comme le moyen par lequel le condamné paye sa dette et mérite la miséricorde de ceux qu’il a agressés.
Le pardon de Dieu nous est accordé de façon spéciale dans les sacrements. Au baptême, le péché originel et tous les péchés commis avant le baptême sont effacés, détruits. Cependant il reste dans le baptisé la trace des dégâts commis dans l’âme par ces péchés. On peut le comprendre en faisant une comparaison avec la lèpre : Blanche de Castille appelait le péché mortel " la lèpre de l’âme ". La lèpre ronge les chairs. Si on prend le bon médicament, on peut être guéri, c’est à dire que le bacille de la lèpre est tué et que les chairs redeviennent saines. Toutefois les membres perdus ne repoussent pas, il faut des prothèses. De même, pour l’âme guérie du péché, il reste à poser un certain nombre d’actes vertueux pour reconstituer dans l’âme la capacité d’aimer Dieu de façon pleine et entière. Le problème est le même pour l’absolution reçue dans la confession.
La loi de la réciprocité prend une nouvelle dimension dans la perspective chrétienne du pardon. Dans l’évangile Jésus insiste sur la nécessité de la réconciliation afin de pouvoir être en relation avec Dieu. C’est qu’avant tout le pardon envers notre prochain est indispensable pour recevoir le pardon de Dieu, et celui-ci est à son tour, évidemment, indispensable pour prier en vérité. Celui qui ne sait pas pardonner à son frère ignore ce qu’est le pardon et ne peut donc pas le demander à Dieu. Or demander pardon à Dieu est indispensable pour se mettre en condition de recevoir cette miséricorde divine toujours offerte. Le pardon n’est pas une question annexe dans nos vies ; il est une question fondamentale, vitale.
Conclusion : la repentance dans l'Eglise.
Pour conclure abordons le thème de la " repentance " chrétienne. Il s’agit d’abord de demander pardon à Dieu en priant pour les pécheurs qui ont comme sali le nom de Dieu en agissant mal dans une fonction où ils paraissaient engager son autorité.
Il s’agit ensuite de demander pardon aux hommes qui ont pu être éloignés de Dieu et de son Eglise par les péchés des membres de l’Eglise ; la reconnaissance de ces péchés montre que l’Eglise les condamne afin qu’ils n’empêchent pas l’adhésion aux valeurs évangéliques.
Dénoncer le mal est alors un acte de miséricorde. Mais on ne doit pas perdre de vue que l’Eglise est sainte. Si elle est composée de pécheurs, ce n’est pas au titre de leurs péchés qu’ils composent l’Eglise, mais c’est au titre de la miséricorde sanctifiante reçue de Dieu.
Si bien que le meilleur moyen pour l’Eglise de se faire pardonner les fautes de certains de ses membres, c’est encore d’exalter les fruits de la miséricorde divine en ses saints. Pardonner, c’est tourner son regard vers le bien et le détourner du mal.
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09.06.2008
JUBILE SACERDOTAL
Le dimanche 17 août 2008,
à 11 heures,
en l’église de Montireau (Eure et Loir)
l’Abbé Bernard Pellabeuf
célébrera une messe en latin
à l’occasion du trentième anniversaire
de son ordination sacerdotale
(4 mai 1978).
Tous sont invités.
Un verre de l’amitié suivra, à la Commanderie des Chevaliers de Notre-Dame (merci de vous inscrire, avant le cinq août, pour permettre de prévoir ce qu’il faut). Ceux qui en feront la demande recevront un plan d’accès. Il sera possible de prendre sur place un repas tiré du sac.
Ceux qui veulent manifester leur amitié par un cadeau peuvent faire un don, soit aux chevaliers de Notre-Dame pour l’entretien de leur chapelle où je célèbre la messe habituellement, et de la commanderie qui va nous accueillir, soit à leur section pour l’aide à l’Eglise en Afrique, la Fraternité Catholique eurafricaine. La quête sera attribuée à ces œuvres.
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01.11.2007
DOSSIER TERRE SAINTE
Ce dossier a été distribué aux marins de la Somme, lors de son escale à Eïlat en 1999. Les informations qu'il contient peuvent intéresser tous ceux qui veulent construire leur culture chrétienne sur des bases solides, en particulier les catéchistes.
GEOGRAPHIE DE LA TERRE SAINTE.
LES NOMS.
La Terre Sainte est ainsi appelée à cause des événements qui s’y sont déroulés et où l’on voit l’intervention de Dieu. Celui-ci avait promis à Abraham de la donner à sa descendance. Elle s’appelait alors Canaan. Quand après Moïse les Hébreux s’y installent, ils considèrent qu’ils la sanctifient par leur culte. Ils l’appellent bientôt Israël, qui est le surnom de Jacob, le petit-fils d’Abraham, qui est devenu aussi le surnom de tout le peuple. Mais à l’époque où les Hébreux s’installent dans les montagnes, les Philistins occupent la côte méditerranéenne. Le nom de Palestine s’est ainsi imposé à tous les voyageurs arrivant par mer.
GEOGRAPHIE PHYSIQUE.
Ce pays est constitué de bandes parallèles orientées du Nord au Sud. D’Ouest en Est on a successivement:
- La plaine côtière, le long de la Méditerranée: au Sud, elle s’élargit en gagnant sur la mer; vers le Nord du pays, elle s’élargit en gagnant sur les montagnes, plus basses en Galilée.
- La chaîne de montagnes: au Nord, elle touche les monts du Liban, où le mont Hermon culmine à près de 2 000 m; elle s’aplanit à hauteur de la Galilée puis reprend en Samarie et en Judée où à Jérusalem elle atteint presque 1 000 m, avant de repartir en pente douce jusque vers la Mer Rouge loin au Sud.
- La grande dépression du Jourdain et de la Mer Morte, qui présente un phénomène unique au monde par son ampleur: né sur les pentes du mont Hermon, le Jourdain est déjà à moins 200 m d’altitude au lac de Tibériade en Galilée, et descend à environ 400 m en dessous du niveau de la Méditerranée jusqu’à la Mer Morte, qui a elle-même à peu près 400 m de profondeur. Le système de faille où coule le Jourdain se prolonge jusqu’au Mozambique; au Sud d’Israël, il constitue le bras Est du Nord de la Mer Rouge.
- La chaîne de montagnes située à l’Est du Jourdain; elle est aujourd’hui en territoire jordanien.
GEOGRAPHIE HUMAINE AU FIL DE L’HISTOIRE.
Au temps de David, la bande côtière est presque entièrement aux mains des Philistins. Ce pays présente une certaine homogénéité, la plaine y étant plus large qu’ailleurs. Les Croisés y auront leurs dernières positions. Aujourd’hui elle constitue la bande de Gaza, occupée par les Palestiniens. Le Nord de la bande côtière est occupé par les Phéniciens; les Hébreux n’ont qu’un petit accès à la mer à hauteur de la plaine de Galilée et pour peu de temps sur la Mer Rouge à Eilat.
Au temps de Josué, le successeur de Moïse, les tribus se sont réparties dans les montagnes: deux tribus à l’Est du Jourdain; celle de Juda, bientôt la plus nombreuse en raison de son alliance avec des Cananéens, se voit attribuer le Sud, auquel elle va donner son nom: la Judée; les autres tribus occupent le reste du pays et vont constituer un royaume à part dont la capitale, Samarie, donne son nom au centre, tandis que la Galilée désigne la province du Nord.
A sa création en 1947-8, l’actuel Etat d’Israël ne recouvre pas la totalité du territoire des tribus anciennes: les Palestiniens gardent la bande de Gaza, les montagnes au Nord et au Sud de Jérusalem, et la rive Ouest du Jourdain à l’exception de son haut cours; la rive Est constitue la Transjordanie. Celle-ci est devenue la Jordanie en annexant les territoires palestiniens de Cisjordanie, tandis que l’Egypte s’emparait de ceux de Gaza, avant qu’ils soient occupés par Israël en 1967.
L’économie de l’Israël ancien repose sur le commerce par la Méditerranée et avec les pays voisins, mais surtout sur la culture de trois végétaux auxquels la Bible va donner une grande valeur symbolique: le blé au Nord, l’Olivier plus au Sud, et la vigne. L’élevage ovin est important, ainsi que celui des animaux de trait. Sous les empires perse, grec et romain, la province de Palestine reçoit des dons de plus en plus importants de la diaspora (les Israélites expatriés) pour le culte du Temple de Jérusalem.
Quelques villes célèbres:
1 - Tibériade, ville construite par le gouverneur Ponce Pilate en l’honneur de l’empereur Tibère. Elle donne son nom au lac appelé aussi « mer de Galilée ». Capharnaüm est située sur la rive du même lac, déjà en dessous du niveau de la Méditerranée.
2 - Nazareth, bourgade perdue au temps du Christ. On n’y a pas retrouvé de fondation en pierre datant de l’époque où Jésus y a passé son enfance: le charpentier y était indispensable.
3 - Jéricho, dans une oasis avec palmeraie, est extrêmement ancienne; elle a été détruite à plusieurs reprises, par des catastrophes naturelles ou des guerres.
4 - Jérusalem, prise par David, qui en fait la capitale religieuse et politique du pays, est située à peu près sur la ligne de crête entre la Méditerranée et la Mer Morte. Jésus y est mort et y est ressuscité, ce qui en fait le centre géographique du christianisme. Par la suite, les Musulmans reconnaissant la mission divine de Jésus en feront aussi une de leurs villes saintes.
