13.07.2009
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Quand Saint Paul montait à Jérusalem (sur ce blog pour la Saint Pierre et Saint Paul)
Madame Françoise Pellabeuf est décédée dimanche matin 26 avril Voir ci-après
UNE CATECHESE SUR LE SACERDOCE (placée sur ce blog à Pâques)
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Vous trouverez ci-après :
Actualité :
Le préservatif n'arrêtera pas le sida. Un texte écrit en 2000 par Mgr N'Koué qui montre que les Africains pensent depuis longtemps ce que le Saint Père a dit récemment.
Commentaire sur la levée des excommunications des évêques lefebvristes.
L'abbé Bernard Pellabeuf part au Bénin.
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L'utilité du latin aujourd'hui. Quels enjeux culturels et spirituels pour l'étude du latin ?
TEXTES.
1 – Un dossier intitulé " Terre Sainte ", comprenant Géographie de la Terre Sainte, présentation de la Bible, Histoire Sainte, Le Linceul de Turin, datation des évangiles, questions de calendrier (Noël, Saint Jean d’été, Pâques) ;
2 – Un conte de Noël ;
3 - Des catéchèses et des études sur les sacrements ;
4 – Des remarques sur les traductions liturgiques ;
5 – Des notices sur des saints, militaires, africains, etc.
6 – Sous le titre " Lumen Orientale ", un texte sur Saints Cyrille et Méthode et un sur les Orthodoxes ;
7 – Une petite étude : " Jésus ou Bouddha " ;
8 – Paterculi pericula ;
9 – Quelques souvenirs de voyages (Rwanda, Zaïre, Adriatique, Terre Sainte, Océan Indien et Golfe Persique, Kirghizistan, Sénégal, Djibouti) ;
10 - Sous le titre "Histoires de chevalerie", des précisions sur Béziers et Simon de montfort lors de la croisade des Albigeois et une enquête historique sur les chevaliers du royaume du Congo.
11 - Quelques distractions : Petit traité du bon ou mauvais usage épiscopal de la délation cléricale, Présentation du décret "Non licet prohibere" pour l'application du Motu Proprio "Summorum Pontificum", et enfin "Ire et châtiment" (une information à la clientèle de l'entreprise Trois-carétel).
Prochainement : une catéchèse sur l’âme ; une petite école de prière.
Vous pouvez aussi retrouver l’auteur de ce blog :
Sur le site http://www.etudesfda.com
" Considération sur la liberté religieuse " (en annexe n° 2 à l’étude de Rémi Pellabeuf)
Bonne lecture !
01:16 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eglise catholique, missions, afrique, catéchèse, sacrements, chevalerie
28.06.2009
Quand Saint Paul montait à Jérusalem.
Le cantique des montées.
Le jeune Benjaminite qui parvient à Jérusalem pour la première fois vient y faire des études de théologie. Il est fort de ses atouts et plein de projets. Son tempérament de feu lui permettra de tout surmonter, pense-t-il : il a raison, mais à partir d’un certain moment rien ne se déroulera plus comme prévu.
Parti de Tarse, il a longé en bateau toute la côte de la Cilicie et de la Syrie. Il connaît bien la Méditerranée : depuis sa tendre enfance il la voit près de chez lui, et c’est elle qui fournit la ressource de sa famille car son père est fabricant de voiles. On peut sans peine imaginer que celles du bateau qui le porte viennent de cet atelier. Il ne sait pas encore quels rapports il aura avec cette mer intérieure : il la parcourra en tous sens, dans les conditions les plus diverses et y fera naufrage plusieurs fois sans que jamais elle puisse avoir raison de lui.
Enfin il débarque en Terre Sainte, celle sur laquelle, mille ans plus tôt, a régné son lointain ancêtre, dont il porte le nom : Saul, ou Saül, ou encore Schaoul. Il peut être fier de ses ancêtres, il est de ceux qui peuvent encore dire avec certitude le nom de l’aïeul qui, dix-sept siècles plus tôt, a laissé son nom de Benjamin à l’une des douze tribus d’Israël. Sa famille est aisée et a pu acheter la citoyenneté romaine. Cela lui confère une nouvelle forme de noblesse dans cet empire auquel il veut être fidèle tant qu’il respecte la liberté religieuse de son peuple, le seul autorisé à y avoir une religion non officielle.
Il n’est pas fort que de ces avantages : sa vive intelligence lui a permis d’assimiler une double culture. Il connaît l’hébreu et le grec, avec tout ce que cela implique de visions du monde complémentaires. Depuis qu’Alexandre le Grand a conquis, près de quatre siècles plus tôt, le Proche et le Moyen-Orient jusqu’à l’Inde, elles sont en dialogue intense et il est sans doute clair aux yeux de Saul que c’est par un décret de la Providence que son peuple vit cette adaptation.
Il franchit avec la fougue de son adolescence les quelques dizaines de kilomètres en montée abrupte qui séparent le port de la capitale. S’il n’y est pas déjà venu lui-même, du moins il la connaît bien : tous les livres des prophètes en parlent et les pèlerins en faisaient des descriptions enthousiastes à leur retour à Tarse.
C’est avec piété qu’il chantonne le psaume : Oh quelle joie quand on m’a dit : nous irons à la maison du Seigneur… Il franchit la porte, se rend aussitôt au Temple, le plus vaste et le plus beau du monde. Il y remercie Dieu de tout ce qu’Il lui a donné, le prie pour ce qu’il entreprend : des études supérieures de théologie auprès du maître le plus célèbre de l’époque, le fameux Gamaliel.
Nul n’est prophète en son pays.
Le temps a passé, et que de changements ! Quand Saul monte à Jérusalem pour la seconde fois, il n’est le bienvenu pour personne. Certes, il a brillamment réussi ses études. Pharisien il était en venant, c’est en pharisien qu’il est devenu capable de rendre compte de l’espérance qui est en lui comme au cœur de son peuple : il sait qu’existent anges et démons, croit en la résurrection, et attend la venue d’un sauveur. Il est un adversaire farouche des saducéens qui ne croient pas aux esprits, ni à la survie de l’âme, et n’adhèrent pas à l’enseignement des prophètes. En fait ils ont renoncé à l’espérance du Peuple de Dieu : possédant ce qui reste de pouvoir politique chez les Juifs, possédant le pouvoir économique dans le pays, ils verraient d’un très mauvais œil un descendant de David qui revendiquerait le trône de son ancêtre.
Il n’empêche : certains représentaient un danger bien plus grand que les saducéens matérialistes, c’étaient les adeptes d’un certain Jésus qui souillait l’espérance millénaire des Juifs. Il s’était prétendu descendant de David, se disait le Messie, mais se proclamait l’égal de Dieu – d’ailleurs il était mort sur une croix, sans avoir rien accompli de ce que les prophètes prévoyaient, la liberté du royaume rétabli. Que valaient donc les arguments de ses disciples ? Saul s’était mis à les persécuter de toutes ses forces, et quand il revient à Jérusalem, ils ont des raisons de s’écarter de lui.
Mais Saul s’est mis à dos aussi ses anciens amis et les autorités de Jérusalem : ils savent qu’à Damas, où il s’était rendu pour en extirper les adeptes de la nouvelle religion, il a en fait prêché que Jésus est bien ce qu’il avait prétendu être. Pharisiens et saducéens, donc, vont lui être résolument hostiles. D’ailleurs, il a dû fuir Damas de nuit parce que ses adversaires voulaient le tuer. Cette forme de purgatoire, à laquelle il s’attend mais dont il assume tous les inconvénients, il se prépare à la vivre pour se faire pardonner sa persécution des chrétiens. Il n’empêche : une telle pénitence lui sera vite très pénible, car il voudrait convaincre les uns et les autres de la sincérité de sa conversion et de son bien-fondé.
Mais Barnabé, un des meilleurs disciples des Apôtres qui lui confiaient volontiers des missions importantes, le libère de cette situation. On ne sait rien de l’entretien qu’ils eurent : sans doute a-t-il porté sur l’apparition de Jésus. « Je suis Jésus que tu persécutes ! » Barnabé sait que Jésus « vomit les tièdes » et voit que la conversion de Saul est complète : mieux, il a compris que si Jésus s’est identifié à l’Eglise, l’amour nouveau que Saul lui porte doit le pousser à faire grandir cette Eglise, dont on dira qu’elle est « Jésus répandu et communiqué.
C’est pourquoi Barnabé ne l’introduit pas n’importe où dans la communauté chrétienne : il se porte garant de Saul auprès des Apôtres eux-mêmes, et désormais c’est avec eux qu’il va et vient dans Jérusalem, alors que personne n’osait se joindre à leur groupe. Mais son zèle auprès de ceux dont il partageait la culture, ceux qui comme lui parlaient le grec, lui valut de solides inimitiés : comme à Damas, comme pour Etienne dont il avait approuvé le meurtre, ceux qui ne pouvaient résister à la sagesse de Dieu voulurent le tuer. Les chrétiens l’escortèrent jusqu’à la côte et à Césarée il s’embarqua pour Tarse. Il y apprendra à vivre au rythme du Seigneur et attendra son heure.
L’Apôtre rentre chez lui.
Quand Saul monte à Jérusalem pour la troisième fois, l’Eglise lui fait un triomphe : il a fait ses preuves. Barnabé et lui sont devenus vraiment Apôtres aux yeux de tous. En effet, Barnabé avait été envoyé à Antioche où de nombreux Grecs devenaient chrétiens. Là, devant l’ampleur de la tâche, il se souvient de Saul qui est à Tarse, inemployé pour la mission. Ensemble ils font un travail d’apostolat considérable : Dieu les prépare pour une mission à grande échelle. Et c’est d’Antioche qu’ils sont envoyés à cette mission, sous l’inspiration de l’Esprit-Saint.
S’ils vont à Jérusalem, c’est qu’à leur retour à Antioche ils ont trouvé la communauté agité par un débat fondamental : faut-il, pour être sauvé par Jésus, appliquer ou non tous les préceptes de la loi de Moïse ? Ni Saul ni Barnabé n’ont forcé les Grecs à suivre la loi juive lors de leur parcours apostolique en Asie Mineure, mais puisque ceux qui perturbent la communauté viennent de Jérusalem et donc se prévalent de leur proximité avec les Apôtres, c’est auprès de ceux-ci qu’il faut aller pour trancher la discussion.
C’est donc forts de la bénédiction que Dieu a accordé à leurs travaux apostoliques que Saul et Barnabé viennent participer au débat. Les Douze – qui sont quatorze depuis que l’Eglise a quitté délibérément les limites des douze tribus d’Israël – tranchent nettement en faveur de l’abandon de la discipline mosaïque, tout en en maintenant les prescriptions morales. Saul se fera à l’avenir l’ardent propagateur des conclusions de ce concile de Jérusalem. Cependant l’opposition sournoise ne va pas désarmer, car beaucoup de Juifs des milieux pharisaïques ne peuvent comprendre la différence entre la discipline qui peut varier selon les circonstances et la morale qui est universelle.
Or Saul va se trouver seul dans ce combat. Car Barnabé et lui doivent se séparer : Marc, le cousin de Barnabé, avait voulu les suivre dans leur mission mais était rentré chez sa mère à Jérusalem dés qu’on avait abordé les régions dangereuses. Saul ne veut plus de lui, mais Barnabé sait que son cousin va se reprendre – et de fait il va devenir un excellent auxiliaire des Apôtres. Toutefois Luc, disciple de Saul à Antioche, va remplacer Marc auprès de Saul, comme Silas, et comme Marc il va écrire un évangile.
Montons, nous aussi, et mourons avec lui.
Quand Saul monte à Jérusalem pour la quatrième fois, il sait que c’est la dernière. D’ailleurs il n’est plus Saul, il est Paul : il se fait appeler d’un nom grec, car il a parcouru en tous sens les régions parlant grec. Partout il reçoit des avertissements de l’Esprit : ce sont les chaînes et l’affliction qui l’attendent. Il peut donc faire sienne, en cet ultime pèlerinage à Jérusalem, la parole de Saint Thomas quand Jésus annonce sa résolution ferme d’y monter pour ressusciter Lazare : « Montons, nous aussi et mourrons avec lui. » Et Paul sait que comme Jésus il sera lié par les Juifs et livré aux Romains.
A Jérusalem, tout a changé. Les Apôtres sont partis, quand Saint Pierre, arrêté après l’exécution de Saint Etienne, a été libéré par un ange : désormais il est proscrit dans tout l’empire romain et quand il écrit de Rome, il dit être à Babylone pour brouiller les pistes. Du reste la Babylone de l’Apocalypse, si elle est une réminiscence de la Babel de la Genèse, ne désigne pas forcément plus Rome que Jérusalem : elle représente toute civilisation où l’on prétend se faire l’égal de Dieu et où, aveuglé par sa propre puissance on croit pouvoir se faire juge du bien et du mal.
Paul n’est pas depuis huit jours que sur la base de calomnies et procès d’intention on met la main sur lui : on allait le tuer quand Claudius Lysias, le tribun commandant la garnison romaine, accourt, arrête Paul, le sauvant ainsi du lynchage, le fait amener dans la forteresse où il est en sécurité : de là il a la permission de parler à la foule en langue hébraïque. Il raconte sa conversion mais quand il dit que le Seigneur l’a envoyé aux nations, le tumulte reprend au point que le tribun veut le faire torturer ; sa qualité de citoyen romain lui permet d’y échapper.
Le tribun convoque le Sanhédrin le lendemain, fait comparaître Paul. Celui-ci divise ses juges en rappelant son attachement au parti des pharisiens et ces derniers se mettent à le soutenir, car il a parlé de foi en la résurrection, qui les oppose aux saducéens. La pagaille est telle que le tribun envoie la troupe pour dégager Paul. Averti d’un complot, il met Paul en sûreté à Césarée auprès du gouverneur Félix. Après avoir entendu le Grand Prêtre et Paul, Félix met celui-ci en semi-liberté. Cependant la pression des autorités juives de Jérusalem est telle que la situation dure deux ans jusqu’à ce qu’arrive Festus pour succéder à Félix. Pour sortir de l’impasse, Paul une nouvelle fois fait état de sa qualité de citoyen romain pour être jugé par la justice impériale à Rome.
Rome, une nouvelle Jérusalem ?
Saint Luc, dans son évangile, présente la vie de Jésus comme une montée depuis la Galilée jusqu’à Jérusalem ; dans les Actes des Apôtres, il montre la montée de l’Eglise de Jérusalem jusqu’à Rome. C’est pourquoi il faut parler ici de la montée de Paul vers la nouvelle ville sainte des chrétiens.
La traversée est longue et difficile. Une terrible tempête menace de disloquer le navire, qui est sauvé grâce à la présence d’esprit de Paul : le fabricant de gréements se réveille en lui, avec son expérience de grand navigateur qui a déjà fait naufrage plusieurs fois. En définitive, ils s’échouent devant Malte, mais tous sont saufs, comme Paul l’avait prédit. Les Maltais leur font bon accueil et après de nombreux miracles de Paul pendant trois mois, le voyage reprend.
Il s’achève en triomphe : partout les chrétiens, en apprenant l’arrivée de Paul et de ses compagnons, accourent et s’empressent auprès d’eux. On escorte Paul sur plusieurs dizaines de kilomètres jusqu’à Rome. Là il est de nouveau en semi-liberté, ce qui lui permet d’annoncer Jésus à ceux qui viennent le voir.
C’est là que Luc achève son récit, de sorte que c’est par d’autres traditions qu’on sait que Rome est devenue la nouvelle ville sainte des chrétiens par le martyre de Pierre et de Paul, sans doute à quelques années d’intervalle.
La Jérusalem d’En-Haut.
Il ne restait plus à Saint Paul qu’à monter à la Jérusalem céleste. Il était averti qu’il serait martyr et s’en réjouissait. Quand le bourreau romain eût fait son œuvre, Saint Paul entra dans la gloire éternelle.
Saint Pierre le reçut. Ses clefs toutes neuves brillaient fort. C’était encore le temps de son apprentissage, et il ne voulait pas manquer cette occasion d’accueillir dignement son grand ami. Aussi le cita-t-il tout simplement :
- Vous vous êtes approché de la cité du Dieu Vivant, de la Jérusalem céleste et de myriades d’anges, d’une réunion de fête et de l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux…
- Tiens, fit Saint Paul, il n’a pas lu Saint Thomas d’Aquin mais il a bien compris que si mon style est différent dans cette épître, c’est qu’en m’adressant aux Hébreux je parle une langue qui m’est familière pour la théologie !
Saint Michel pesa son âme et le résultat fut conforme à ce qu’il avait escompté. Il commenta sobrement, avec un sourire :
- J’ai combattu le bon combat…
Ils échangèrent un regard entendu.
Arrive alors la Vierge Marie en personne, qui lui redit ce qu’elle-même lui avait inspiré :
- Ceux que d’avance il a connus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, pour qu’il soit un premier-né parmi de nombreux frères ; ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.
- Je pensais à elle en l’écrivant, et maintenant elle le dit en parlant de moi !
Derrière Marie Jésus s’avance, qui déclame :
- Pour moi, vivre c’est le Christ…
L’Esprit est là, qui fait dire à Paul :
- Abba, Père !
20:57 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.04.2009
Décès de Madame Françoise Pellabeuf
Chers Amis,
Mes frères et sœurs, leurs enfants et petits-enfants
se joignent à moi
pour vous faire part du décès de notre mère,
Madame Françoise Pellabeuf, née Décamps
hier dimanche matin 26 avril 2009
à cinq heures (locales)
à la résidence Saint Rémy
de Saint-Rémy les Chevreuse (Yvelines)
où elle s’était retirée fin janvier.
Je lui avais donné le sacrement des malades à Noël
et j’avais pu revenir pour Pâques en sorte que j’ai pu dire la messe
dans sa chambre encore samedi 18, avant de reprendre l’avion pour le Bénin.
Un prêtre a pu passer hier soir lui donner l’absolution et la Sainte Communion.
Elle est partie lucidement et dans la paix,
après avoir fait face à sa maladie avec sérénité et courage.
Elle a toujours été un soutien sans faille pour mon père
le Chevalier de Notre Dame René Pellabeuf
qui l’a précédé de deux ans,
et après lui avoir transmis la foi et bon nombre de valeurs,
lui a permis de donner le meilleur de lui-même,
ce dont beaucoup ont profité.
Je vous remercie de vos prières.
Abbé Bernard Pellabeuf
Une messe sera dite pour elle à la paroisse Saint Symphorien de Versailles le mercredi 30 avril à 11 H (attention : horaire susceptible de changer : consultez cette note demain soir si vous avez l'intention d'y participer).
Les obsèques auront lieu à la paroisse Saint Jérôme d’Aix en Provence le jeudi 30 avril à 11 H
et l’enterrement à Die dans la Drôme le même jour à 18 H.
19:03 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
12.04.2009
Petit exposé sur le sacerdoce
« Si le prêtre se comprenait, il en mourrait », disait le Saint curé d’Ars. On peut raconter aux enfants les grandes étapes de la vie de Saint Jean-Marie Vianney, pour qu’ils situent mieux celui qui a dit cela du sacerdoce. Et on peut alors leur dire qu’on va aborder l’étude du sacrement qui fait que les prêtres ressemblent à Jésus dans son Eglise.
I. LA PRIERE DE L’ANCIEN TESTAMENT
Pour parler aux enfants du sacerdoce, on peut commencer par comparer les grands priants, de l’Ancien testament à Jésus : tout sacerdoce en effet s’enracine dans la prière du Christ, et celle-ci reprend celle de ses devanciers en la portant à son achèvement, c’est à dire à sa réalisation : que nous soyons enfants de Dieu dans la maison de Notre Père.
Tout d’abord, on raconte la prière d’Abraham aux chênes de Mambré (cf. Gn 18-19). Abraham s’est séparé de son neveu Lot, qui s’est établi à Sodome. Abraham se repose aux Chênes de Mambré quand il voit arriver un personnage mystérieux, un et trine. Celui-ci, que la Genèse appelle tantôt le Seigneur ou l’Ange du Seigneur annonce que dans un an Abraham et sa femme Sara auront un enfant. Puis il fait part à Abraham de son intention de détruire Sodome, à cause de son terrible péché.
Abraham essaye de détourner Dieu de son projet : va-t-il dans ce châtiment faire périr l’innocent avec le coupable (et donc Lot avec les autres) ? Abraham demande à Dieu de ne pas détruire la ville s’il y trouve un nombre suffisant de justes : il parle d’abord de cinquante ; Dieu accorde à Abraham ce qu’il demande, et à chaque fois Abraham abaisse le nombre, peu à peu, jusqu’à dix, mais n’ose aller plus loin. Lot est averti qu’il doit sortir de la ville et celle-ci disparaît dans un cataclysme.
Il faut alors souligner pour les enfants qu’Abraham a inauguré là une prière où l’on demande pardon pour les pécheurs : et cette prière se retrouve bien souvent dans l’Ancien Testament, et ce sera finalement celle de Jésus.
Vient ensuite la prière de Moïse. Il a fait sortir, grâce aux miracles du Seigneur, le peuple de Dieu de l’Egypte, où les démons se faisaient adorer sous la forme de dieux effrayants. Or à chaque étape les Hébreux doutent que le Seigneur soit capable de les faire vivre au désert, ou de les faire entrer en Terre Sainte. Presque à chaque fois, Dieu dit à Moïse qu’il va anéantir le peuple et en faire surgir un nouveau dans la descendance de celui-ci. Mais à chaque fois aussi Moïse intercède pour le peuple de Dieu : que vont dire les peuples païens de la région s’ils voient que Dieu, qui a fait sortir d’Egypte les Hébreux, les a finalement fait périr au désert ? Et Dieu agrée la prière de Moïse et renonce au châtiment (cf. Ex 16 // Nb 11 ; Ex 17 // Nb 20 ; Ex 32 ; Nb 14 ; Nb 16 ; Ps 106, 23). De nouveau, nous avons une prière d’intercession pour que les pécheurs ne soient pas éliminés ; mais ici c’est pour qu’ils forment le peuple de Dieu sur la Terre où Dieu veut qu’on Lui édifie un temple pour qu’on y offre des sacrifices. Or ce Temple est l’image de la demeure de Dieu dans le ciel, et la prière de Moïse a donc pour but de conduire son peuple au ciel après l’avoir fait entrer en Terre Sainte.
Et puis il y a la prière des prophètes (1 S 7-12 ; cf. Ez 22, 30). Les rois gouvernent à Jérusalem, et les Hébreux deviennent de plus en plus riches. Mais comme souvent dans ces cas-là, seuls les puissants en profitent et leur cœur devient dur, ils exploitent les petits et les maltraitent. Du coup, le Seigneur ne leur paraît pas un Dieu à la mesure de leur ambition et ils se tournent vers les faux dieux des païens, dont le culte là encore est démoniaque : il y a surtout Baal, à qui l’on offre en sacrifice des enfants qu’on fait brûler vifs.
Dieu révèle alors à ses prophètes que si le peuple continue à être infidèle à son alliance, il va lui arriver de grands malheurs. Les prophètes transmettent le message du Seigneur, mais en même temps ils intercèdent pour le peuple. Et à la prière des prophètes, Dieu le purifie dans l’épreuve et fait subsister un ‘petit reste’ qui comprend de mieux en mieux qui est Celui qui s’occupe de lui. Et même on attribue à Jérémie, celui qui a le plus souffert de la part de ses compatriotes, un rôle d’intercesseur après sa mort : ainsi il préfigure vraiment Jésus qui par sa mort a rendu sa prière efficace (2 M 15, 14).
La prière des prophètes est la même que celle des prêtres. Mais ceux-là prient spécialement en offrant des sacrifices. L’idée du sacrifice est que ce qu’on offre représente celui qui l’offre : il se donne ainsi à Dieu. Mais la plupart des sacrifices sont offerts pour le péché, c’est à dire pour le réparer : celui qui l’offre est ainsi rétabli dans l’intimité avec Dieu, intimité qu’il avait perdue par son péché. Cependant certains sacrifices sont offerts pour tout le peuple, et c’est le sens de la prière des prêtres selon le prophète Joël (2,17) : « Que les prêtres serviteurs du Seigneur pleurent entre le vestibule et l’autel, qu’ils disent : Seigneur, prends pitié de ton peuple, ne permets pas que les tiens soient humiliés et que les païens s’en amusent. Pourquoi dirait-on parmi les peuples : ‘Où est leur Dieu ?’ » C’est que les sacrifices, et donc toute la prière qui les accompagne, doivent être présentés à Dieu par des personnes qu’il a choisies Lui-même.
Le sacerdoce de l’Ancien Testament est très différent de celui du Nouveau. Mais il le prépare et Jésus fera que le sacerdoce nouveau prolonge le sien mieux que l’ancien l’annonçait. Ainsi se comprend l’affirmation de la lettre aux Hébreux, qui explique précisément le sacrifice comme une caractéristique commune aux deux sacerdoces, ancien et nouveau, à la lumière de celui de Jésus : « Tout grand prêtre en effet, pris d’entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir dons et sacrifices pour les péchés (He 5, 1).