5 - Bethléem, ville de naissance de David et de Jésus, est à quelques kilomètres de Jérusalem, avec laquelle le contraste est flagrant: on passe de l’opulence d’une capitale à la grisaille d’une ville de banlieue.
PRESENTATION DE LA BIBLE.
On distingue deux parties principales dans la Bible: l’Ancien et le Nouveau Testament. Ce mot signifie « alliance »; Dieu ayant fait plusieurs fois alliance avec les hommes. L’Ancien Testament parle de l’alliance avant Jésus, le Nouveau Testament de l’alliance en Jésus.
L’Ancien Testament occupe entre les deux tiers et les trois-quarts de la Bible. L’Evangile occupe une petite partie du Nouveau Testament.
I. L’ANCIEN TESTAMENT.
Il comprend lui-même quatre parties.
1) Le Pentateuque, littéralement « Cinq Volumes »; c’est la Thora ou « Loi » des Juifs.
Il est composé de cinq livres:
- La Genèse, ou « Commencement », qui raconte la création du monde, les débuts de l’humanité et les traditions concernant Abraham;
- L’Exode, ou « Sortie », qui raconte la sortie d’Egypte et les prescriptions de la loi de Moïse; c’est aussi le sujet des livres du Lévitique (prescriptions sacerdotales), des Nombres et du Deutéronome (compilation sans doute tardive).
On a longtemps affirmé que tout cet ensemble était de la main même de Moïse. On n’est pas obligé de le croire: Jésus lui-même affirme que les prêtres de Jérusalem enseignent avec l’autorité de Moïse. Ils étaient donc chargés de légiférer tout au long de l’histoire du peuple de Dieu, en conformité avec les principes révélés à Moïse. L’examen des textes fait apparaître des centres d’intérêt différents, avec des vocabulaires particuliers. On pense donc que le texte actuel est un amalgame de traditions différentes, par exemple la tradition « Eloïste », où Dieu est nommé « Eloïm » et la tradition « Yahviste », ou Dieu est appelé « Yahvé ».
2) Les livres historiques. Ils reprennent l’histoire d’Israël là où le Pentateuque l’avait laissée: juste avant l’entrée en Terre Sainte. On a ainsi surtout les livres de Josué, des Juges, de Ruth, de Samuel, des Rois, des Chroniques, pour l’histoire avant la déportation à Babylone. Puis on a les livres d’Esdras et de Néhémie, pour le retour d’exil, et les livres des Martyrs d’Israël, pour la révolte contre les Grecs. On a intercalé cet ensemble des livres qui ont longtemps passé pour historiques, mais qui paraissent plutôt être des sortes de « romans » à thèse, destinés à faire passer tel ou tel aspect de la révélation: Tobie, Judith, Esther et Job.
3) Les « Sapientiaux » (du latin sapientia, la sagesse).
Le plus connu de ces livres est celui des Psaumes: c’est un recueil de cent cinquante cantiques où l’on retrouve tous les thèmes de l’Ancien Testament. Ils sont encore la base de la prière liturgique des moines et des prêtres en dehors de la messe. Le Cantique des Cantiques est une hymne à l’amour de Dieu. Il y a aussi les Proverbes, l’Ecclésiaste, la Sagesse et l’Ecclésiastique: on y trouve des maximes pour guider sa vie courante sous le regard de Dieu. Certains de ces textes ont pu être rédigés dans la société juive aisée d’Alexandrie en Egypte très peu avant l’ère chrétienne.
4) Les Prophètes. Les plus importants sont Isaïe, Jérémie, Ezéchiel; et Daniel, Baruch étant inséré dans l’ensemble des textes de Jérémie; mais il y a aussi des livres de douze « petits prophètes »:Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie.
On pense souvent que le prophète est celui qui annonce les événements futurs. En fait ce mot signifie avant tout celui qui parle devant tout le monde. Les prophètes ont toujours dénoncé avec courage les abus de la société dans laquelle ils vivaient, appelant à se convertir et à revenir à l’observation de la loi de Moïse; ils ont prédit les malheurs qui allaient venir si l’on ne se convertissait pas; enfin Dieu leur donnait aussi de consoler ceux qui souffraient des abus ou du châtiment des abus, en annonçant la venue d’un Sauveur. Ils ont donc par avance fait le portrait du Christ, qui devait naître d’une vierge dans la descendance de David, devait souffrir pour effacer les péchés et finalement ressusciter.
II. LE NOUVEAU TESTAMENT.
1) Les écrits historiques. Dans cet ensemble on a les Evangiles de Matthieu, qui, écrit pour les chrétiens de Palestine, n’a pas besoin d’expliquer les coutumes des Juifs; de Marc, écrit probablement en reprenant la prédication de Saint Pierre à Rome; de Luc, écrit pour les Grecs, et de Jean, qui raconte un certain nombre d’événements dont il n’est pas question ailleurs et explique les choses en profondeur sans se contenter de décrire. On a en plus les Actes des Apôtres, écrits eux aussi par Saint Luc. Matthieu et Jean étaient parmi les douze Apôtres, choisis par Jésus lui-même pour enseigner et fonder l’Eglise en son nom; Marc, plus jeune que les Apôtres, vivait à Jérusalem au temps de Jésus (pour certains, il serait né peu après la mort et la résurrection de Jésus); enfin Luc était un médecin grec d’Antioche de Syrie: converti par Saint Paul, il l’accompagna dans ses missions, vint en Judée consulter les témoins oculaires des faits et gestes de Jésus et des Apôtres et les transcrivit dans ses deux livres.
2) Les Lettres ou « Epîtres ». Saint Paul fut le plus prolixe des écrivains du Nouveau Testament. Juif du monde grec né à Tarse dans le Sud de la Turquie actuelle, il avait commencé à persécuter les chrétiens de Jérusalem où il avait étudié auprès du meilleur théologien juif de l’époque; converti miraculeusement au cours d’un voyage à Damas, il a écrit ses épîtres aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, et aux Thessaloniciens, toutes communautés de l’Eglise naissante qu’il avait fondées pour la plupart, et ses lettres à Timothée et Tite, deux de ses disciples devenus évêques, ainsi qu’à Philémon, un autre de ses disciples. On attribue souvent à Saint Paul aussi l’épître aux Hébreux. D’autres lettres sont attribuées, avec un maximum de probabilité, aux Apôtres Saints Jacques, Pierre, Jean, et Jude.
3) L’Apocalypse de Saint Jean. Ce texte très particulier et difficile à interpréter rapporte les visions de Saint Jean dans lesquelles il transpose dans une perspective chrétienne les passages de l’Ancien Testament qui parlent du conflit entre le bien et le mal. Cette lutte entre les Anges et les démons en lien avec les combats des hommes atteint son paroxysme au moment où le Christ va revenir.
La Bible est donc un ensemble extrêmement varié de livres dont la rédaction s’est étendue sur près de vingt siècles, depuis les premiers récits des proches d’Abraham jusqu’aux ultimes mises au point des disciples ayant accompagné Jésus sur les routes de Palestine. Les chrétiens y voient l’inspiration de l’Esprit Saint qui s’est servi de toutes sortes de situations et de cultures pour faire connaître le mystère de Dieu. Et l’on peut comparer la Bible à un fruit: l’Ancien Testament est la pulpe, le Nouveau Testament est le noyau, et l’Evangile est le germe.
HISTOIRE SAINTE.
On appelle histoire sainte l’histoire des événements rapportés par la Bible. On trouvera ici quelques repères historiques avec des dates approximatives faciles à retenir.
DATE.
EVENEMENT.
COMMENTAIRE.
- 1800 Abraham quitte son pays (dans l’Irak actuel) car Dieu lui promet un pays et une descendance. Il arrive finalement en Canaan où il vit en nomade, comme plus tard son fils Isaac et son petit-fils Jacob.
Commentaire : On a retrouvé à Mari, ville du temps et du pays d’Abraham, une tablette où un Ammorite a gravé sa prière: il demande une terre et une descendance.
- 1600 Une famine en Canaan chasse les 12 fils d’Israël (le surnom de Jacob) en Egypte. Leurs descendants forment le peuple hébreu.
- 1250 Pendant une période, les garçons des Hébreux sont tués à la naissance. - Ceux-ci quittent l’Egypte sous la conduite de Moïse. L’extraordinaire succession d’événements qui les y aident est pour tous le signe de l’intervention directe du Dieu d’Abraham. Dans le désert du Sinaï, Dieu donne à Moïse les Dix Commandements, et le noyau d’une législation pour la vie des tribus.
Commentaire : Une stèle conservée au musée du Caire retrace les victoires du Pharaon Merenptah (1235-1224) ; on y lit entre autres : « Israël est anéanti et n’a plus de semence. » - On a trace de populations expulsées d’Egypte, notamment les Philistins, apparentés aux Hittites, qui s’installent dans l’actuelle bande de Gaza et donnent leur nom au pays: la Palestine.
- 1200 Sous la conduite de Josué, les Hébreux s’emparent des villes de Palestine. Les douze tribus issues des fils de Jacob s’installent dans le pays. La tribu de Lévi, celle de Moïse, n’a pas de territoire: les Lévites assurent le culte partout, parmi eux les prêtres sont les descendants d’Aaron, le frère de Moïse. La tribu de Juda, au Sud, est la plus nombreuse et s’est mêlée à des éléments indigènes.
Commentaire : L’archéologie révèle qu’à cette époque une civilisation a été détruite et remplacée par une autre moins avancée.
1200-1000 La division des tribus en fait des proies faciles pour les peuples voisins, surtout les terribles Philistins. L’administration se fait au conseil des anciens, réunis aux portes de chaque bourgade. Des Juges jouissant d’une grande réputation arbitrent les questions communes. Certains sont appelés par Dieu à diriger des coalitions de tribus qui repoussent les envahisseurs.