II. LA PRIERE DE JESUS
C’est dans le prolongement des grands priants de l’Ancien Testament que se situe la grande prière de Jésus, celle qu’Il a dite après avoir institué l’eucharistie et avant de souffrir sa passion : car l’eucharistie et la passion ne font qu’un avec cette prière. On appelle cette prière la prière « sacerdotale » parce que Jésus y fait le lien entre les hommes et son Père. En effet, le prêtre est celui qui fait un pont entre Dieu et les hommes. Dans la Rome de l’Antiquité, il y avait des prêtres qu’on appelait des ‘faiseurs de pont’, des « pontifes » ; et cette façon de parler a été adoptée dans l’Eglise, où le Pape est dit « Souverain Pontife », ce qui est une façon de dire qu’il est grand prêtre comme le Christ, de qui tous les prêtres tiennent leur sacerdoce.
Bien qu’elle ne soit pas expressément dans la prière sacerdotale de Jésus, il y a une parole qui la résume : c’est celle que Jésus dit peu avant sa mort sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » C’est là aussi la même prière que celle que nous avions trouvée chez Abraham, Moïse et les prophètes. Il s’agit d’obtenir le pardon de Dieu pour des pécheurs. Mais la prière de Jésus a une valeur universelle et absolue : universelle, car s’il pense d’abord aux bourreaux qui Le torturent à ce moment, c’est pour nous tous qu’Il s’offre en sacrifice et nous sommes, en tant que pécheurs, représentés par les bourreaux ; absolue, parce que Jésus n’est pas n’importe quel homme, ni n’importe quel prophète, il est le Fils de Dieu et sa prière sera exaucée définitivement comme le montrent sa résurrection, son ascension et la Pentecôte.
Mais Jésus a pour ainsi dire expliqué à l’avance sa prière faite sur la croix : la veille il a demandé à son Père : « Là où Je serai, je veux qu’ils soient eux aussi. » Le but de Jésus n’est pas qu’un simple pardon des péchés. Il veut que notre retour en grâce nous unisse pour toujours à Lui dans la maison de son Père.
Une autre prière de Jésus le souligne encore : « Qu’ils soient un comme toi et moi nous sommes un. » On risque de faire un contresens sur cette parole de Jésus. Beaucoup croient que d’un côté il y a la Trinité avec Jésus, son Père et l’Esprit Saint qui ne font qu’un, et de l’autre côté les fidèles qui eux aussi sont unis entre eux. Mais c’est ignorer la vraie nature de l’Eglise. Jésus veut que nous soyons unis à son Père de la même union que Lui et c’est l’Esprit Saint qui achève cette union.
Dés lors l’unité de l’Eglise n’est pas différente de l’unité des trois Personnes divines. C’est par notre foi en Jésus, Fils de Dieu et ressuscité, que nous nous attachons à Lui et à son Père, et c’est par cet acte de foi posé sous la mouvance de l’Esprit de Jésus que nous adhérons du même coup à l’Eglise. Ainsi s’explique cette phrase de Credo : « Je crois EN l’Eglise ». Celle-ci n’est pas objet de notre foi, puisqu’elle est une créature : seul Dieu est objet de notre foi. Mais comme l’unité de l’Eglise est l’unité même de Dieu, l’Eglise ne fait qu’un avec Dieu et notre adhésion à Celui-ci ne peut se faire qu’en même temps que notre adhésion à celle-là.
On l’a vu, la grande prière de Jésus est liée à son sacrifice et à l’Eucharistie : elle se situe historiquement entre l’institution de celle-ci et celui-là. Et dés le Jeudi Saint, en rendant son corps présent au début du repas, et son sang présent à la fin du repas, Jésus rend présent le moment de son sacrifice, quand, sur la croix, son sang est séparé de son corps. L’étude du sacrement de l’Ordre, grâce auquel la grande prière sacrificielle de Jésus est rendue présente en tous temps et en tous lieux, se comprend en fonction du sacrifice de Jésus.
Et c’est en faisant cette prière-sacrifice que Jésus est médiateur entre Dieu et les hommes. C’est donc en rendant présente cette prière de Jésus que les prêtres sont eux aussi médiateurs entre Dieu et les hommes. Ce ne sont pas de nouveaux médiateurs. Ils sont médiateurs dans la médiation de Jésus, parce que la prière qui les fait médiateurs est la prière de Jésus.
III. LA PRIERE CONFIEE AUX APÔTRES
On peut lire ou faire lire aux enfants les passages de l’Evangile qui concernent les Apôtres. Car la prière de Jésus leur est confiée en même temps que l’Eucharistie : « Vous ferez cela en mémoire de moi. » Cela, c’est à dire ce que Jésus fait à la dernière Cène, en rendant présents son corps et son sang sous les apparences du pain et du vin. Mais c’est à dire aussi tout ce que Jésus a voulu y mettre : sa prière et son sacrifice qui font que, purifiés de nos péchés, nous Lui sommes unis et que nous sommes un comme Il est un.
Les Apôtres sont des gens choisis expressément par Jésus pour être avec Lui et pour être ses envoyés – c’est le sens du mot Apôtres. C’est après une nuit de prière que Jésus les appelle l’un après l’autre, solennellement, et les établit en un groupe à part. Il leur donne des pouvoirs et les envoie en mission, pour préparer les gens à rencontrer, écouter et suivre Jésus au moins dans ses préceptes.
Mais s’ils sont capables de cette mission, c’est qu’ils ont vécu avec Jésus, parcourant les routes de la Terre Sainte et suivant son enseignement, étant témoins de ses miracles et de ses combats. Et finalement c’est au moment où ils suivent Jésus à Jérusalem en pensant mourir avec Lui qu’ils reçoivent la mission de renouveler son sacrifice et de le rendre présent jusqu’aux extrémités de la terre.
Les pouvoirs qu’ils ont reçus expliquent leur mission. Ils devront combattre Satan pour en libérer l’humanité. Ils devront enseigner à garder les commandements de Jésus et si quelqu’un ne les garde pas mais s’en repent, ils devront pardonner les péchés qui leur seront avoués. Ce pardon des péchés s’inscrit dans le pardon fondamental reçu au baptême.
Tout cela a pour but de rendre les fidèles capables de participer aux mystères sacrés du corps et du sang du Seigneur. C’est l’essentiel de la mission des Apôtres : faire participer les autres à la prière de Jésus en rendant présent son sacrifice. Tous les sacrements, toute l’action des Apôtres, ont ce but : que tous puissent offrir à Dieu un sacrifice qui Lui plaise – le sacrifice de Jésus auquel on s’associe dans la pénitence et la louange. (Voir la note ajoutée en fin de texte.)
IV. LA PRIERE CONFIEE AUX SUCCESSEURS DES APÔTRES
Jésus avait choisi douze Apôtres, et après la mort de Jésus ils ont voulu remplacer Judas : ils ont agrégé Saint Matthias à leur groupe – et nul n’osait s’adjoindre à eux (Ac 5, 12-13). Cependant, Jésus lui-même a choisi Saint Paul, et Saint Barnabé aussi a été considéré comme un apôtre. Ce passage de Douze à davantage a aidé les Apôtres à comprendre qu’ils devaient transmettre leur mission à d’autres, pour que l’Eglise soit dirigée après leur départ d’un endroit où ils l’ont implantée, et aussi après leur mort.
Ils ont ainsi institué des évêques, des prêtres et des diacres. Les évêques sont chargés de gouverner l’Eglise de la part de Jésus. Mais ils ne sont pas chargés de la fonder, comme le faisaient les Apôtres comme Jésus leur en avait donné le pouvoir. C’est pourquoi on dit que les évêques sont les héritiers de la part transmissible du ministère des Apôtres. Il y a des choses que les Apôtres ont faites et que personne ne peut défaire. Ainsi en est-il justement de l’organisation du sacrement de l’Ordre en trois ordres : évêques, prêtres, diacres.
Il n’y a pas de plan préconçu chez les Apôtres quand ils répartissent ainsi le sacerdoce. Ce sont les nécessités de leur mission qui les ont amenés à se trouver des aides et des successeurs.
Les premiers ont été les diacres. Les Apôtres étaient encore à Jérusalem quand il a fallu trouver des hommes pour surveiller la distribution des repas aux pauvres. Les Apôtres ont institué sept diacres. Ils sont comme les mains de Jésus qui s’occupait des pauvres. En même temps les Apôtres se réservaient l’essentiel de ce qui est la mission des évêques : ils sont responsables de la transmission de l’enseignement de Jésus.
Cependant les diacres eux-mêmes aident les évêques à la prédication : ils peuvent prêcher à la messe. De même ils aident les prêtres en célébrant des baptêmes et en étant témoins des mariages.
Puis, quand les Apôtres se sont dispersés, ils ont fondé des communautés chrétiennes partout où ils allaient. Quand ils repartaient, il fallait instituer des gens pour gérer la vie de ces communautés. Comme ils allaient et venaient, au début ils n’ont pas donné d’évêques à ces communautés, mais des « Anciens » : ce mot se dit presbytéros en grec et cela a donné notre mot « prêtre » ; on a l’impression que pendant deux décennies environ, la distinction entre prêtres et évêques n’était pas bien établie. Mais il ne fait pas de doute que les Apôtres ont institué des gens ayant des responsabilités différentes, et que Saint Marc à Alexandrie ou bien Saint Timothée et Tite, les deux disciples de Saint Paul, n’étaient ni Apôtres ni simples prêtres.
On fait remarquer que tant que les cultes païens étaient bien vivants dans l’empire romain, l’Eglise n’a pas voulu employer pour ses prêtres le même mot, « sacerdos », que pour les prêtres de ces cultes, afin qu’il n’y ait pas de confusion. Mais quand ces cultes eurent bien reculé devant l’Evangile, il n’y eut plus de confusion possible et les chrétiens utilisèrent indifféremment les mots signifiant « ancien » ou « prêtre », voire même « pontife », comme nous l’avons vu.
Un point important est de bien situer le sacerdoce de l’évêque par rapport à celui du simple prêtre. Au concile Vatican II on a employé l’expression « plénitude du sacerdoce » pour expliquer le sacerdoce de l’évêque, et on a dit que le simple prêtre est le collaborateur de l’évêque. Mais cela a entraîné un certain trouble dans le clergé, qui ne se comprenait plus bien. Peut-être l’expression « surabondance du sacerdoce » devrait-elle à l’avenir être préférée à celle de « plénitude », car le simple prêtre doit pouvoir comprendre ce qu’il est comme une plénitude. Il présente à Dieu le Père la prière de son Fils, en étant configuré au Christ dans son acte médiateur.
Le prêtre ne doit donc pas seulement être considéré dans sa fonction. Pour la fonction qu’il exerce, son être est changé par l’ordination. Il est un autre Christ, et cela d’une façon particulière par rapport aux autres chrétiens. Comme les Apôtres, il a été choisi pour « être avec Jésus », avant d’être son envoyé.
C’est pourquoi la terminologie ancienne, qui parlait de consécration épiscopale, avait l’avantage de marquer cette mise à part de ceux qui reçoivent le sacerdoce, cette proximité avec Jésus qui transforme leur être. La terminologie en usage actuellement, « l’ordination épiscopale », a l’avantage de bien situer l’évêque dans le sacrement de l’ordre, en soulignant l’aspect du fonctionnement – on est ordonné à l’Eglise – mais elle a pu faire oublier le fondement de l’être.
Donc bien qu’il soit juste de dire que le simple prêtre est le collaborateur de l’évêque, on doit aussi souligner qu’il est avec l’évêque auprès du Christ souverain prêtre et que la collaboration exige de lui un engagement plénier, donc une responsabilité que les structures de l’organisation diocésaine doivent respecter.
Bref, ce sont les Apôtres qui, ayant reçu le sacerdoce de Jésus lui-même, l’ont réparti en trois ordres : évêque, prêtre et diacre, les deux derniers ordres étant ceux de collaborateurs de l’évêque en deux directions distinctes. Les prêtres sont d’abord ordonnés diacres, parce que dans les débuts de l’Eglise il y a pu y avoir des tensions entre les groupes de prêtres et les groupes de diacres d’un même diocèse. Or celui qui prononce les paroles « ceci est mon corps, ceci est mon sang » doit avoir la primauté sur celui qui ne peut les dire efficacement.
Mais il y a dans l’organisation du sacerdoce quelque chose qui ne vient pas des Apôtres, mais de Jésus lui-même, et c’est l’institution du Pape. L’ensemble des évêques s’appelle un « collège » : ce mot vient du latin. A Rome, sous la république, on voulait absolument éviter le pouvoir personnel, c’est pourquoi tous les degrés de la magistrature étaient attribués à un groupe de collègues, c’est à dire de gens « choisis ensemble » ; ainsi la magistrature suprême, celle de consul, était donnée à deux hommes en même temps. Les Apôtres, qui ont été choisis ensemble par Jésus, formaient donc un collège. Et les évêques, qui sont les successeurs des Apôtres, forment aussi un collège en ce sens qu’ils ont ensemble la responsabilité de toutes les Eglises, comme le dit Saint Paul.