Commentaire : Le peuple Hébreu doit sa survie à sa position dans les montagnes et aux remparts de ses villes.
Du lieu du conseil vient le nom oriental du gouvernement: la porte. Ainsi on parlait de la « Sublime porte » pour l’état du sultan d’Istanbul.
- 1000 Le besoin d’une administration centralisée amène les Hébreux à demander un roi au prophète Samuel - les prophètes sont des hommes réputés pour parler au nom de Dieu. Ce premier roi, Saül, de la tribu de Benjamin au Nord du pays, est repoussé par Dieu. Tué au combat, il est remplacé par David, né à Bethléem dans la tribu de Juda. Pour faciliter l’unité nationale, il établit sa capitale à Jérusalem, une ville restée jusque là aux mains des Cananéens, à la limite entre Juda et les tribus du Nord.
Commentaire : Les Hébreux sortent de la préhistoire. Leurs traditions sont mises par écrit, les événements sont consignés, des chroniqueurs vont pouvoir rédiger l’histoire de leurs rois.
Les qualités de David et la paix qu’il a procurée font de lui un roi idéal, « selon le coeur de Dieu ». On voit en lui l’annonce d’un roi parfait que Dieu donnera finalement à son peuple.
- 950 Salomon, Le fils de David, lui succède. L’alliance conclue par son père avec les Phéniciens du Liban lui permet de faire construire à Jérusalem le plus beau temple de l’époque et d’armer une flotte à Eïlat sur la Mer Rouge. Le royaume est à son apogée.
Désormais, Jérusalem n’est plus une simple capitale politique, c’est une capitale religieuse qui survivra à toutes les vicissitudes de l’histoire.
- 930 Les tribus du Nord font sécession contre la dynastie davidique issue de Juda. Les rois de Samarie inaugurent un temple sur le mont Garizim pour drainer l’afflux des pèlerins de Jérusalem. Une statue de jeune taureau, dans ce temple, rappelle le dieu Apis des Egyptiens, dont le culte avait déjà tenté les Hébreux au temps de Moïse. Le royaume du Nord entre dans une période de décadence religieuse et d’instabilité politique.
Commentaire : La menace extérieure redevient sérieuse. De grands royaumes se sont reconstitués au Nord-Est, qui vont s’intéresser aux Etats Palestiniens.
L’hérésie samaritaine est à l’origine de la haine qu’on retrouve dans l’Evangile entre Juifs (=Judéens) et Samaritains.
- 720 Le royaume de Samarie est détruit par les Syriens. Les prophètes avaient annoncé cet événement, à cause de l’infidélité des dirigeants à la loi de Moïse. La dynastie davidique règne toujours à Jérusalem. Mais là aussi les riches méprisent et exploitent les pauvres.
Commentaire : Les Syriens de ce temps sont réputés pour les atrocités qu’ils commettent en s’emparant d’un pays. Des bas-reliefs en perpétuent le souvenir. Des populations étrangères se mêlent aux Samaritains survivants.
- 600 Jérusalem est prise et détruite par les Assyriens, qui ont d’abord soumis la Syrie. En deux vagues la population juive est déportée à Babylone, dans l’Irak actuel. Quelques-uns fuient en Egypte, un tout petit nombre reste en Palestine.
Commentaire : La religion des Juifs va évoluer considérablement à Babylone: ne pouvant plus offrir de sacrifices dans le temple de Jérusalem qui a brûlé, ils auront une religion plus intérieure.
- 540 Cyrus, l’empereur perse, s’empare de Babylone et étend sa domination jusqu’aux portes de l’Egypte. Face à ce pays, il a besoin en Palestine d’une population qui lui soit fidèle. Il autorise les Juifs à rentrer chez eux: ils s’installent en Judée et en Galilée, au Nord du pays. Peu à peu, ils vont reconstruire le temple, puis les remparts, malgré l’hostilité des « gens du pays » - traduisez les Samaritains.
Commentaire : Cet épisode aide à comprendre l’état d’esprit des colons juifs du XXème siècle.
Babylone reste un foyer de théologie aussi important que Jérusalem. C’est là que se mettent au point les rites de la diaspora (=dispersion) dont les Juifs se servent toujours
- 330 Alexandre le Grand s’empare de tout le Moyen-Orient. Ses généraux fondent des royaumes indépendants. La rivalité entre l’Egypte et la Syrie va empoisonner la vie de la Palestine. Les Juifs conservent leur autonomie, surtout en matière religieuse. Leur état est une sorte de théocratie dirigée par les prêtres du Temple.
Commentaire : La culture grecque fait irruption dans la mentalité juive, au point d’influencer certains textes de l’Ancien Testament écrits à Alexandrie. La communauté juive installée dans cette capitale traduit la Bible en grec (version des « Septante »)
- 160 Le roi , qui a unifié la Syrie et l’Egypte, veut supprimer les disparités dans son empire. Il cherche à éliminer la religion juive. Une révolte naît, dirigée par Judas Maccabée et ses frères. Les troupes grecques d’abord repoussées ne parviennent pas à obtenir un avantage décisif. Finalement les Juifs conservent leur autonomie.
Commentaire : L’hellénisation est davantage poussée en Galilée, moins montagneuse que le reste du pays et ouverte sur la Syrie.
- 60 Le général Pompée, après avoir soumis le Sud de la Turquie actuelle et la Syrie, s’empare de la Palestine. Les Romains se contentent d’abord d’un protectorat lointain, mais peu à peu dirigent tout le pays. Hérode le Grand, un Arabe nommé roi par les Romains, fait reconstruire le temple de façon grandiose. Son neveu Hérode Antipas ne règne plus que sur la Galilée et la Samarie, la Judée étant gouvernée par le Romain Ponce Pilate.
Commentaire : Au temps du Christ, le pays a gardé ses traditions religieuses, est marqué par la civilisation hellénistique et fait partie de l’Empire Romain.
En particulier, les Juifs peuvent rendre la justice comme ils l’entendent, sauf pour les condamnations à mort, soumises à l’autorité du gouverneur.
L’ÂGE DES EVANGILES.
Au XIXéme siècle des théologiens protestants de la tendance dite « libérale » ont imaginé que le Nouveau Testament avait été rédigé vers la fin du Ier siècle, c’est à dire plusieurs décennies après la mort de Jésus. Par conséquent il aurait une valeur historique très faible: il ne nous raconterait pas la vie de Jésus, mais seulement les croyances de la communauté chrétienne d’alors. Depuis, de nombreux exégètes catholiques ont adopté ces positions, un peu rapidement nous semble-t-il. Voici quelques arguments en faveur d’une rédaction ancienne du Nouveau Testament.
LA CHUTE DE JERUSALEM.
Souvent dans le Nouveau Testament on parle de Jérusalem, où Jésus se rendait régulièrement. Un jour, Jésus avait prédit que tout y serait détruit: « De ce Temple que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre ». Dans tous les Evangiles on aime souligner que les prophéties s’accomplissent. Jésus accomplit-il une parole d’un prophète qui l’a précédé? On le fait remarquer. Prophétise-t-il lui-même quelque chose? On annonce que cela s’est produit. Mais nulle part on ne dit que la prophétie de Jésus sur la ruine de Jérusalem s’est accomplie.
On est donc en droit de penser que le Nouveau Testament a été écrit avant l’an 70, date à laquelle les armées romaines commandées par Titus ont pris la ville de Jérusalem et incendié le Temple. Sans quoi on en aurait parlé. Car cet événement était remarquable pour deux raisons au moins, indépendamment de son annonce par Jésus.
D’abord, le Temple de Jérusalem avait été construit sous le règne d’Hérode le Grand juste à la fin du Ier siècle avant Jésus-Christ. Il était le plus beau et le plus grand de tout l’Empire Romain. Et pour les Juifs, il devait durer toujours. Sa destruction avait donc des allures de fin du monde. D’ailleurs, quand dans l’Evangile on parle de la fin de Jérusalem, on y mélange des prédictions concernant la fin du monde. Si les Evangiles avaient été remaniés après l’an 70, on aurait séparé les passages concernant la ruine du Temple de ceux concernant la fin du monde.
Et puis le siège de Jérusalem avait été particulièrement horrible. La guerre durait depuis trois ans. Les Juifs menaient une résistance acharnée, les Romains étaient exaspérés par une révolte qui dépassait tout ce qu’ils avaient pu imaginer. Assiégés dans Jérusalem, les Juifs n’eurent bientôt plus assez à manger. Ils firent sortir les femmes, les enfants et les vieillards de la ville. L’empereur romain refusa qu’on les accueillît, pour démoraliser les défenseurs: ils moururent sous leurs yeux. Mais les assiégeants n’obéirent qu’imparfaitement à cet ordre. Les Juifs, considérés comme très riches, étaient supposés avoir avalé leurs bijoux avant de quitter la ville: on les étripait pour aller les rechercher, et les cadavres pourrissaient entre les lignes... L’ampleur d’un tel désastre frappa les esprits, en sorte qu’il est inconcevable que les écrits des chrétiens n’en parlent pas s’ils ont été rédigés après.
LES ACTES DES APOTRES.
Les Actes des Apôtres commencent à la Pentecôte. Ils racontent d’abord la vie de la première communauté chrétienne de Jérusalem autour de Saint Pierre. Puis, après la conversion de Saint Paul, on suit celui-ci jusqu’à son arrivée à Rome vers l’an 62.
Il y a un parallèle entre le troisième Evangile et les Actes: ceux-ci sont une montée vers Rome, capitale de l’empire, comme celui-là est une montée vers Jérusalem, ville sainte où Jésus vient mourir et ressusciter. Normalement, les Actes devraient faire mention du martyre des Saints Pierre et Paul à Rome, pour que le parallélisme soit aussi parfait que les événements le permettaient. Mais puisque les Actes ne parlent pas de ce double martyre, survenu vers l’an 64, on peut raisonnablement estimer qu’ils ont été rédigés vers 63.
Ce qui renforce cette idée, est que les Actes sont pour une bonne part une apologie de Saint Paul. Celui-ci en effet avait persécuté les chrétiens de Jérusalem. Puis, après sa conversion, il s’était fait le champion de la cause des païens convertis: ils n’avaient pas besoin, disait Saint Paul à juste titre, de suivre les obligations de la loi juive pour devenir chrétiens. A Jérusalem, beaucoup de membres de l’Eglise étaient d’un avis contraire. A plusieurs reprises, ils s’opposeront à l’action de Saint Paul.
Raconter son oeuvre d’évangélisation était donc pour Luc l’occasion de faire rendre justice à celui qui avait été son maître dans la foi. De la sorte, si les Actes des Apôtres avaient été rédigés après 63, ils se seraient terminés par le récit du martyre de celui à qui toute la deuxième partie du livre rendait témoignage. Car cette mort prouvait la vérité de la foi de Paul.
LES EVANGILES SYNOPTIQUES.
L’Evangile de Saint Luc a nécessairement été écrit avant les Actes. Car au début de son second livre, Luc fait allusion au premier. Ce qui situe la rédaction de celui-ci au plus tard vers 63, juste avant les Actes. On a voulu invalider ce raisonnement en émettant l’hypothèse que les Actes ne seraient pas du même auteur que le troisième Evangile. Mais les deux livres ont à peu près le même style, le même vocabulaire, les mêmes centres d’intérêt. Et ils sont bien tous les deux rédigés par un médecin.
Ainsi dans les Actes, on raconte que le bateau où se trouvaient Paul et Luc risquait d’être broyé par la tempête; et comment les matelots ont cerclé celui-ci avec des cordages. Le mot employé pour cette opération n’est pas un terme de marine, mais de médecine, comme pour envelopper d’un pansement un membre blessé. Et dans son Evangile, Luc omet un passage gênant pour ses collègues de Palestine, auprès desquels une malade avait dépensé en vain toute une fortune.
Or les Evangiles des Saints Matthieu et Marc ont été écrits encore avant celui de Luc. Dans l’introduction à son Evangile, Saint Luc parle de ceux qui ont avant lui écrit des récits semblables à celui qu’il entreprend.
On pense aussi voir dans une épître de Saint Paul une allusion à un ensemble d’écrits formant un début de Nouveau Testament comparable à l’Ancien. Il s’agit de l’épître aux Corinthiens (3, 6-14), que beaucoup datent du milieu des années cinquante. Une telle comparaison implique qu’outre les quelques épîtres de Saint Paul déjà publiées à cette date, il y ait eu au moins un Evangile et d’autres écrits. Ce qui nous permet d’avancer la rédaction des deux premiers synoptiques au début des années cinquante, si l’on tient compte du temps de leur diffusion.
Bref, ces arguments et d’autres trop nombreux pour figurer ici incitent à considérer que les Evangiles synoptiques ont bien été rédigés soit par des témoins oculaires des événements rapportés, soit à une époque où les témoins étaient suffisamment nombreux pour qu’on ne puisse pas raconter n’importe quoi. De plus ils sont très vraisemblablement en dépendance avec la prédication de Saint Pierre qui dés la Pentecôte a pris la parole au nom de tous les Apôtres. Ainsi s’expliquerait qu’ils gardent tous à peu près les mêmes schémas.
LE QUATRIEME EVANGILE ET L’APOCALYPSE.
Il y a un problème particulier pour les écrits de Saint Jean, qui semblent avoir été rédigés indépendamment des autres textes du Nouveau Testament. Certains ont même émis l’hypothèse qu’ils auraient été écrits pour une communauté distincte à l’origine de l’Eglise des douze Apôtres! Mais pour l’admettre comme sûr, il faut prouver que leur(s) auteur(s) n’était pas l’Apôtre Saint Jean.
Il est question dans le quatrième Evangile du « disciple que Jésus aimait ». Cela semble bien être une trouvaille de Saint Jean pour parler de lui-même à la troisième personne. C’est cohérent avec le texte. Ainsi au début de l’évangile, Jésus dit à deux disciples qui lui demandent où il demeure: « Venez et VOYEZ ». Or le thème de la vue est central dans tout ce livre. Au point qu’une conclusion se trouve au moment où pour constater la résurrection, le disciple entre dans le tombeau vide de Jésus; le texte nous indique: « Il VIT et il crut. »
Cela, avec d’autres indices unis à une tradition très ancienne, nous paraît suffisant pour garder comme hypothèse que c’est bien Saint Jean qui en est l’auteur. Dés lors, pour la date de rédaction, il est intéressant de constater que beaucoup de passages reflètent l’empreinte d’un rédacteur jeune, qui a de l’humour et de la passion. Pour l’humour, qu’on relise le dialogue de Jésus avec la Samaritaine: celle-ci accumule les contresens, pour finalement reconnaître que Jésus est le sauveur. Pour la passion, voyez les passages où Jésus argumente avec les gardiens de l’orthodoxie juive.
Si donc Saint Jean a écrit cela tard dans sa vie, il faut reconnaître qu’il avait gardé les sentiments de sa jeunesse, même si l’on doit bien admettre que de nombreux passages sont le fruit d’une longue méditation. Les disciples de Jean ont probablement ajouté quelques passages à son livre, vers la fin. Mais ils n’ont rien changé au ton ni au contenu de l’ensemble. Ce que nous avons dit sur les événements de 70 reste valable ici.
Que ce livre soit indépendant des trois autres évangiles et les complète n’est pas une difficulté pour une rédaction à la même époque: Saint Jean ne pouvait pas ignorer la prédication de Saint Pierre, à laquelle il avait assisté à Jérusalem après la Pentecôte.
L’apocalypse pose lui aussi quelques problèmes. Il pourrait être très tardif. Mais on signale qu’un livre de ce nom aurait circulé dans la communauté chrétienne de Jérusalem, l’incitant à quitter la ville avant le siège. Les allusions de notre livre à la ruine d’une grande ville, nommée « Babylone » pour la circonstance, peuvent concerner aussi bien Rome que Jérusalem. Ils s’appliquent en définitive à toute civilisation qui repousse le Christ. Et ils sont une prophétie plus qu’une narration d’un fait passé.
Rien donc n’oblige à supposer au Nouveau Testament une rédaction tardive. Au contraire, les partisans d’une rédaction pendant la première génération chrétienne ont des arguments toujours solides même après un siècle et demi d’hypothèses contraires.
LE LINCEUL DE TURIN.
C’est à Jérusalem qu’a eu lieu la crucifixion de Jésus. Un linge gardé aujourd’hui à Turin en Italie du Nord est connu sous le nom de Saint Suaire. Selon la tradition, c’est le linceul dans lequel le Christ a été enveloppé au moment de son enterrement à Jérusalem. Un voyage en Terre Sainte peut être l’occasion de se pencher sur une énigme non encore résolue: comment l’image qui est visible sur ce tissu a-t-elle été produite?
On commencera par décrire le linge. Puis on verra certaines données scientifiques qui montrent que le linceul ne peut pas être du Moyen-Âge, mais serait plutôt de la Palestine au premier siècle de notre ère. Ensuite on parlera de la fameuse datation au carbone 14, seule indication qui pourrait infirmer les résultats des autres sciences. On évoquera l’impossibilité d’un dessin par un faussaire. On verra les données historiques sur les déplacements du linceul. Et on se posera enfin la question: d’où vient cette image?
DESCRIPTION DU LINCEUL DE TURIN.
Le drap conservé à Turin mesure environ quatre mètres sur un. C’est un sergé de lin à chevrons. Des marques s’y trouvent, formées par l’oxydation de quelques-unes des fibres supérieures du fil à chaque maille. Le dessin ainsi obtenu est donc formé de points plus ou moins gros, ce qui donne les zones sombres ou claires.
On y voit les images d’un corps, d’une part de face, d’autre part de dos, les deux images se touchant par le haut de la tête. Ces traces, à peine visibles normalement, apparaissent très nettement sur les négatifs de photo. Le corps présente toutes les marques devant résulter du traitement auquel Jésus a été soumis durant sa passion, telle qu’elle est décrite dans les évangiles (traces des fouets, des épines de la couronne, des clous, de la lance).
Ce drap est à Turin depuis le 14 septembre 1578. On est historiquement sûr qu’il est le même que celui qui a été exposé à partir de 1353 à Lirey. Dans les années 1970, un groupe de chercheurs américains s’y est intéressé de près: certains par simple curiosité intellectuelle, d’autres par volonté de ruiner une superstition catholique. Ces scientifiques de très haut niveau se rendirent à l’idée que rien ne s’opposait à l’identification de l’homme du linceul avec Jésus. C’est à eux que l’on doit la plupart des données scientifiques suivantes.
QUELQUES UNES DES DONNEES SCIENTIFIQUES.
Le tissu a été fabriqué sur un métier à pédales d’un type utilisé au début de notre ère notamment en Egypte. Là, on a retrouvé, datés de plusieurs millénaires, des tissus à chevrons en laine, d’autres en lin sans chevrons. A Palmyre, ville de Syrie détruite en 272 après Jésus-Christ, on a trouvé des tissus à chevrons en soie.