Mais la comparaison avec un collège au sens de la république romaine antique s’arrête là, car Jésus a voulu précisément que ce collège des Apôtres soit uni autour de Saint Pierre : c’est lui qui dans l’évangile est toujours nommé le premier dans la liste des Apôtres, c’est à lui que Jésus promet de donner les clefs du royaume des cieux, à lui encore qu’il dit « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise », et « Quand tu seras revenu, raffermis tes frères », et encore « Sois le berger de mes brebis ».
Pourquoi donc cette volonté de Jésus de mettre bien en évidence un chef parmi ses Apôtres ? On peut penser que c’est pour souligner l’unité du sacerdoce. Les évêques ou les prêtres n’ont pas chacun un petit sacerdoce individuel. Ils n’ont tous qu’un seul sacerdoce, et c’est l’unique sacerdoce du Christ. Le Pape doit donc être compris à l’intérieur du sacrement de l’ordre. Par son infaillibilité il garde l’intégrité de la foi ; par cette infaillibilité il garantit l’espérance que nous serons sauvés par notre foi ; par cette foi et cette espérance commune c’est lui qui permet le maintien d’une charité active entre tous les membres de l’Eglise.
Cela nous amène à expliquer pourquoi on appelle le sacerdoce « sacrement de l’ordre ». L’ordre, c’est ce qui met en place par rapport à quelque chose de premier. Le sacrement de l’ordre nous oriente par rapport à Jésus qui est le Premier, le commencement et la fin. Mais comme le Christ et l’Eglise ne font qu’un, être ainsi orienté au Christ oriente aussi à l’Eglise. De plus, le mot ordre est synonyme du mot « classe » : une classe, c’est ce qui est rangé, ordonné, ensemble. Ainsi dans l’Eglise on a un ordre des prêtres (« ordo sacerdotum ») un ordre des moines (« ordo monachorum ») et même un ordre de ceux qui ont reçu le sacramental de l’adoubement (« ordo militum »). Le sacrement de l’ordre constitue ceux qui l’ont reçu en un corps particulier, qui prolonge le collège des Douze, les Apôtres, auxquels personne ne peut s’adjoindre de soi-même.
V. ORDINATION ET VOCATION.
C’est l’évêque qui donne l’ordination : c’est lui seul qui peut validement accomplir les rites qui font un nouveau diacre, un nouveau prêtre, un nouvel évêque. Le rite prévoit une imposition des mains sur le nouvel ordonné, et une prière indiquant pour quel service il reçoit l’Esprit-Saint.
Cette cérémonie marque le nouvel ordonné d’une manière ineffaçable : comme pour le baptême et la confirmation on appelle cette marque un « caractère ». C’est quelque chose qui vient comme s’ajouter à la parole par laquelle Dieu crée chacun de nous : Il dit, et cela existe ; ce qui est décrit pour la lumière au début de la Genèse est valable pour chacun de nous.
Cela nous fait comprendre ce qu’est une vocation : c’est Dieu qui appelle quelqu’un à une vie particulière de la même voix que celle qui le fait exister. Les prophètes l’ont bien compris : Dieu les a appelés dés le sein de leur mère. Et ce nom par lequel Dieu nous crée et nous appelle à aller vers Lui par une voie particulière est à mettre en rapport avec le nom nouveau dont parle l’Apocalypse, par lequel Dieu nous appelle éternellement : c’est le même nom que celui qui nous crée, mais chargé de tout ce que Dieu a fait pour nous sauver, nous recréer. On voit donc toute l’importance qu’il y a à s’interroger sur sa vocation, et la nécessité pour les éducateurs de proposer les moyens de ce discernement.
Ainsi le prêtre est celui par qui la prière-sacrifice de Jésus est rendue présente en tous temps et en tous lieux : c’est en union à cette prière que tous peuvent répondre à l’appel à la sainteté que Dieu leur adresse en les créant.
Et puisque c’est la prière par laquelle les hommes sont réconciliés avec Dieu, le prêtre est l’homme qui efface les péchés, par le baptême et la confession, mieux appelée aujourd’hui « réconciliation ». Mais le sommet et la source de toute cette activité qui permet d’être un avec Dieu, c’est la messe : dans l’Eucharistie sont résumés tous les sacrements qui existent pour que la communion soit reçue avec le maximum de fruits.
VI. LA PRIERE DONNÉE À TOUTE L’EGLISE
La prière de Jésus est reçue par les prêtres pour qu’ils la fassent partager à toute l’Eglise. C’est cette prière de Jésus qui, en nous unissant à son Père, nous constitue en Eglise. Le sacerdoce va donc avoir pour but second d’organiser l’Eglise autour de cette prière qui la constitue.
Ainsi il y a, dans le rayonnement du sacerdoce du Christ qui présente sa prière à son Père, deux façons de la présenter au sein de l’Eglise : la façon du simple fidèle et la façon du prêtre. On distingue ainsi le sacerdoce commun des fidèles et celui des prêtres, qui diffèrent par nature. Dans la liturgie de la messe, la prière « Orate fratres » et son répons met bien en valeur leur complémentarité : le prêtre parle de son sacrifice, qui est aussi celui des fidèles à qui il s’adresse. De même, on voit le rôle des fidèles bien mis en valeur dans l’ancien missel, dit de Saint Pie V ou de Jean XXIII : après le « je confesse à Dieu » dit par le prêtre seul, tous les fidèles prononcent pour lui la formule d’absolution, avant de dire eux-mêmes cette prière et d’être ensuite absous par le prêtre.
La différence de ces deux formes d’exercice du sacerdoce du Christ est que la prière du prêtre rend présente la prière-sacrifice de Jésus, à laquelle les autres fidèles peuvent par conséquent rattacher leur propre prière. On peut donc comparer l’Eglise à une feuille : chaque cellule respire et reçoit la lumière, comme chaque chrétien prie ; mais seules les nervures apportent la sève à toutes les cellules, comme seuls les prêtres rendent présent le sacrifice du Christ. Et Jésus lui-même a employé la comparaison de la vigne : Il est la vigne, nous sommes les sarments, et pour rester attachés à Lui nous devons être attachés aux évêques et par eux aux Apôtres (1 Jn 1,3-4).
Cet organisme vivant qu’est l’Eglise a une dimension familiale. Si Dieu est Père, ceux qui sont réunis auprès de Lui forment une famille. C’est probablement pourquoi Jésus n’a choisi que des hommes pour être ses Apôtres, et pourquoi ceux-ci n’ont choisi que des hommes pour les aider et leur succéder : c’est que le prêtre tient dans l’Eglise la place du Christ, qui n’est pas seulement la tête de l’Eglise, mais qui en est aussi l’époux. Seul un homme peut représenter Jésus dans l’efficacité du symbole sacramentel. Et de même que l’épouse transforme son mari qui s’efforce de lui plaire tandis qu’elle le pousse à donner le meilleur de lui-même, ainsi le prêtre est poussé par ses paroissiens à leur donner le meilleur de lui-même.
Mais il suit de cette dimension familiale de l’Eglise que le prêtre est normalement célibataire. Certes, il y a des rites, dans l’Eglise catholique, où des hommes mariés peuvent être ordonnés prêtres, mais jamais ils ne peuvent être ordonnés évêques : la plénitude – ou la surabondance – du sacrement de l’Ordre requiert le célibat. Et cette pratique remonte à la première génération chrétienne.
Ainsi le prêtre n’apparaît pas seulement comme l’époux de la communauté pour laquelle il offre au Père la prière de Jésus : il apparaît aussi comme le Père de famille de cette communauté. Un prêtre fait souvent l’expérience de ce que Jésus lui a promis : ceux qui pour l’amour de Jésus auront renoncé à quelque chose recevront le centuple ; alors le prêtre n’a pas de famille à lui, ce qui lui permet d’adopter dans son cœur de père tous ceux pour qui il prie.
Les prêtres sont donc à cet égard comme Marie qui n’a pas eu d’autre enfant que Jésus : si elle avait eu d’autres enfants, il y aurait eu dans son cœur trois niveaux : d’abord Jésus, ensuite ses autres enfants, ensuite nous-mêmes. Mais comme Jésus est son fils unique, nous avons tous en Lui la même place dans le cœur de Marie. Le célibat du prêtre lui permet donc de se sentir père de tous également.
Et bien des familles le reçoivent comme l’un des leurs, parce qu’il représente le Christ et que le Christ est membre de toutes les familles chrétiennes. Il suit de cette dimension familiale de l’Eglise et du sacerdoce que tous les pères de famille peuvent être considérés comme les prêtres de leurs familles qui sont autant d’Eglises à la taille d’une maison : dans une Eglise domestique, le prêtre est le père de famille, qui représente le Christ.
Et les femmes aussi ont leur rôle particulier dans la constitution de l’Eglise en famille grâce au prêtre. Les religieuses, par exemple, manifestent par leur union à Jésus que toute l’Eglise est épouse du Christ. Les proches des prêtres aussi ont un grand rôle : ainsi c’est très souvent au sein des familles chrétiennes que naissent les vocations ; mais il y a aussi tous ceux qui se dévouent pour aider le prêtre dans son ministère : en l’entourant, ils l’aident à se sentir moins seul dans son célibat. Enfin on trouve dans la vie de beaucoup de saints prêtres des inspiratrices discrètes qui ont eu une grande influence et sans lesquelles les œuvres de ces saints auraient eu une toute autre allure : Sainte Scholastique et Saint Benoît, la bienheureuse Alèthe et Saint Bernard, Sainte Claire et Saint François, et bien d’autres qui ont été comme Marie auprès de Jésus.
VII. UNE RESPONSABILITE ULTIME
Le prêtre est en définitive responsable devant Dieu du salut éternel des fidèles qui lui sont confiés. Saint Jean-Marie Vianney ne voulait pas être curé : dans son humilité il avait peur de cette responsabilité. Dans les années cinquante, un prêtre déclara dans une réunion avec des confrères : « Mes paroissiens ont mal voté : à présent je fais mon binage à pieds. » Le binage est le fait de dire deux messes le même dimanche, le plus souvent dans deux villages plus ou moins éloignés. Un jeune prêtre lui demanda : « Excusez-moi, Monsieur le Curé, mais je ne vois pas le rapport. » L’ancien répondit : « Apprenez, jeune homme, que le prêtre ne doit pas seulement prier pour le pardon des péchés de ses paroissiens, il doit aussi les expier ! »
On retrouve cette idée du lien entre le salut personnel du prêtre et celui de ses fidèles dans l’oraison pour le Souverain Pontife : on demande qu’il parvienne au salut dans l’union avec le peuple qui lui est confié.
Pour exercer cette responsabilité, le prêtre est plus que tout autre fidèle « prêtre, prophète et roi » à la suite du Christ. Comme prêtre, il est avant tout l’homme des sacrements qui offre au Père la prière de son Fils et prépare les fidèles par les autres sacrements à s’unir à cette prière. Comme prophète, il est l’homme de la parole du Christ : grâce à sa prédication, l’annonce de l’évangile par Jésus se fait dans sa communauté ; et cette dimension prophétique n’est pas concurrente de la dimension presbytérale, comme le montre la liturgie de la parole de Dieu au sein même de la messe. Enfin, comme roi, il a une responsabilité morale ultime vis à vis de la communauté humaine : quand celle-ci s’égare, il doit rappeler les commandements de Dieu qui sont les conditions d’une vraie prière et donc du bonheur. On retrouve cela dans l’histoire de l’Eglise avec les rôles respectifs du Pape et de l’empereur, mais on en a eu une parabole littéraire avec les personnages de don Camillo et de Pepone…
Cette responsabilité par rapport à l’au-delà permet de comprendre que le prêtre, comme Jésus, est prêtre pour l’éternité. Comment est-ce possible ? Quand le sacerdoce a atteint son but, à savoir l’union des fidèles à Dieu le Père, et que cette union est définitive, comment le sacerdoce peut-il continuer ? L’exemple du Christ nous le fait comprendre : il est toujours présent dans notre relation éternelle à son Père, parce que c’est lui qui nous a rétablis dans cette relation.
Mais cela est possible, de manière un peu différente, aussi pour le simple prêtre. Notre amour pour Dieu s’inscrit bien dans notre personnalité, façonnée par tout ce qui nous est arrivé. Ainsi la façon dont nous aimons Dieu se ressent de la façon dont nous avons répondu à l’amour des autres, à commencer par celui de nos parents. De même, il y a comme une continuation du rôle du prêtre dans la trace laissée dans l’âme des saints pour leur union à Dieu.