Les fils ont naturellement tendance à se tordre. La torsion normale du lin dessine un « S »; or celle du linceul dessine un « Z ». C’est dû à une technique particulière de filage en usage en Egypte ancienne; on trouve des fils à torsion en Z aussi en Judée et à Palmyre.
De plus, le lin du suaire a été blanchi après le tissage: depuis le VIIIème siècle au plus tard, on blanchit le fil avant le tissage. On trouve des fibres de coton, et non de laine, dans le tissu. Or il était permis aux Juifs de travailler le lin et le coton sur un même métier à tisser, la laine devant être travaillée sur un autre métier. Bref, toutes les caractéristiques du drap de Turin renvoient vers la Judée aux temps proches de Jésus, et nulle part ailleurs dans le temps ou l’espace.
Une attention toute particulière a été portée aux pollens contenus dans le tissu. Les pollens sont habituellement utilisés par les scientifiques. Par exemple pour dater la formation d’une couche de glace du pôle, on examine à quelle ére géologique remontent les pollens qu’on y trouve. Parmi les pollens du linceul, on en a qui viennent d’Europe occidentale, d’autres viennent du Moyen-Orient, notamment de Turquie et s’y trouvent depuis avant l’installation définitive du linceul en Occident.
LA DATATION AU CARBONE 14.
La technique de datation au carbone 14 a un principe simple. Dans les organismes vivants, on a deux sortes de carbones. L’un, appelé carbone 14, est présent en un certain taux dans l’organisme quand il meurt; ensuite ce taux décroît régulièrement. Il suffit donc de mesurer la proportion de carbone 14 dans un résidu organique, comme le bois, l’os ou un tissu, pour savoir à quelle époque cet organisme était vivant.
On a voulu appliquer cette technique au linceul de Turin. Sous l’égide du British Museum, trois laboratoires se sont mis au travail. Leur verdict tombe en 1988: les dates fournies vont de 1260 à 1390.
Mais des réserves doivent être émises. De nombreuses contradictions apparaissent dans les comptes-rendus des laboratoires, par exemple sur le poids des échantillons. Les laboratoires avaient promis de ne pas se concerter, mais ils ont reconnu avoir communiqué entre eux; les travaux auraient dû avoir lieu au même moment, or l’un d’eux a attendu plusieurs mois. Surtout, la méthode utilisée n’a pas été publiée. Ce ne peut pas être un détail, car la valeur des résultats dépend de la méthode. Du coup, la communauté scientifique ne peut pas admettre le bien-fondé de ces conclusions.
On peut comparer cela à un institut de sondage qui publierait ses résultats sans indiquer le nombre de personnes interrogées, ni comment il les a choisies pour les juger représentatives, ni quels coefficients de correction il a appliqués. C’est pourquoi beaucoup de savants ont rejeté les conclusions du British Museum; parmi eux, bien sûr, les savants américains qui avaient étudié le linceul et regretté d’être tenus à l’écart d’une démarche qui aurait dû réunir tous les spécialistes.
Bref, il est dommage que beaucoup de médias ne présentent qu’un seul résultat, en contradiction complète avec tous les autres résultats scientifiques. Aujourd’hui les scientifiques regroupés dans le CIELT (centre international d’études du linceul de Turin) intègrent toutes les données du problème.
L’HYPOTHESE D’UN FAUSSAIRE.
D’ailleurs, dans l’hypothèse d’un dessin fait au Moyen-Âge, on se heurte à de nombreuses difficultés. Pouvait-on imaginer qu’un jour on inventerait la photo, et que le négatif en serait plus visible que l’original? Pourquoi le faussaire, s’il y en avait un, n’aurait pas plutôt fait directement quelque chose de bien visible? Pouvait-il à cette époque faire des fouilles archéologiques pour retrouver les techniques de tissage de l’Antiquité?
Surtout il eût fallu à ce dessinateur du Moyen-Âge des connaissances anatomiques qu’on n’avait pas au XIVème siècle. L’exemple le plus frappant est celui de l’endroit où sont passés les clous: dans les paumes ou les poignets. En effet au Moyen-Âge, on représentait toujours le Christ en croix avec les clous dans les paumes des mains. Cela vient de ce qu’on a commencé à représenter cette scène longtemps après que ce supplice ait été interdit. On ignorait la méthode.
Or après que la première photo ait révélé les détails de la crucifixion, des médecins ont confirmé, après études, qu’il était impossible qu’un corps reste fixé par les mains. C’est donc bien en faisant passer le clou par le poignet que les Romains crucifiaient leurs condamnés. Et sur le linceul, c’est là que se trouve la marque de la plaie.
JALONS HISTORIQUES.
Peut-on remonter au-delà du XIVème siècle pour l’histoire de notre linceul? Des historiens l’ont tenté, et voici ce qu’on peut en retenir. D’abord on remarque que les évangiles mentionnent particulièrement les linges dans lesquels le corps de Jésus a été enveloppé. La légende de Véronique montre aussi l’intérêt de la communauté chrétienne pour un linge marqué par le visage du Christ: Sainte Véronique se serait approchée de Jésus qui portait sa croix et lui aurait essuyé le visage, et son linge en aurait gardé l’image.
Puis on a des traces d’un linge marqué de l’empreinte du Christ à Edesse (aujourd’hui Urfa en Turquie, près de la Syrie). Les chrétiens avaient dans ce petit royaume indépendant une église dés avant l’an 200. Le « mandylion », comme l’appellent les Byzantins, a pu être apporté là pour être à l’abri des persécutions. Toutefois ce n’est qu’au VIème siècle que l’on a des traces sûres de cette image à Edesse. D’après les descriptions, cela peut correspondre au linceul, mais celui-ci était plié de sorte que seul le visage était visible.
En tout cas le mandylion est passé à Byzance dans des circonstances parfaitement connues par les sources historiques. Edesse avait été prise par les Arabes en 639. Mais en 943, l’empereur de Constantinople tenta de la reprendre. Il y eut marchandage: l’émir remit l’image à l’empereur, qui la rapporta dans sa capitale au grand désespoir des habitants d’Edesse. Les icônes byzantines reproduisent dés cette époque le visage du linceul.
Le quinze août 944 cette image est solennellement introduite à Constantinople. D’après les descriptions de l’époque, le mandylion était tout aussi flou que le linceul de Turin sans technique photographique. Le tissu fut déplié et l’on vit la plaie du côté du crucifié. En 1204 le linge disparaît de Constantinople et on en retrouve la trace dés l’année suivante à Athènes.
L’histoire des monnaies byzantines confirme l’identification du mandylion de Byzance avec le linceul de Turin. Avant 944, quelques monnaies seulement représentent le buste du Christ. De 945 à 1143, sur 187 pièces connues, 172 représentent le visage du Christ comme on le voit sur le linceul. La particularité la plus remarquée est une mèche de cheveux tombant sur le front. Les négatifs de photo ont révélé qu’en fait il s’agit d’une coulée de sang provoquée par la couronne d’épines. De 1204 à 1390 les pièces ne représentent plus le visage du Christ.
En 1204, Byzance est pillée par les Croisés: un empereur détrôné les avait appelés à l’aide, mais une fois rétabli, ne les avait pas payés. Othon de La Roche était parmi eux et l’année suivante il devient duc d’Athènes, dont il s’est emparé. Il y apporte le linceul. On ne sait pas comment celui-ci est parvenu ensuite à Lirey en Champagne, où on le retrouve en 1353. On a évoqué la possibilité qu’il ait été confié aux Templiers, disparus vers 1300. Plus probablement il a été rapporté en France par un des descendants d’Othon de La Roche. En particulier, Gauthier VI d’Athènes, dont le père avait été tué en 1311, a participé aux combats du début de la Guerre de Cent Ans et mourut à la bataille de Poitiers en 1356. On pense qu’il a connu dans ces occasions son compagnon d’armes, Geoffroy de Charny; n’ayant pas d’enfant, il a pu lui faire don du linceul. En tout cas, Geoffroy de Charny fait un voyage jusqu’à Smyrne en 1345, et c’est lui qui en 1353 fait dans son fief de Lirey les premières ostensions du linceul que nous connaissons.
En 1418, Marguerite de Charny, petite-fille de Geoffroy, a emporté le linceul à Saint Hippolyte dans le Doubs et en quelques autres endroits. En 1453, elle le lègue à la Famille de Savoie, qui l’installe à Chambéry. En 1535 le duc de Savoie fuit devant François Ier et emporte le linceul dans ses possessions italiennes de Turin, Milan, Nice, Verceil, et revient à Chambéry en 1561. En 1578, le linceul est installé définitivement à Turin, nouvelle capitale des ducs.
L’ENIGME RESTE ENTIERE.
Sur toute image faite de main d’homme, on distingue des marques de traits: il n’y en a pas sur le linceul, pas plus que de trace de peinture ou autre colorant. Et il n’y a pas d’arrachement de la toile au niveau des empreintes sanguines. On a donc imaginé toutes sortes de modes de formation de l’image. Par exemple, elle se serait formée comme les marques des plantes sur les pages d’un herbier, ou par contact du corps embaumé. Mais les expériences n’ont pas donné de résultat. Comme le linceul représente l’homme vu comme dans un miroir, sans la déformation qu’aurait provoquée un contact avec le linge enroulé sur le corps, on a pensé à un rayonnement. Mais il aurait fallu un rayonnement tout à fait spécial, unidirectionnel, notamment. Du coup, beaucoup affirment qu’on est en présence de l’empreinte de Jésus ressuscité. Mais là encore, tout reste à expliquer.