Là encore Marie nous aide à comprendre le sacerdoce. Ce que nous avons reçu d’elle pour notre union à Dieu modèle celle-ci, en sorte que la trace de son œuvre en nous demeure pour toujours. Faut-il s’étonner de cette ressemblance entre le rôle de Marie et le sacerdoce ? Certainement pas : Marie au pied de la croix a fait sien le sacrifice de son Fils afin qu’il devienne celui de toute l’Eglise, elle est ainsi devenue mère et reine des prêtres.
Addition du 28 04 09
Un correspondant me communique : " Je n'aurais pas écrit : "C'est l'essentiel de la mission des Apôtres : faire participer les autres à la prière de Jésus en rendant présent son sacrifice." Ce n'est pas en tout cas ce qui est écrit en MT 28 16-20. "
Relisons donc Mt 28,19-20 : " Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que e vous ai prescrit.. "
On y trouve " observer tout ce que je vous ai prescrit ".
Or parmi les prescriptions laissées par Jésus, il y a " Vous ferez cela en mémoire de moi. " On peut donc penser que l’envoi en mission est orienté à l’Eucharistie. L’évangélisation n’est pas une fin en soi. Le but ultime, c’est la vie d’union à Dieu. Et l’Eucharistie est source et sommet de toute vie chrétienne.
Mais il est vrai qu'à l'intérieur de la mission confiée aux Apôtres, ce qui est confié en propre aux évêques est l'enseignement.
Merci à ce correspondant de m’avoir fourni l’occasion de cette précision.
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08.04.2009
A propos de Pageliasse
Ce blog a eu deux ans et demie le 23 août 2009.
Il a reçu sa dix millième visite le même jour.
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Les Amis de Pageliasse vous remercient.
L’auteur du blog :
Curriculum vitae ecclesiasticum.
CONTACT attention : il nous a été impossible d'ouvrir notre boîte de réception ; notre adresse de contact a donc changé. Si vous avez envoyé un message avant le 13 juillet 2009, merci de l'envoyer à nouveau.
22:38 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Curriculum vitae militare
Interview de l'aumônier, paru dans "Le Carabinier", revue de l'Ecole de Cavalerie de Saumur.
Monsieur l’aumônier, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Fils de militaire, j’ai connu dans mon enfance diverses villes de garnison situées en gros entre Baden-Baden et Alger. J’ai fait mes études secondaires à Autun puis à La Flèche, où j’ai fait aussi un an de Corniche (option Lettres). Après un peloton EOR à Coëtquidan, j’ai rejoint le 110ème Régiment d’Infanterie à Donaueschingen. Par la suite, j’ai été réserviste à la Base Aérienne de Luxeuil.
Je suis entré au séminaire en 1969 à Fribourg en Suisse. J’ai été ordonné prêtre en 1978 à Besançon et j’ai été rattaché à Belfort à la création de ce diocèse en 1980. Après cinq ans comme vicaire en paroisse, je suis parti au titre de l’encyclique « Fidei Donum » pour l’archidiocèse de Bukavu dans ce qui s’appelait alors le Zaïre. J’y ai enseigné le latin et le français dans les classes terminales du petit séminaire. Plusieurs de mes anciens élèves ont été ordonnés prêtres.
Rentré en France, j’ai rejoint l’aumônerie militaire en 1990. On m’a mis dans la marine, ce qui m’a valu toutes sortes d’expériences : aumôneries de base aéronavale à Rochefort, du porte-avions Foch, de garnisons d’Outre-Mer à Dakar ou La Réunion, embarquements sur des bateaux de tous types, dont le BCR d’Alindien, escales dans une trentaine de pays en Méditerranée, dans le Golfe de Guinée ou dans l’Océan Indien, et même l’aumônerie du Bataillon des Marins-Pompiers de Marseille. Et je viens de passer trois ans dans l’Armée de l’Air, sur la base d’Avord - ce qui m’a valu un séjour de deux mois au Kirghizistan l’an passé.
En gros, après l’air du large, je crois que je vais apprécier la douceur angevine.
Mais vous n’avez jamais servi dans la cavalerie ?
Autant dire qu’il me manque jusqu’ici l’essentiel ! Je suis heureux de commencer une expérience nouvelle, même si cela implique un gros investissement psychologique à un âge où l’on préfère exploiter les acquits. Je dois remettre en cause des habitudes ou des schémas qui me viennent d’autres contextes.
Je me rends compte que le monde a bien changé aussi à certains détails. Par exemple dans mon enfance je voyais dans l’Algérois des EBR flambant neufs, et je me souviens de l’introduction d’un char très moderne, l’AMX 10. Aujourd’hui je retrouve leurs silhouettes familières au musée des blindés où ils ne sont pas les plus récents... Quand je suis entré pour la première fois dans un hangar où trônait un Leclerc, j’ai eu envie de me découvrir comme devant Sa Majesté !
En fait j’ai quand même quelques souvenirs plus proches, comme un exercice de débarquement à Rufisque avec les AML du 23ème BIMa, avec à la clef un fameux raid à leur bord sur les pistes du Sénégal. Et puis j’ai remplacé au début de cette année l’aumônier d’Orléans qui a été à Kaboul pendant cinq mois : assurer des permanences hebdomadaires à l’état-major de la brigade et au 6/12 m’aura un peu mis en selle.
Avez-vous des projets, des priorités ?
C’est encore trop tôt pour moi de faire un programme, alors que j’ai à peu près tout à découvrir de l’Ecole et de l’Arme. Je souhaite connaître l’histoire de la cavalerie et ses traditions - même si certains aviateurs aiment rappeler qu’on monte dans un avion par la gauche, car leur armée est issue de la cavalerie.
Il me faut me familiariser avec les rouages de la garnison, du deuxième Dragons, etc. Mais certaines choses sont claires, dans la continuité avec ce qu’ont fait mes prédécesseurs, notamment en assurant la messe dominicale. Et déjà il y a plusieurs demandes de baptêmes ou de préparation au mariage.
Il me reste à trouver la façon d’être présent à toutes les composantes de l’Ecole et de la garnison, et à toutes les catégories de personnes qui en font partie.
L’accueil reçu partout où j’ai pu passer jusqu’ici m’y encourage. Merci donc à tous ceux qui m’aident à mettre le pied à l’étrier.
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Curriculum vitae ecclesiasticum
Entretien avec le Père Bernard paru dans la Revue Saint Pierre - distribuée aux bienfaiteurs du Petit Séminaire Saint Pierre de Natitingou - de décembre 2008
Dans l’Eglise, il n’y a pas d’étranger. Certes, mais c’est mû par l’amour indéfectible du Christ qu’on peut traverser des continents pour aller communiquer ses connaissances à d’autres. Révérend Père Pellabeuf, notre joie est grande de vous avoir comme professeur de latin, permanent dans notre maison. En effet, vous avez répondu promptement et très généreusement à la demande de Monseigneur N’Koué, chargé des séminaires, cherchant un professeur de latin pour notre séminaire. Aussi Saint Pierre Nouvelles voudrait-il saluer votre présence en notre sein.
Saint Pierre Nouvelles (SPN) :
Cher Père, veuillez bien décliner votre identité à nos fidèles lecteurs.
Père Bernard :
Avec joie ! Je suis né en 1950, le troisième d’une fratrie de cinq, de parents très engagés dans l’Eglise. A vrai dire, mon père n’avait pas été baptisé à sa naissance, car ses parents étaient incroyants. Mais il cherchait la vérité, et quand il a rencontré ma mère, il s’est converti totalement. Il était militaire, et avait fait l’école d’officiers à Saint-Cyr, tout comme ensuite mon frère et deux de mes neveux.
Nous avons de ce fait très souvent déménagé, dans des endroits qui tiendraient dans une ellipse dont les foyers seraient Alger et Baden-Baden en Allemagne. J’ai fait mes études secondaires dans d’autres lieux encore. Et cela continue à remuer : j’ai une partie de ma famille qui a émigré en Australie.
C’est à neuf ans que j’ai dit à mes parents que je voulais être prêtre. J’ai un neveu de trente ans qui est prêtre à la communauté Saint Martin et un autre de neuf ans qui en parle déjà.
A dix-sept ans, je ne pensais plus au sacerdoce, mais le Bon Dieu m’a rattrapé. Comme j’avais voulu devenir officier moi aussi, mes parents m’ont dit de faire les deux ans de préparation à Saint-Cyr, pour que ma vocation mûrisse. Mais au bout d’un an je suis entré au séminaire.
(SPN) :
Pouvons-nous en savoir un peu plus sur votre cursus, cher Père ?
Père Bernard :
A cette époque, comme me l’a dit ensuite Mgr Daucourt, évêque de Nanterre près de Paris, c’était la pagaille dans les séminaires. Il y avait donc à Fribourg en Suisse quelques dizaines de jeunes qui se préparaient au sacerdoce en suivant les cours des dominicains qui enseignaient selon l’esprit de Saint Thomas d’Aquin, comme le demande l’Eglise. C’est là que mon père m’a envoyé.
L’évêque de Chartres, qui avait approuvé ce choix, me fit dire en 1976 qu’il n’y avait rien à me reprocher, mais qu’on ne voulait pas de moi. Il m’a tout de même recommandé à Mgr Lallier, archevêque de Besançon, près de la Suisse. J’ai été ordonné en 1978 après deux ans de stage.
J’ai ensuite été vicaire dans deux endroits différents, mais je me rendis compte que la pagaille ne régnait pas seulement dans les séminaires. Par exemple un confrère qui avait le portrait de Lénine dans son bureau me fit beaucoup d’ennuis. Or Lénine est ce révolutionnaire qui a persécuté et fait mourir des millions de chrétiens en Russie !
La deuxième paroisse ou je fus nommé se trouva dans la partie du diocèse qui fut séparée de Besançon pour former le diocèse de Belfort, où je suis par conséquent incardiné. Mais j’y étais le seul à porter un habit ecclésiastique. Et les abus liturgiques étaient nombreux, en particulier on faisait prêcher des pasteurs protestants pendant la messe. Comme je refusais de le faire, on me faisait passer pour désobéissant…
Je suis donc parti six ans comme prêtre " fidei donum ", professeur de latin et de français, au petit séminaire de Bukavu dans l’Est du Congo. J’ai pu aussi aller au Burundi et au Rwanda. Ce premier contact avec l’Afrique m’a beaucoup marqué.
Ensuite je suis rentré en France et j’ai travaillé dans le diocèse aux armées. Ce fut passionnant. Entre autres j’ai été aumônier du porte-avions Foch, un bateau de deux cent soixante mètres où on voit des avions passer en cinquante mètres de l’immobilité à la vitesse de deux cent kilomètres à l’heure. C’était pendant la guerre de Bosnie, et nous sommes souvent allés dans la mer Adriatique.
J’ai aussi été deux ans à Dakar. J’ai encore approfondi ma connaissance et mon amour de l’Afrique en de nombreuses escales, dont deux à Cotonou. J’ai passé un an à l’île de la Réunion, et un autre à sillonner l’Océan Indien. Au total, je suis passé dans quarante-cinq pays. A chaque fois j’ai tâché de rencontrer l’Eglise locale.
Mais tout cela a été très fatigant et je suis tombé malade, et j’ai mis quatre ans à me remettre. C’est alors que j’ai entendu l’appel de Monseigneur N’Koué…
(SPN) :
Les continents sont différents, les pays aussi. Comment trouvez-vous le Bénin et en l’occurrence le séminaire Saint Pierre qui vous accueille ?
Père Bernard :
Mon premier contact avec le Bénin fut lors d’une mission sur un aviso dans le golfe de Guinée. Nous étions déjà passé à Dakar et Abidjan. Eh bien nous avons été charmés, le mot n’est pas trop fort, par le Bénin. Nous y avons trouvé des gens très accueillants. De plus, le sens artistique est bien développé, je l’ai remarqué en particulier aux motifs sur les tissus qui sont très originaux. J’ai aussi acheté une crèche en bois noir, que j’ai gardée chez moi.
Cette première impression se confirme depuis mon arrivée à Natitingou. Je suis touché des attentions de tous à mon égard. Et je me suis immédiatement attaché aux élèves. Je suis toujours ému quand je vois que Dieu a posé sa main sur un jeune.
(SPN) :
Professeur de latin dans notre maison, quels sentiments vous animent-ils en face des séminaristes dans leurs classes respectives ?
Père Bernard :
Quand je vois les difficultés des septièmes et l’aisance des troisièmes, je me dis qu’il se fait un excellent travail ici. Je vais essayer d’être à la hauteur.
Par ailleurs je suis frappé de voir comment vivent ensemble harmonieusement des garçons si différents par l’âge, les diocèses d’origine, les langues… Tout cela leur donne une bonne expérience d’Eglise.
(SPN) :
En ce début d’année scolaire, quels sont vos projets et souhaits pour les séminaristes ?
Père Bernard :
Mon souhait est qu’ils soient dociles à l’action de Dieu en eux. C’est en profitant au mieux de la formation spirituelle du séminaire qu’ils discerneront leur vocation.
Je n’ai pas de projet particulier. Je viens tout juste d’arriver et j’ai tout à apprendre !
(SPN) :
Merci, Père, votre dernier mot en guise de conclusion.
Père Bernard :
Je suis extrêmement heureux d’être parmi vous et j’en remercie le Seigneur.
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05.04.2009
Le préservatif n’arrêtera pas le sida.
Sous ce titre, Mgr N’Koué, évêque de Natitingou dans le Nord du Bénin, écrivait dans son bulletin diocésain de décembre 2000 un texte comprenant notamment les paragraphes suivants.
La lutte contre le sida à l’aide des préservatifs est en cours depuis des années. Mais le sida va toujours galopant. N’est-ce pas déjà une preuve de son inefficacité ? Il n’a pas été inventé pour lutter contre le sida. Il a été fabriqué pour limiter les naissances. Comme tel, son taux d’échec varie entre 10 et 20 % selon l’OMS : c’est énorme. Et ceci quand le préservatif est bien confectionné et bien conservé. Si le spermatozoïde arrive à passer à travers le préservatif, à plus forte raison le virus du sida qui est 450 fois plus petit.
…
Lors de la rencontre des évêques du Bénin et d’une délégation du ministère de la santé à Kandi, le 23 novembre dernier, la délégation ministérielle a bien reconnu l’efficacité des moyens préconisés par l’Eglise ; de là une question : pourquoi ne met-on pas autant de vigueur et d’investissement pour promouvoir ces deux moyens ? Non seulement on ne les prend pas en compte, mais encore on les occulte, ce qui est encore plus coupable. Cette délégation a reconnu aussi que le préservatif en latex n’est pas fiable à 100 %. Elle a aussi reconnu que la chaleur chez nous et le peu de soin qu’on porte à la conservation des produits pharmaceutiques détériorent les préservatifs et diminuent encore leur supposée efficacité. Alors qu’on cesse de tromper les naïfs par des affiches suggestives telles que « Le sida tue, la capote protège » ou « Prudence, l’amour sans risque », ‘prudence’ étant la marque d’un préservatif. Il y a là un abus de confiance. C’est comme si l’on disait à un motocycliste : « Porte un casque sur ta tête et roule n’importe comment ; tu ne risques pas d’accident ». Il y a oui ou non un code de la route qu’il faut respecter ? N’oublions pas cette maxime populaire : « Qui sème le vent récolte la tempête ». Ces affiches qui excitent à utiliser aveuglément le préservatif devraient être arrachées et brûlées publiquement sans autre forme de procès…
…
Quand on a demandé à la délégation ministérielle pourquoi elle ne disait pas toute la vérité sur les préservatifs, elle a essayé de nous rassurer : « ce n’est pas nous qui mettons ces affiches, ce n’est pas nous qui faisons cette publicité intempestive des préservatifs à la radio et à la télévision ». Cela signifie que les pouvoirs publics n’osent pas s’attaquer au matraquage pornographique auquel nous assistons. C’est une démission grave. On prive ainsi les nouvelles générations des repères spirituels et moraux traditionnels. Que fera-t-on des générations déboussolées qu’on aura formées au « réflexe-préservatif » ? Prenons garde, car par ce harcèlement médiatique, on fera beaucoup de mal à nos villes et villages… Il est encore temps d’arrêter cette campagne de mensonge, car le sida est en train de tuer littéralement l’Afrique. Dans certains pays on parle de 30 % d’atteints, au Bénin ce serait 8 %. Plus on fait la promotion du préservatif, plus on encourage les dépravations sexuelles et plus le nombre de cas de sida augmente. Les statistiques nous disent que l’année dernière il y a eu en Afrique 2,4 millions de victimes. Le sida tuerait 11 fois plus que nos guerres ethniques. Cela ne peut réjouir que ceux qui proclament que l’Afrique est surpeuplée. Il y a des voies plus puissantes, plus efficaces et surtout plus humaines que le préservatif : l’éducation intégrale des adolescents et des jeunes, l’usage responsable de la sexualité. L’exhortation au port du préservatif tend à dévaloriser la sexualité et à l’ordonner au seul plaisir immédiat. Le sexe sans amour nous rabaisse au rang de l’animal ou de la bête en chaleur. Il est urgent de retrouver le chemin du bon sens et de la responsabilité. « Errare humanum est », on peut se tromper mais persévérer dans son erreur c’est diabolique. Et c’est triste de savoir que ce sont nos pauvres piécettes qui font tourner les usines des pays étrangers qui fabriquent ces préservatifs qui ne préservent pas. Pauvre Afrique, secoue la tête et dis NON au préservatif. Aie pitié des nombreux orphelins abandonnés à leur sort.
Il ressort de ces lignes que les évêques béninois sont depuis longtemps au fait de ce que Benoît XVI a dit : le préservatif n’est pas une solution. Au contraire, il aggrave la crise morale.
De plus, ce texte montre l’incapacité des gouvernements des pays pauvres, dépendant de capitalistes cyniques et criminels.
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18.02.2009
Levée des excommunications : une justice prophétique.
Ainsi les évêques lefebvristes ont bénéficié d’une mesure venant d’un état d’esprit qu’ils n’aiment guère ! Car il est en quelque sorte la réédition de ce que fit jadis le Pape Paul VI à l’égard du Patriarche Athénagoras : il leva l’excommunication prononcée contre les Orientaux dissidents depuis 1054 ; et cela dans l’esprit de l’œcuménisme conciliaire. Ainsi apparaît la portée juridique de cet acte : la levée des excommunications n’est pas la réintégration des anciens excommuniés, mais une condition à remplir en vue de celle-ci, qu’on espère pas trop lointaine.
Mais il y aa des différences entre l’acte de Paul VI et celui de Benoît XVI. Aussi pour comprendre l’originalité du geste de Benoît XVI, il faut comprendre les circonstances précises de l’ordination des quatre évêques par Monseigneur Lefebvre, qui leur valut l’excommunication. Ces circonstances expliquent largement pourquoi cet acte a pu être posé en 1988 : elles tiennent à la fois à la situation de l’Eglise à l’époque, et particulièrement en France, à la place qui y était faite à Monseigneur Lefebvre et ses disciples, et aux valeurs qu’ils défendaient. On verra ainsi que la levée des excommunications est une œuvre de justice, et s’inscrit parfaitement dans la ligne « seizièmo-bénédictine ».
La décadence des catholiques en France.
En cette année 1988, qu’en était-il de l’Eglise de France ? Eh bien justement elle se disait « de France ». Or, s’il existe une Eglise d’Angleterre, et c’est l’Eglise anglicane, l’Eglise gallicane ne correspond à aucune institution juridique et tend à prendre la place de l’Eglise catholique dans notre pays. Il est clair que cette tendance ne vise pas à s’éloigner seulement de Rome, mais en même temps de pans entiers de l’action et de la doctrine de l’Eglise catholique.
Rappelons-en quelques exemples, non exhaustifs, choisis à propos des sacrements et du dogme.
Les sacrements malmenés.
Le baptême des petits enfants était clairement contesté. De nombreux prêtres conseillaient à leurs paroissiens d’attendre que leurs enfants soient en âge de choisir eux-mêmes. Et le fait de retarder l’âge de la confirmation à l’adolescence a été souvent perçu comme une revanche de ceux qui n’avaient pu imposer l’abandon du baptême des petits enfants. Car, comme pour le baptême, on a voulu que les jeunes « sachent ce qu’ils font » : mais est-on sûr qu’un enfant soit moins apte qu’un adolescent à s’engager pour Dieu ? Désormais, un prêtre baptisant un enfant peut se demander s’il a le droit d’accepter les engagements inhérents au baptême, alors que celui pour qui on les prend n’aura pas la grâce nécessaire pour affronter les graves tempêtes de l’entrée au collège et de l’adolescence. D’ailleurs certains disaient : « Si nous étions honnêtes, nous ne la ferions pas donner, car nous ne savons pas ce que c’est. »
Quant à l’eucharistie, on sait combien elle était malmenée. La brutalité et l’ampleur de la réforme liturgique en avaient perturbé plus d’un, et avait fait le lit de théories révisionnistes. On niait la doctrine de la transsubstantiation, on diminuait le caractère sacrificiel de la messe, etc. Il s’en est suivi une terrible crise liturgique, qui a provoqué la désaffection des fidèles. En trente ans, le nombre des pratiquants a été divisé par cinq.
On se souvient de ce qui est advenu à la confession, ou réconciliation. La généralisation des absolutions collectives a provoqué une perte du sens du péché, dans un monde qui justement perdait le sens de la responsabilité. Des théories pseudo psychologiques justifiaient ces abandons : une sorte de pendant freudien de la scolastique s’était répandue dans le clergé, hors de laquelle il semblait ne pas y avoir de salut.
Pour le mariage, des prêtres prenaient leur parti de la cohabitation avant le sacrement. Il est arrivé qu’on bénisse de tels couples. La conférence épiscopale contredisait le Pape au sujet de l’interdiction de la pilule même sous couvert de la théorie du moindre mal. Beaucoup admettaient à la communion les divorcés remariés : on propose aujourd’hui encore des cérémonies à l’Eglise spécialement pour célébrer leur nouvelle prétendue union.
L’ordre était en plein abandon. Les chiffres des vocations parlent d’eux-mêmes. Ceux des prêtres quittant le ministère aussi. On était imprégné des théories protestantes selon lesquelles le sacerdoce commun des fidèles n’était pas différent de celui des prêtres ordonnés. On estimait que le manque de prêtres était une chance pour que les laïcs prennent dans l’Eglise une place qui leur revenait et le conseil épiscopal d’un diocèse comtois publia ainsi sa conclusion : « Quand un prêtre cesse son ministère, il ne faut pas le remplacer, pour laisser aux laïcs un espace d’initiative » ! Cette attitude explique qu’on ait donné à des laïcs une autorité pastorale sur des prêtres… Le prêtre se comprenait bien souvent comme un animateur psychosociologue. En conséquence, une grave crise, qui est loin d’être résorbée, frappa les séminaires.
Enfin on prétendait faire administrer le sacrement des malades, par ailleurs bien revalorisé au niveau romain, par des laïcs. Dans bien des hôpitaux, les malades peinent à trouver des prêtres pour le leur donner.
La doctrine contestée.
Au niveau de la doctrine, quelques exemples suffiront. La doctrine sociale classique de l’Eglise était rangée parmi les idéologies. Déformée, elle s’inspirait des modèles du monde. De même qu’une scolastique freudienne tenait lieu d’anthropologie à une grande partie du clergé, ainsi une vulgate marxiste leur servait à l’analyse sociale. Et à présent l’idée de la nation comme corps intermédiaire indispensable est battue en brèche par un épiscopat qui, sous influence hégélienne, semble avide qu’advienne une Europe supranationale où les étrangers n’auraient pas spécialement à s’adapter.
Le dogme du péché originel était nettement nié. Les théories évolutionnistes faisaient considérer à certains théologiens que nos premiers parents étaient des sous-hommes : comment, « dans les brumes de leur conscience », auraient-ils pu engager toute leur postérité ? Mais leur conscience, justement, était bien plus éclairée que la nôtre, puisqu’ils vivaient dans l’intimité de Dieu, tandis que nous tâtonnons dans l’obscurité du péché.
Les esprits, âmes et anges, subissaient le même sort qu’aux yeux des Saducéens adversaires de Jésus et de Saint Paul. S’en tenant à certaines obscurités de la doctrine des esprits au début de la révélation de l’Ancien Testament, les prêtres de Jérusalem contestaient l’existence des anges et l’immortalité de l’âme. Une fausse exégèse protestante née en Allemagne au XIXème siècle remit cette imbécillité à l’ordre du jour. Vulgarisée, elle est toujours proposée dans les réunions de formation du clergé.
L’ecclésiologie était dans l’impasse. L’union au Pape n’était plus considérée comme un fondement de l’unité de l’Eglise : on devait s’affranchir de pans entiers de la juridiction romaine, et les non-catholiques pouvaient très bien demeurer en dehors des frontières visibles de l’Eglise catholique. L’efficacité salvifique du baptême était d’ailleurs omise : on affirmait que Dieu avait parlé dans le Coran, ce qui devait dispenser d’évangéliser les musulmans dont le nombre croissait sur notre sol. D’ailleurs on parlait « d’Eglise pécheresse », on niait la justesse de l’expression du credo, très claire pourtant en grec, « Je crois EN l’Eglise ».