Pour plus de renseignements voir le Dictionnaire du Linceul de Turin, de D. Raffard de Brienne (éditions de Paris), et aussi L’énigme du linceul, d’Arnaud-Aaron Upinsky (Fayard).
QUESTIONS DE CALENDRIER.
LA DATE DE NOËL
On doit se poser deux groupes de questions au sujet de la date de Noël. D’abord, à quel moment de l’année Jésus est-il né? Et pourquoi a-t-on choisi particulièrement le 25 décembre pour fêter sa naissance? Ensuite il faut se demander combien d’années se sont passées depuis cet événement.
Pour la saison de la naissance de Jésus, nous disposons de très peu d’éléments. Un seul détail peut être utile, dans l’évangile selon Saint Luc. Il nous dit qu’à ce moment des bergers passaient la nuit dehors à garder leurs troupeaux. Or la Palestine est un pays au climat très froid, de nuit et en hiver, surtout dans les montagnes de Judée où est située Bethléem. On peut donc être sûr que Jésus n’est pas né en hiver.
Les premiers chrétiens ne fêtaient pas la naissance de Jésus. L’Eglise s’est répandue d’abord dans les pays parlant grec - le bassin oriental de la Méditerranée - et ensuite seulement dans les pays latins. Et c’est là, à Rome même sans doute, que les chrétiens ont pris l’habitude de célébrer une fois par an la naissance du Christ. Ils avaient les mêmes éléments que nous. Ils n’ont donc pas cherché une date historique, ils ont choisi une date symbolique.
En effet les païens fêtaient au moment du solstice d’hiver le soleil invaincu (« Sol Invictus »): jusqu’au 21 dé-cembre le soleil baisse sur l’horizon; dans une mentalité primitive, on peut savoir que d’habitude il se relève ensui-te, mais tant qu’on n’a pas une explication rationnelle du phénomène, on ne peut pas être sûr qu’il se reproduira chaque année. Par conséquent il est logique de célébrer le soleil, considéré comme une divinité, dés qu’on a la certitude qu’il a commencé à remonter sur l’horizon.
Les chrétiens avaient un moyen d’exploiter symboliquement cette fête. Le même Saint Luc parle de Jésus comme d’un astre qui se lève sur l’humanité. Il était donc tout indiqué de se réjouir au même moment que les païens, mais pour un motif bien plus profond. Et pour une fois les Grecs ont accueilli dans l’enthousiasme cette innovation latine.
Il reste la seconde question: depuis combien d’années Jésus est-il né? Une réponse paraît évidente: puisque nous sommes en 1994, cela fait 1994 années que Jésus est né. Ce n’est pas si sûr, car personne n’a dit, à la naissance de Jésus: «Ça y est! Nous sommes en l’an un!»
A l’époque on comptait les années de façon très complexe. On disait par exemple: « La troisième année où untel était roi » ou encore: « quand tel était gouverneur de tel endroit ». A Rome, on élisait chaque année deux consuls. Ils étaient rééligibles, mais on n’avait pratique-ment jamais les deux mêmes ensemble. De sorte qu’une année était bien définie quand on disait: « alors qu’X et Y étaient consuls. » Cela permettait un certain humour. Jules César ayant terrorisé son collègue consul au point qu’il n’osait plus sortir de chez lui et que César gouvernait seul; les gens dirent: « Jules et César étant consuls .»
Ajoutons que dans certains pays l’année commençait en mars et dans d’autres en janvier. Il y en a des traces dans notre calendrier actuel. Les quatre derniers mois de l’année portent les noms de mois allant du septième au dixième (de septembre à décembre).
On se rend bien compte que le travail de l’historien est très compliqué. Cela souligne le mérite de Denys le Petit, un moine du Moyen-Âge qui s’est posé notre question: depuis combien de temps Jésus est-il né? Avec tous les documents historiques disponibles, il a fait le calcul, passant de règne en règne jusqu’à celui de l’empereur romain Tibère Auguste.
Car ici aussi Saint Luc est la seule source sûre. En rapprochant deux passages de son évangile, on voit que Jésus avait environ trente ans « l’an quinze du règne de Tibère Auguste ». Ce qui fait que Jésus est né environ la vingt-septième année du règne de César-Auguste, successeur de Jules César. Ainsi Denys le Petit s’aperçut-il qu’il vivait au début du sixième siècle après la naissance du Christ. Dés 532, sur sa proposition, les années furent désignées à Rome en les comptant à partir de Jésus-Christ.
Il faut rendre hommage au travail de cet historien du Haut Moyen-Âge. Car avec toute la documentation aujourd’hui à leur disposition, ses successeurs ne font pas mieux que lui, les uns pensant que Jésus est né un peu avant la date qu’il a retenue, les autres un peu après. En fait une majorité estime aujourd’hui que la naissance de Jésus a eu lieu avant le début de l’ère qui porte son nom.
Ces incertitudes ne doivent pas nous troubler: on ignore la date précise de naissance de la plupart des per-sonnages historiques de l’Antiquité. Mais le Fils de Dieu a voulu être caché à sa naissance. Que celle-ci soit deve-nue un point de repère souligne l’extraordinaire boulever-sement que cet événement a produit dans le monde.
LA DATE DE LA SAINT JEAN D’ETE.
La saint Jean d’été, c’est la fête de la naissance de Saint Jean Baptiste, célébrée le 24 juin. C’est une curiosité à plus d’un égard. D’abord, Saint Jean Baptiste est le seul personnage avec la Vierge Marie et Jésus, dont on fête la naissance: pour les autres saints, la date de leur fête est plutôt celle de leur naissance au ciel, c’est à dire de leur mort.
Sainte Elisabeth, la future mère de Jean-Baptiste, en était au sxième mois de sa grossesse, nous dit l’Evangile, quand Marie devint elle-même enceinte. Jésus avait donc six mois de moins que son cousin Jean. Les liturgistes ont voulu le marquer nettement: quand on eut choisi une date pour fêter la naissance du Christ, on put aisément en fixer une pour celle de son précurseur. C’est ainsi que celui-ci est fêté près du solstice d’été.
C’est plein de symboles. Car à partir du solstice d’hiver le soleil monte sur l’horizon, comme pour manifester le Christ qui illumine tout homme venant en ce monde. Mais à partir du solstice d’été, le soleil décline peu à peu, comme pour montrer que le précurseur doit s’effacer devant son sauveur. Jean Baptiste a dit lui-même: « Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue. »
Mais pourquoi donc avoir choisi le 24 juin plutôt que le 25, pour manifester clairement l’intervalle de six mois? C’est que dans le calendrier romain, on comptait les derniers jours d’un mois non pas à partir du 1er jour de ce mois mais à partir du premier du mois suivant. De la même manière, nous disons aujourd’hui « six heures moins dix », par exemple. Ainsi huit jours avant les calendes de janvier donnent le 25 décembre, puisque ce mois comporte 31 jours, tandis que huit jours avant les calendes de juillet donnent le 24 juin, qui n’en a que 30.
LA DATE DE PAQUES.
On peut essayer de définir en une formule la date de Pâques : c’est, en gros, le dimanche qui suit la pleine lune qui elle-même suit l’équinoxe de printemps. Cette formule, quoiqu’imprécise, suffit à expliquer les variations de la date de Pâques.
Si la pleine lune tombe le 22 mars, et si le 23 est un dimanche, ce sera celui de Pâques. Cela se produira en 2008.
Au contraire, si la pleine lune tombe le 20 mars, la pleine lune suivante sera le 17 avril; et si, dans ce cas, le 17 tombe un lundi, Pâques sera le dimanche 23 avril. C’est arrivé l’an 2000.
Laissons aux spécialistes de préciser les détails: par exemple, que se passe-t-il si l’équinoxe est un jour de pleine lune et un dimanche? En tout cas, depuis la Rennaissance et les réformes postérieures au Concile de Trente, la variation de la date de l’équinoxe n’a plus d’influence sur celle de Pâques : on choisit toujours comme base de calcul le 21 mars, même si l’équinoxe a lieu en fait un peu avant ou après.
Plus intéressante est la question de savoir d’où vient cette façon de situer Pâques à des dates variables. Disons tout de suite que l’usage n’a pas été uniforme dans l’Eglise à ses débuts. On s’est abondamment disputé, surtout entre l’Orient et l’Occident.
Certains épisodes de cette « controverse pascale » ont même été assez cocasses. On a vu en Angleterre des gens argumenter longuement pour faire triompher un système qu’ils croyaient romain, alors qu’il n’avait jamais eu cours à Rome !
Un accord a fini par se réaliser, qu’il serait difficile de remettre en cause aujourd’hui, même pour simplifier. Car on ne veut pas faire à nouveau de cette question une occasion de discorde. Malheureusement, les réformes issues du Concile de Trente et des travaux astronomiques de la Renaissance n’ont pas été suivies par les Orthodoxes, d’où à nouveau des différences avec eux.
A l’origine, les chrétiens savaient que le Christ est mort la veille de la Pâque juive, et ressuscité le lendemain de cette même fête. Dans le calendrier juif, la Pâque est le 14 du mois de Nisan: comme notre fête de Noël, la Pâque juive ne tombe pas un jour déterminé de la semaine.
Il est probable que les premiers chrétiens, à Jérusalem, ont célébré la résurrection de Jésus le 15 du mois de Nisan. Le problème s’est posé dés que l’Eglise est sortie du monde culturel juif, c’est à dire assez tôt, de sorte que les habitudes n’étaient pas suffisamment ancrées pour être intangibles.
Car le calendrier juif est un calendrier lunaire, alors que Grecs et Romains avaient un calendrier solaire. De là vient que la date de Pâques tient compte à la fois du soleil, avec l’équinoxe, et de la pleine lune, fête mensuelle des Juifs.
Ajoutons que l’année où Jésus est mort et ressuscité, le 14 Nisan tombait un samedi. Les chrétiens ont donc progressivement laissé tomber le 15 Nisan. Ils se sont attachés davantage au jour de la semaine où Jésus ressuscité est apparu à ses disciples, faisant donc passer le jour du Seigneur du samedi au dimanche.
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Conte de Noël
Qui donc est cet enfant?
De qui célèbrons-nous la naissance avec tant d'éclat?
Quel est ce personnage
qui naît environné d'Anges
chantant la gloire de Dieu et la paix pour la terre?
Oui, c'est vrai, nous connaissons la réponse.
Mais nous y sommes habitués,
il ne faudrait pas que nous en soyons blasés.
Pour retrouver toute la nouveauté d'une telle naissance,
essayons d'imaginer
ce qu'a pensé un témoin de l'évènement.
Nous inventerons quelques personnages,
mais les sentiments que nous décrirons
sont bien ceux des témoins de l’époque de Jésus.
Voici donc notre témoin.
Nous allons l'appeler Moshé.
Il est paysan à quelques kilomètres de Bethléem,
comme la plupart de ses frères et soeurs.
Mais l'un travaille chez un commerçant à Jérusalem.
Un autre, hélas, est la honte de la famille:
il est entré dans l'administration fiscale!
Et il collecte les impôts pour les Romains,
ces occupants impies et abhorrés.
Comme tous ses compatriotes
Moshé attend le libérateur qui chassera les Romains.
Ce Sauveur lavera la honte de sa nation
et vengera l'honneur de Dieu.
Moshé en est sûr:
alors tous vivront en paix dans une réconciliation générale.
Un jour, Moshé entend parler d'évènements extraordinaires.
A Bethléem, une nuit, des bergers ont vu des Anges,
qui leur annonçaient: le Sauveur est né.
Les bergers ont trouvé l'Enfant, comme on leur avait dit:
couché dans une mangeoire,
abrité dans un creux du terrain avec ses parents.
Moshé s'est mis en route,
et quand il est arrivé à Bethléem,
la crèche était vide.
Mais son attention a été attirée par un grand remue-ménage
devant une maison en ville.
Il est allé voir:
trois mages accourus de l'Orient
se prosternaient devant l'Enfant.
Moshé, de retour chez lui, a témoigné à son tour:
le Sauveur est vraiment parmi nous!
Mais peu après, une effroyable nouvelle a retenti.
Le roi Hérode avait fait tuer
tous les enfants de moins de deux ans
aux alentours de Bethléem.
Moshé n'entendit plus jamais parler de l'Enfant.
Par la suite, il mourut.
Mais avant de mourir, il avait tout raconté à ses fils.
Le pauvre Moshé n'avait pas eu de chance avec son fils Lévi.
Celui-ci avait suivi les traces de son oncle, le collecteur d'impôts.
A son tour il s'était exclu de la communauté d'Israël,
il ne pouvait plus prétendre être sauvé
quand le Messie viendrait.
Lévi le savait,
et il en était malheureux
sans l'avouer ni à ses proches ni à lui-même.
Mais il fallait bien vivre,
et grâce à son oncle percepteur il avait même réussi
à être directeur d'un péage.
Et il y faisait payer son autre oncle, le commerçant.
Et voilà qu'à son tour, trente ans après son père,
Lévi entend dire des choses incroyables.
Le Sauveur est là!
Et cette fois c'est sûr:
il fait des miracles,
les aveugles voient, les sourds entendent, les boîteux marchent!
Ce qui frappe le plus Lévi,
c'est l'enseignement de ce Messie
qu'on appelle Jésus.
Tout le monde en parle.
Lévi a bien aimé ce qu'a dit Jésus
un jour qu'on lui demandait s'il fallait payer l'impôt à l'empereur:
"Rendez à César ce qui est à César,
et à Dieu ce qui est à Dieu."
Tous les percepteurs du pays se le sont répété.
Surtout Lévi médite cette phrase de Jésus:
"Je ne suis pas venu pour les biens-portants,
mais pour les malades.
Pas pour ceux qui se croient justes,
mais pour les pécheurs."
C'est vrai, se dit Lévi, je suis un pécheur.
Si seulement ce Jésus pouvait passer,
et me dire qu'il m'appelle à être sauvé!
- Eh bien vous le savez,
c'est justement ce qui est arrivé.
Car Lévi, c'est l'autre nom de Matthieu,
le Saint Matthieu de l'Evangile.
Un jour qu'il travaillait au bureau de son péage,
un cortège se présente.
C'est Jésus, avec ses disciples.
"Viens et suis-moi", dit le Sauveur à Lévi.
Celui-ci, fou de joie, offre un festin à ses collaborateurs,
à son nouveau maître et à ses amis.
Puis il suit Jésus qui continue son chemin.
C'est ainsi que Lévi retrouve celui dont son père Moshé lui avait parlé.
Mais il ne sait pas tout de suite
que Jésus est le même que l'enfant de la crèche.
D'ailleurs il comprendra peu à peu
la vraie mission de Jésus.
Il est venu pour sauver les gens de leurs péchés,
et non pas des Romains.
Mais cette mission,
c'est que Jésus pour effacer nos péchés doit mourir.
Et Lévi est scandalisé
quand il voit Jésus prendre sur lui nos péchés
en portant sa croix.
Alors en le voyant mourir,
il va douter que Jésus soit vraiment le Messie.
Mais bientôt Lévi voit Jésus ressuscité.
Désormais il le sait:
Jésus est le Fils de Dieu.
Il va donc se demander d'où est venu Jésus.
Après qu'il soit monté au ciel,
le seul moyen de le savoir est de demander à sa famille
et surtout à sa sainte mère.
C'est de cette façon que Lévi a appris
que Jésus était bien le même
que l'Enfant de la crèche,
que son père était allé vénèrer.
Et il a appris des choses dont Moshé n'avait pas eu la moindre idée.
Marie, la mère de Jésus, était vierge.
Son Fils est venu en elle par la puissance du Saint-Esprit.
Joseph était simplement son père adoptif.
Et c'est l'Ange Gabriel en personne
qui avait révèlé à Joseph et à Marie
ce que Dieu attendait d'eux.
Ce que nous savons sur Jésus,
les gens ne l'ont appris que bien plus tard.
Marie et Joseph sont restés très discrets.
C'était à Dieu de se faire connaître
au jour qu'il aurait décidé
et à ceux qu'il en trouverait dignes.
Mais nous pouvons comme les Apôtres
demander à Marie
qu'elle nous aide à tout comprendre.
Alors, nous qui connaissons la vérité sur Jésus,
montrons-nous dignes de la confiance de Dieu.
Et comme Lévi, tout pécheurs que nous sommes,
faisons toute notre vie ce que Jésus nous dit de faire.
D'ailleurs c'est bien pour cela que nous sommes ici ce soir:
pour célèbrer la messe, comme il nous l'a commandé.
Que cette messe soit donc pour nous
comme une renaissance avec le Christ.
Cette nuit, fêtons sa naissance
de tout notre coeur.
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31.10.2007
CATECHESE SUR LES SACREMENTS I.
PETIT EXPOSE SUR LE BAPTEME.
Il est naturel de commencer à parler de l’eau pour expliquer ce qu’est le baptême. Il est facile de le faire car il y a quelque chose d’universel dans la symbolique de l’eau. C’est bien pour cela que Dieu s’est servi de l’eau sa créature pour nous faire comprendre le don de sa grâce.
Mais nous risquons de réduire la signification universelle de l’eau à ce que nous en percevons dans notre propre culture, voire même à ce que les enfants en perçoivent dans leur quotidien: elle lave, elle fait vivre les plantes, vont-ils dire si on les interroge à ce sujet. Pour éviter cet écueil, il faut revenir à ce que la Bible dit de l’eau. Cette méthode doit d’ailleurs être utilisée pour l’étude de tous les sacrements.
Car Notre Seigneur s’est fait homme comme nous, Il a voulu être semblable à nous pour mieux parler à notre coeur d’homme. Et donc Il s’est incarné dans une civilisation donnée, comme tout homme vit dans une civilisation précise; il a parlé à des hommes pétris par l’Ancien Testament. La culture des Apôtres avait été façonnée par l’intervention des prophètes, élaborée au fil des siècles sous la conduite de la Providence. C’est cette mentalité que nous devons retrouver pour comprendre ce que Jésus a voulu faire.
Quelle était donc la signification de l’eau dans la Bible? Que ressentaient les disciples de Jean-Baptiste en se plongeant dans les eaux du Jourdain? Qu’a fait Jésus en les y suivant? Que faisons-nous en nous faisant baptiser?
LA DOUBLE SIGNIFICATION DE L’EAU DANS LA BIBLE.
Il est bon de demander aux enfants ce que représente l’eau pour eux. On aura des réponses tournant autour des thèmes de la propreté et de la vie. C’est juste et mérite d’être approfondi et nuancé dans la culture des gens de la Bible.
Tant que les Hébreux seront des nomades du désert, l’eau sera pour eux le lieu des puissances monstrueuses. Mais dés qu’ils se fixeront en Terre Sainte et la cultiveront, l’eau deviendra l’instrument de la puissance de Dieu. Ainsi l’eau du baptême est d’une part le symbole du péché qu’on abandonne, et d’autre part le signe d’une vie nouvelle en Dieu.