Toutes ces erreurs, et bien d’autres, se trouvaient vulgarisées dans un catéchisme conçu non comme une instruction chrétienne, mais comme une technique pour « restaurer dans l’enfant un tissu psychologique et social ». A la suite des pédagogues du monde, on avait adopté pour la catéchèse les conclusions de certains psychologues et sociologues sans passer leurs présupposés philosophiques au crible de la Révélation. Le curé d’une cathédrale du Midi notait récemment sans s’en émouvoir que le catéchisme ne produit plus de catholiques pratiquants. Les enfants des familles authentiquement catholiques, mêlés aux non-pratiquants, ne reçoivent plus ce dont ils ont besoin pour persévérer.
Des valeurs légitimes rejettées.
Venons-en aux valeurs que Monseigneur Lefebvre voulait promouvoir, au-delà du maintien de la foi catholique.
On lui a reproché d’être royaliste. Et alors ? Le Concile Vatican II n’a-t-il pas proclamé « l’autonomie des réalités temporelles » ? N’a-t-il pas affirmé que les choix pour l’organisation de la société relèvent de la compétence propre des laïcs ? Pourquoi donc les clercs devraient absolument s’abstenir d’examiner sous un angle chrétien des options légitimes qu'ils ont en commun avec certains de leurs fidèles ? Bien sûr, le danger serait de ne plus distinguer ce qui relève de choix contingent de ce qui est doctrine définie. Mais là, Monseigneur Lefebvre fut bien en deçà des confusions entretenues dans les milieux ecclésiastiques gauchisants. Et c’est une chance pour toute l’Eglise d’avoir en son sein des gens sans illusion sur la République avorteuse, soumise aux conséquences ultimes de la révolution de 1989 : les révolutions morale et culturelle.
Dans les valeurs importantes aux yeux de Monseigneur Lefebvre et de ses disciples, il y a le port de la soutane. On le leur a reproché. Le prêtre qui se distingue par un habit qui permet de le reconnaître pour ce qu’il est serait un intégriste : il impose à tous de se souvenir de sa présence. Alors il faut dire que les Lefebvristes sont en bonne compagnie dans ce qui ferait leur intégrisme : Jean-Paul II est avec eux. Il a en effet insisté pour que les prêtres portent un habit ecclésiastique. Ceux qui désobéissent ne sont pas les Lefebvristes, mais leurs adversaires, sur ce point comme sur de nombreux autres. D’ailleurs on n’a jamais entendu ceux qui critiquent cette visibilité des prêtres s’insurger contre les musulmans qui affichent leur appartenance religieuse par leur vêtement.
Ce qui est grave dans cette querelle particulière, c’est qu’elle dénote une crise beaucoup plus importante : l’inefficience du droit canon. La loi de l’Eglise est continuellement bafouée. L’indiscipline est généralisée, nous l’avons vu à propos des normes liturgiques en parlant de l’eucharistie, à propos du mariage avec les bénédictions diverses données à des états de vie contraires aux exigences du Christ.
Monseigneur Lefebvre par ailleurs soutenait une vie sacerdotale proche du type canonial. Les prêtres de la fraternité Saint Pie X vivent en communautés et récitent l’office partiellement en commun. Ce mouvement se fait aussi sentir en bien d’autres lieux ecclésiaux, elle est un don de l’Esprit à l’Eglise de notre temps. Mais les partisans d’autres modes de vie – comme le « partage » cher à la mission de France ou à l’action catholique - s’y opposent, comme s’ils ressentaient dans la résurrection de ce mode de vie traditionnel une marginalisation sinon une condamnation du leur.
Abordons l’usage du latin dans la liturgie. Monseigneur se trompait sur la méthode, pas sur la nature du combat à mener. Beaucoup d’évêques, une majorité probablement, en était arrivée à considérer que l’Eglise s’était fourvoyée en utilisant pour la liturgie une langue différente de celle des autres usages quotidiens. Cela aussi dénote une ecclésiologie déficiente, car traditionnellement on affirmait que l’Eglise est « la société de la louange divine » ; c’est bien vu, même si cela n’épuise pas le mystère de l’Eglise. Alors, si l’Eglise s’est trompée en matière si fondamentale dans sa mission, c’est qu’elle n’est pas vraiment divine, et ce fait dénote une crise extrêmement grave. La bonne méthode est de s’en tenir à ce que dit le Concile sur lequel prétendent s’appuyer les adversaires du latin liturgique. Mais Monseigneur Lefebvre, opposé au Concile, ne pouvait utiliser cet argument, et son combat prenait ainsi un tour marginal. Pourtant c’est lui qui avait raison : il est indispensable que dans l’Eglise de rite romain le latin soit tenu en honneur. Que tous ne l’utilisent pas également, c’est une chose. Qu’on en prêche l’abandon est une absurdité, trop courante encore à présent.
Enfin, il faut étudier la question de l’ancien missel. Force est aujourd’hui de constater que le rôle de Monseigneur Lefebvre a été prophétique. Sans son action, cette forme liturgique aurait disparu. Or, et Benoît XVI l’affirme, elle a encore bien des choses à nous dire. La responsabilité personnelle de Paul VI est effrayante. Il n’a pas fait respecter par les artisans de la réforme liturgique la recommandation fondamentale des Pères de Vatican II que les formes liturgiques nouvelles apparaissent comme en continuité avec les anciennes. Et Jean Guitton lui a prêté cette idée que si l’Eglise permettait le retour à l’ancien missel, elle perdrait toute crédibilité !
Des personnes exclues.
On ne peut passer sous silence la façon indigne dont Monseigneur Lefebvre et ceux qui partageaient ses valeurs ont été traités, même s’ils avaient quitté la fraternité Saint Pie X. Monseigneur Lefebvre avait été archevêque de Dakar, avec une responsabilité de type diplomatique pour toute l’Afrique Occidentale Française. Mal impressionné par ce que le futur président du Sénégal se soit dit chrétien et marxiste, et que l’Union Soviétique soit à l’origine de la façon lamentable dont la décolonisation s’est faite, il prit des positions qui ont conduit à le nommer en France. Or cela prit la tournure d’un désaveu cinglant : on ne lui confia pas un archidiocèse pourtant vacant à l’époque, mais un des diocèses les plus déshérités à l’époque, celui de Tulle. En peu de temps il y fit grand bien. Mais les Spiritains voulurent venger l’affront qui, ayant été fait à l’un des leurs, atteignait du même coup tous les missionnaires en niant leurs compétences : ils élirent Mgr Lefebvre comme supérieur général, et c’est en cette qualité qu’il participa à la fin des travaux du Concile Vatican II.
On n’a sans doute pas assez considéré combien le début du Concile a dû être éprouvant pour lui. Il avait pris une part très active à l’élaboration des schémas qui devaient y être discutés. Or d’emblée, un Cardinal belge les fit écarter pour que l’assemblée détermine elle-même ce dont elle devait parler. Ce n’était pas poli : il aurait pu tout aussi bien faire cette proposition avant que les schémas soient élaborés. C’était contraire à la nature de l’institution conciliaire : Jean XXIII laissa faire, mais normalement dans l’Eglise, c’est celui qui convoque un conseil qui détermine ce sur quoi il a besoin d’avis, restant sauve la possibilité de lui suggérer d’autres questions. Enfin c’était dangereux : certains textes allaient souffrir d’un déficit dans l’élaboration, ce qui allait conduire à des situations épineuses. Ainsi de Gaudium et Spes, qui se voulait un dialogue de l’Eglise avec le monde d’alors : ce texte montre surtout, dans un style grandiloquent, les illusions qu’entretenaient certains intellectuels catholiques sur la bonté d’un monde délivré de l’obscurantisme moyenâgeux ! Mais c’est avant tout Dignitatis Humanae qui allait provoquer l’incompréhension du grand prélat. Il eût fallu que ce texte prenne appui sur les déclarations précédentes au sujet de la liberté religieuse pour bien articuler sa pensée sur elles. Il y eut peut-être une erreur de perspective, en mettant dans l’incipit les mots de ‘dignité humaine’ : celle-ci n’est pas un absolu, elle se fonde sur la capacité qu’a l’homme à l’égard de Dieu, elle se comprend donc en fonction de l’orientation effective du sujet à Dieu. On peut souhaiter qu’une encyclique vienne mettre les points sur les ‘i’ dans ce domaine.
Monseigneur fut encore mal traité en 1974. La dissolution de sa fraternité eut toutes les apparences d’un déni de droit. Elle se fondait sur les déclarations du prélat devant une commission cardinalice, dont on ne lui avait jamais dit qu’elle avait une portée juridique. La décision romaine fut prise en même temps que la décision du diocèse de Fribourg en Suisse, où la fraternité avait été canoniquement érigée, ce qui empêchait tout recours pendant lequel on aurait pu s’entendre.
Mais ceux qui avaient des valeurs légitimes en commun avec Monseigneur Lefebvre ne furent pas mieux traités par les sectaires qui faisaient la pluie et le beau temps dans nos évêchés. Un séminariste, qui avait quitté Monseigneur Lefebvre dés 1970 pour rentrer dans son diocèse, parce que, pensait-il, si les textes du concile ou ceux du missel comportaient des erreurs, l’Eglise ne serait plus l’Eglise de Dieu, reçut en 1976 une lettre du responsable des séminaristes lui disant qu’on n’avait rien à lui reprocher, mais qu’on ne voulait pas de lui dans le presbyterium. L’idée était qu’il était un « homme du passé » ; venant de soixante-huitards, cela fait sourire : depuis 1969, l’expression « soixante-huitard attardé » est un pléonasme.
Les séminaristes ayant quitté Ecône après les condamnations des années 1970 eurent un accueil semblable. Il était évident que pour conserver les valeurs légitimes auxquelles ils étaient attachés, ils devaient rester groupés au sein d’une institution stable. On les dispersa.
Jean-Paul II face à la crise.
On comprend ainsi, à la lumière de ce qui précède, comment Monseigneur en vint à douter des promesses qu’on lui faisait à Rome en 1988. Certes, au niveau surnaturel, il aurait dû espérer en l’Eglise. Mais les raisons naturelles de douter de la bonne foi de ses interlocuteurs étaient bien évidentes. Il y avait l’état de l’Eglise en elle-même, il y avait le sectarisme à l’égard d’un certain nombre de valeurs dont le rayonnement était pourtant indispensable à l’équilibre de l’Eglise, il y avait enfin la malhonnêteté dont on usa envers ceux qui tenaient à ces valeurs.
La responsabilité personnelle de Jean-Paul II fut malheureusement grande. Il ne s’agit pas de nier ses immenses qualités. Mais enfin son gouvernement eut des lacunes. Ainsi quand il nommait évêques des clercs qui ne portaient pas l’habit ecclésiastique, il accréditait l’idée que le droit canon est facultatif. Et, ce qui est plus grave, il mettait en place des gens qui allaient persécuter ceux qui obéissaient au droit canon : car si l’on n'obéit pas à la loi, c’est qu’on est opposé à ses motivations. Dans la plupart des diocèses de France, les collaborateurs des évêques étaient recrutés uniquement parmi ceux qui ne portaient pas le col romain, ce qui laissait penser que les prêtres obéissants étaient des marginaux. Et ce n’est là que la partie visible de ce qu’ils eurent à subir. Ceux qui ont trempé dans la nomination de ces évêques répondront devant Dieu des souffrances parfois indicibles des prêtres persécutés, et surtout de la déréliction des fidèles auprès de qui on les a empêchés d’exercer leur apostolat.
Quand Jean-Paul II se contentait d’admonitions romaines sans en exiger l’application sur le terrain, il obéissait à la logique qui était la sienne : il pensait que la persuasion seule devait être utilisée. Lorsque les évêques français se rendirent à la rencontre avec Jean-Paul II lors de sa première visite en France, ils n’étaient pas sans inquiétude. Ils en ressortirent disant que le Pape leur avait « donné une leçon de collégialité ». Mais des mesures coercitives auraient dû appuyer le raisonnement : il est déraisonnable de laisser les fidèles sous la responsabilité de pasteurs qui contrent l’action du Pape. Et déjà Paul VI eût dû tirer les conséquences de l’accueil réservé à Humanae Vitae par les évêques français : il devait cesser de nommer évêques des clercs recommandés par les contestataires.
Jean-Paul II n’a pas pris à temps la mesure de la crise. Il semble toutefois qu’au tournant du millénaire il ait compris certaines choses, comme en témoigne son action autour de l’eucharistie dans ses dernières années. De plus, rien dans sa formation ne lui permettait de saisir la dimension proprement française des questions soulevées. Mais surtout il a trop suivi l’avis des évêques français : beaucoup ne voulaient pas d’une réconciliation. C’est probablement sous cette influence qu’il a omis de publier la conclusion d’une commission cardinalice qu’il avait réunie au milieu des années 1980, disant ce que Benoît XVI a révélé dans le motu proprio Summorum Pontificum : l’ancien missel n’a jamais été abrogé.