Déluge et inondations.
La naissance du peuple hébreu se situe lorsque vers 1800 avant Jésus-Christ Abraham quitte son pays avec sa famille, redevient un pasteur nomade en attendant d’avoir un pays que Dieu lui donnera. Les nomades du désert ne connaissent pas les grandes masses d’eau, elles leur font peur quand on les leur décrit.
Le premier exemple en est le déluge. On ignore quel fait a pu donner naissance à cette histoire que nous raconte la Genèse, le premier livre de la Bible. Mais les catastrophes naturelles liées à la mer ne manquent pas, notamment celles qui peuvent avoir donné naissance à la légende de l’Atlantide.
On sait en tout cas qu’une race humaine au crâne plus grand que le nôtre vivait il y a quatre-vingt mille ans, et que notre race actuelle l’a totalement supplantée vers quarante mille ans avant notre ère. Cela peut avoir donné l’idée de l’histoire de Noé, qui sauva l’humanité d’une inondation de toute la surface de la terre en se réfugiant avec sa famille et son bétail sur un grand bateau que Dieu lui avait inspiré de construire.
Quant à la forme de cette inondation due à une pluie de quarante jours et quarante nuits, elle peut avoir été inspirée par des inondations entre le Tigre et l’Euphrate, les deux grands fleuves qui mêlent leurs eaux avant de se jeter dans le golfe persique. Il arrive qu’on ne voie plus la terre découverte sur tout l’horizon de ce qui est normalement le désert. Rien n’empêche évidemment de prendre au pied de la lettre les récits de la Bible, mais l’Eglise ne s’oppose pas, au contraire, à l’idée que l’Esprit-Saint se soit fait comprendre au moyen non seulement de faits miraculeux, mais aussi de la façon dont on les a racontés pour en faire mieux ressortir la valeur pédagogique.
Mais ces récits des origines et l’idée négative qu’on se fait de l’eau vont être renforcés par une autre expérience des descendants d’Abraham. Il s’agit de leur séjour en Egypte. Poussés par la famine qui sévit en Canaan, le pays où ils font paître leurs troupeaux, et auquel les Philistins donneront plus tard leur nom (Palestine), ils se réfugient en Egypte où Joseph, l’un des leurs, lui aussi inspiré par Dieu, a été nommé Premier Ministre avec pour mission précisément de contrer les conséquences de la sécheresse.
Installés dans le delta du Nil, les Hébreux sont saisis par ce prodige qu’on n’expliquera qu’à l’époque moderne. Ce fleuve déborde en pleine saison sèche et son eau devient rouge. En fait cela tient à ce que les sources du Nil sont situées vers l’Equateur, dans des régions au climat inversé par rapport à l’Egypte. Et dans leur long périple, les eaux se chargent de boues rouges arrachées aux terres occasionnellement immergées.
Le Nil et la Mer Rouge.
Les Hébreux sont d’autant plus mal influencés par ce phénomène qu’ils considèrent l’Egypte comme une terre de péché dont les habitants vont les réduire peu à peu en esclavage. Et ils mettront bien du temps à se débarrasser des cultes des faux dieux qu’ils ont rencontrés dans le pays.
L’épisode du « Veau d’or » en témoigne - en fait il s’agit de la statue d’un jeune taureau qui rappelle le dieu égyptien Apis. Ils le façonnent peu après leur sortie d’Egypte sous la conduite de Moïse. Profitant de l’absence de celui-ci qui reçoit la révélation des dix commandements, ils obligent son frère Aaron à faire cette statue.
Par la suite, réinstallés en Canaan, une partie d’entre eux bâtira encore des sanctuaires où un veau sera présenté à l’adoration des fidèles. Peut-être d’ailleurs ces animaux n’étaient-ils destinés, à l’origine, dans l’idée des promoteurs de ce culte, qu’à être le marchepied d’une divinité qu’on se gardait autrement de représenter.
En tout cas l’expérience égyptienne laisse un souvenir désastreux dans la mémoire historique du peuple hébreu. Et dans le récit épique de leur libération, ils racontent que Dieu, pour punir les Egyptiens et les décider à les laisser partir, changea en sang les eaux du fleuve en sorte que plus personne ne pouvait boire (Exode 7, 14-25).
Et c’est encore dans la mer que l’armée de pharaon est engloutie (Exode 14). La Mer Rouge obéit à Moïse, l’envoyé de Dieu: elle s’ouvre pour laisser passer le peuple allié de Dieu qui en est comme déjà régénéré, elle se referme sur les chars de ses poursuivants. Nous sommes à peu près en 1250 avant J.C.: les Hébreux vont bientôt se sédentariser en Israël.
Tempêtes et monstres marins.
On le voit, l’expérience maritime du peuple hébreu est nulle. Elle le restera jusqu’après le règne de David, vers l’an mille avant Jésus. Car ils vivent dans les montagnes, la côte étant occupée par leurs ennemis, les Philistins, qui vivent dans l’actuelle Bande de Gaza.
Aussi doivent-ils l’essentiel de leurs connaissances maritimes aux récits de leurs autres voisins, leurs alliés du Nord, les Phéniciens, ancêtres des Libanais. Les Phéniciens sont d’excellents navigateurs. Ils parcourent tout le bassin méditerranéen et se risquent bientôt au-delà des Colonnes d’Hercule - le nom que les Grecs donnaient au détroit de Gibraltar - et jusqu’en Grande Bretagne, qui porte un nom phénicien: « le pays de l’étain ».
Mais ils savaient où étaient leurs intérêts. Ils voulaient se réserver les routes commerciales. Aussi racontaient-ils toutes sortes d’histoires sur les monstres et les tempêtes qu’ils y affrontaient. Et quand on entend nos propres récits, on se dit que si les marins d’alors avaient la même psychologie que nous, ils n’avaient pas beaucoup à se forcer pour impressionner leurs auditoires.
Si bien que la mer dans cette perspective est pour les Hébreux le lieu où Dieu permet l’instabilité et le chaos, afin que son influence harmonieuse en soit mieux appréciée ailleurs. Le Seigneur garde pourtant tout pouvoir sur le monde. S’il a créé Léviathan, le grand monstre marin, c’est pour s’en rire (Psaume 104, 26). Et il a fixé à la mer des limites qu’elle ne franchira pas (Job 38, 8-11).
Les marins de Salomon, le fils et successeur de David, pouvaient donc avoir une certaine confiance. Formés par les Phéniciens qui voyaient le moyen d’ouvrir de nouvelles routes vers l’Orient, ils s’aventurèrent sur la Mer Rouge à partir du port d’Eilat (2 Chroniques 8, 17-18). Ainsi ils purent à leur tour décrire les tempêtes:
Descendus en mer sur des vaisseaux pour faire du négoce sur les grandes eaux, ceux-là ont vu les oeuvres du Seigneur et ses merveilles dans le gouffre. Il dit et fit se lever un vent de tempête qui souleva ses flots, ils montaient aux cieux, descendaient aux abîmes, sous le mal leur âme fondait, ils tournoyaient, vacillaient comme un homme ivre, et toute leur sagesse était engloutie. (Psaume 107, 23-27)
La mer dans l’évangile.
Dans les évangiles aussi, la mer est le lieu de la présence des démons. Ainsi, un jour, Jésus va dans le pays des géraséniens, au Nord-Est du Lac de Tibériade, c’est à dire vers le plateau du Golan dont les pentes tombent à pic dans ce qu’on appelle aussi la mer de Gallilée. Jésus y rencontre un des pires possédés que la Bible nous présente. En l’expulsant, il lui demande son nom : « Légion, car nous sommes nombreux. » Et ils demandent à Jésus de les autoriser à se retirer dans un troupeau de porcs qu’on gardait là. La permission aussitôt accordée, le troupeau se précipite dans la mer : pour les assistants, ce ne semble pas faire de problème, la mer est la résidence normale des démons. Le passage s’achève sur une note d’humour, suivie d’une note d’espoir. Avec une grande prudence, les habitants viennent demander à Jésus de quitter leur pays; sans doute craignent-ils qu’il ne malmène davantage l’économie locale qui repose sur un élevage prohibé par la loi juive. L’homme guéri veut suivre Jésus, qui lui dit de rester sur palace pour rendre témoignage, et ainsi préparer l’évangélisation après la Pentecôte.
Deux autres évènements sont à interprêter dans la même perspective. Quand Jésus apaise la tempête, ou quand il marche sur l’eau, il a une action à un double niveau. D’abord au niveau naturel : il manifeste sa puissance de créateur sur le monde matériel créé. Mais aussi il manifeste son empire sur toutes les créatures spirituelles qui infestent l’eau comme l’air et y provoquent le trouble et l’agitation. Il domine les démons et leur marche sur la tête. On trouve une allusion à cela dans le second exorcisme de l’ancien rituel du baptême :
« Je t’adjure de sortir de ce serviteur de Dieu, car celui qui te l’ordonne, c’est celui qui a marché sur la mer et qui a tendu la main à Saint Pierre qui s’y enfonçait. » On peut souhaiter que ce passage soit rétabli, au choix, dans l’actuel rtituel.
La pluie, bénédiction de Dieu.
L’expérience marine des Hébreux ne dura pas après la mort de Salomon et la division de son royaume. Si bien que c’est d’un autre côté que vint le second aspect, positif, de l’eau dans la culture biblique. On en a une préfiguration dans les thèmes anciens des puits et des oasis. Le jardin d’Eden est représenté comme une oasis où la nappe phréatique vient affleurer, se qui fournit à Dieu le matériau dans lequel il façonner