Un autre aspect de cette influence néfaste des adversaires de la réconciliation fut le choix des émissaires chargés de discuter avec Ecône. Jamais on n’a désigné de personnage qui aurait pu lui inspirer confiance. Ainsi le Cardinal Thiandoum, successeur de Monseigneur Lefebvre à l’archevêché de Dakar, qui savait ce que la chrétienté de son pays lui devait, a fait plusieurs fois le voyage à Ecône pour tenter de persuader Monseigneur Lefebvre de revenir à la pleine communion avec le Saint Père. Il obtenait toujours la réponse suivante : « Mais quel mandat avez-vous pour me dire cela ? Qu’est-ce qui me prouve que ce dont vous m’assurez sera effectivement tenu ? »
Une décision réparatrice.
La levée des excommunications est donc une œuvre de justice et de réparation. Si l’on devait excommunier tous ceux qui doutent de l’Eglise, cela ferait du vide dans bien des milieux. On débarrasserait l’Eglise de ceux qui pensent que sur des questions essentielles elle s’est trompée dans le passé, comme ceux qui pensent qu’elle se trompe aujourd’hui là dessus. D’ailleurs Jean-Paul II voulait qu’en 2000 on demande pardon pour toutes les fautes commises au nom de l’Eglise, au cours de son histoire. Mais il ne put remplir totalement son programme, qui incluait les fautes récentes. Avec benoît XVI, cette omission commence à être réparée.
Allons ! « L’heure est venue d’aimer l’Eglise d’un cœur nouveau », disait déjà Paul VI, qui avait aussi parlé des fumées de Satan qui s’y était introduites par quelque fissure. L’heure est à la réconciliation. Que tous se souviennent que si Dieu nous a pardonné, nous devons faire de même. Benoît XVI nous y invite, quand il remarque que dans le passé, lors des grandes cassures de l’Eglise, on n’a pas toujours fait tout ce qui était possible pour les éviter. Ce péché ne lui sera pas imputé. Au contraire, en acceptant la levée de leur excommunication, les quatre évêques reconnaissent l’autorité du Saint Père, et lorsqu’il leur fera remarquer qu’il n’y a pas de mal dans la messe qu’il célèbre et le concile qu’il applique selon la tradition, ils seront bien obligés de se rendre !
Ainsi la décision prise par le Saint Père prépare l’avenir. De la réconciliation des personnes dépend la fécondation mutuelle des différentes écoles de spiritualité. Soyons à l’écoute de ce que l’Esprit dit aux Eglises !
Abbé Bernard Pellabeuf, ancien du séminaire Saint Pie X à Fribourg en Suisse de 1969 à 1970.
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19.01.2009
Souvenirs
Sous ce titre, vous pouvez lire :
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Voyages virtuels
Escapade à N’Djaména
Fin 1993 ou début 1994, place de l’Indépendance à Dakar, un quidam m’aborde :
- Et si je te disais que j’ai t’ai déjà vu, et que ce n’était pas à Dakar ?
Je prends l’air inspiré :
- Est-ce que ce ne serait pas par hasard à N’Djaména ?
- Ouuiiiii ! C’est ça ! C’était à N’Djaména !
- Eh bien ! Tu n’as pas de chance, je n’ai jamais mis les pieds à N’Djaména.
C’était perdu pour lui : il n’avait pas pu se faire payer à boire.
Mon pèlerinage à La Mecque
En août 1998, je rentrais en permission en France pour trois semaines. Dans le hall de l’aérogare de Djibouti où l’on transpirait abondamment, deux individus déambulaient en long et en large, menant un beau tapage en parlant très fort.
Même sans cela, on les aurait remarqués : du plus beau noir qui se puisse voir et tout de blanc vêtus, ils ne passaient pas inaperçus. Il faut préciser que leur costume se composait en tout et pour tout d’un pagne et d’une sorte de drap de bain noué autour des épaules : dans l’avion, ils allaient avoir froid.
Je n’y pensais plus quand en arrivant à ma place je vis que l’un des deux était à celle d’à côté, que son collègue était un rang devant et qu’autour d’eux ils avaient plusieurs épouses.
On apporte le plateau-repas. Mon voisin se tient très mal. Il saisit son morceau de poulet par l’os et en le brandissant dit tout fort dans sa langue quelque chose qui n’avait pas l’air bien élogieux. Puis il se saisit du petit pain et le passe à celle de ses épouses qui était juste derrière lui. Et ainsi de suite, ses commentaires allant bon train.
On retire les plateaux, et l’hôtesse arrive avec du thé et du café. Je fais mon choix, puis l’hôtesse s’adresse à mon voisin :
- Café ? Thé ?
- Hon ?
- Vous prendrez du café ou bien du thé ?
- Hon ?
Je me tourne vers lui :
- Kawa ? Tchaë ?
Il devient livide, me regarde avec l’air de quelqu’un qui se dit « Et en plus cet imbécile a compris tout ce que je racontais ! » et murmure dans un souffle :
- Tchaë !
- Du thé, Madame.
Il but son thé : le doute n’était plus permis pour lui, j’avais bien compris ce qu’il avait dit.
Il se tut jusqu’à son débarquement à l’aéroport de La Mecque.
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28.12.2008
Les Saints
Saints militaires
Saints africains
Dossier Saint Bernard (prochainement)
Saints de l’Evangile (en projet)
21:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les sacrements
I. LES CATECHESES
11) Le baptême
12) La confirmation
13) L’eucharistie
14) La réconciliation : voir ci-dessous notre étude sur le pardon
15) Le mariage
16) L’ordre (prochainement)
17) Le sacrement des malades (en projet)
II. ETUDES
- Sur le pardon.
- Sur le sens de la prière eucharistique
(Cet article a été traduit en allemand : allez à la page 221.)
- Sur le baptême et l’eucharistie : les actions symboliques du Christ
20:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Catéchèse sur la confirmation
PETIT EXPOSE SUR LA CONFIRMATION.
Les théologiens sont bien embarrassés pour définir la confirmation dans la logique occidentale. On sait qu’elle est un complément du baptême, mais on ne voit pas ce qu’elle y ajoute. On a même entendu des prêtres dire que s’ils étaient honnêtes, ils ne devraient pas donner la confirmation, car ils ne savent pas ce que c’est.
On a toujours mis la confirmation en rapport avec la Pentecôte et le don de l’Esprit Saint. Et on voit tout de suite l’objection : on est baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, donc on reçoit l’Esprit Saint dés le baptême. Que peut donc apporter de plus la confirmation?
Pourtant dans les Actes des Apôtres, on voit que ceux-ci, apprenant que des Samaritains avaient reçu le baptême des mains du diacre Philippe, envoyèrent Pierre et Jean. Ils prièrent pour les Samaritains, afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint; ils leur imposèrent les mains, et les Samaritains recevaient l’Esprit Saint (Actes 8). Et par la suite, l’Eglise a toujours retenu cette prière et cette imposition des mains comme un complément indispensable et distinct du baptême.
Proposons tout de suite une triple réponse: la confirmation, c’est la Pentecôte de chaque chrétien; la confirmation, c’est le sacrement de la croissance spirituelle; la confirmation, c’est le sacrement de l’appartenance totale à l’Eglise.
LA PENTECÔTE DU CHRETIEN.
Le baptême et la confirmation des Apôtres.
Pour commencer, on peut demander aux enfants quand les Apôtres ont été baptisés. On les entend parfois répondre: ils ont été baptisés par Jean-Baptiste. C’est pourquoi il faut avoir bien distingué auparavant le baptême de Jean de celui que Jésus confie à son Eglise: les effets n’en sont pas du tout les mêmes.
Les enfants ont bien des raisons de ne pas savoir répondre. Car apparemment les Apôtres n’ont jamais été baptisés explicitement " au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ". En fait, puisque le baptême nous fait passer par la mort et la résurrection de Jésus, les Apôtres ont reçu leur baptême en participant à la Pâque de Jésus. En voyant leurs espérances humaines détruites par la mort du Seigneur, ils mourraient avec lui. En admettant peu à peu ce qu’est la résurrection, ils devenaient dignes de voir le Ressuscité et en le voyant, ils ressuscitaient à une espérance nouvelle.
De même on peut demander aux enfants quand les Apôtres ont été confirmés. Cette fois ils vont sans doute répondre: les Apôtres n’ont pas été confirmés autrement qu’en participant à la Pentecôte. Jésus avait prié son Père pour que l’Esprit Saint leur soit envoyé; une fois passé de ce monde à son Père, il envoya avec lui l’Esprit Saint sur ses Apôtres. Il faut d’ailleurs remarquer que cela peut s’appliquer aussi aux autres disciples qui avaient suivi Jésus jusqu’à Jérusalem.
Pour savoir ce que la confirmation produit dans l’âme du chrétien, il suffit de voir ce que la Pentecôte a apporté aux Apôtres et aux disciples. En quelque sorte, de même qu’au baptême on se comporte comme le Christ s’est comporté en son sacrifice, ainsi à la confirmation on se laisse transformer comme les disciples à la Pentecôte.
L’assurance dans la foi.
Avant la Pentecôte, les Apôtres avaient déjà reçu le Saint Esprit. C’était au soir de Pâques; Jésus souffle sur eux et leur dit: " Recevez l’Esprit Saint. " Pourtant ils avaient encore peur des Juifs après cela. Pendant cinquante jours ils vont parler de Jésus ressuscité seulement à ceux qui avaient été du groupe des disciples auparavant.
Puis tout à coup ils reçoivent l’Esprit Saint de façon publique. Et aussitôt ils sortent de la maison où ils étaient enfermés, et s’adressent à toute la foule accourue au bruit. Ils n’ont plus peur. Leur foi était profonde, réelle, mais comme sans force extérieure. Dieu aurait pu donner cette assurance dés le début; mais il voulait manifester que la force du témoignage vent de lui. Cette force ne vient pas d’une construction humaine, même fondée sur le don du baptême. Elle vient de ce qu’on sait que Dieu, qui nous donne la foi mystérieusement, peut la communiquer aussi aux autres. Les Apôtres ne cessent pas de penser que les Juifs peuvent leur faire du mal; simplement cette pensée ne les arrête plus.
Or cette force dans la foi ne s’exerce pas seulement face aux difficultés rencontrées dans la société où l’on vit et où l’on annonce le Christ. Elle s’exerce dans toutes les épreuves de la vie normale: maladie, incompréhensions, travail, etc. Elle nous est donnée pour que ces épreuves ne fassent pas sombrer notre foi, mais l’approfondissent en nous unissant davantage au Christ dans sa passion et sa résurrection.
LA CROISSANCE SPIRITUELLE.
Une dynamique dans la durée.
La Pentecôte a rendu la foi des Apôtres forte et mûre. On peut donc dire que la confirmation est le sacrement qui fait mûrir notre foi. Cette maturation ne doit pas être comprise comme un fait passager. Elle dure toute notre vie. La croissance spirituelle n’est pas faite sur le modèle de la croissance physique. Celle-ci s’arrête à la fin de l’adolescence. Celle-là ne cessera jamais: la Bible nous présente l’union à Dieu comme des fiançailles éternelles. La confirmation nous engage dans un processus de renouvellement perpétuel de l’amour.
N’allons pas croire que ce soit une remise en cause permanente des acquits précédents. Cela n’a rien à voir avec la révolution permanente. Celle-ci veut faire " du passé table rase "; il s’agit là de détruire le passé, parce que le poids de l’histoire serait une entrave au progrès. La croissance spirituelle au contraire détruit bien progressivement ce qui en nous s’oppose à l’union à Dieu; mais elle construit toujours sur ce qui nous a déjà été donné. En particulier, notre personnalité a été voulue par Dieu, notre âme a été créée volontairement. La grâce qui grandit en nous vient révéler ce que nous sommes en profondeur.
L’âge de la confirmation.
L’usage traditionnel était de confirmer aussitôt après le baptême. C’est ce qui se passe encore aujourd’hui pour les adultes. Et en Orient, on continue à confirmer les petits enfants dans la même cérémonie que celle de leur baptême.
Aujourd’hui, l’Eglise en Occident admet depuis peu deux pratiques différentes pour les enfants baptisés dés après leur naissance. Elle prévoit qu’au choix des évêques, la confirmation pourra leur être donnée soit à l’âge de raison, comme c’était l’habitude, soit à un autre moment. Pratiquement, beaucoup d’enfants d’Europe reçoivent la confirmation à l’adolescence.
Cette pratique récente, pour licite qu’elle soit, ne va pas sans problèmes. Il n’est pas sûr que la période la plus troublée de l’existence soit la meilleure pour recevoir consciemment la grâce de la confirmation. Au contraire, beaucoup de parents souhaiteraient que leurs enfants reçoivent la force du Saint Esprit avant d’affronter les déséquilibres de l’adolescence. Pour les pasteurs s’ajoute une autre question, lancinante: a-t-on le droit de baptiser des enfants, avec les engagements que cela implique, alors qu’on sait qu’ils n’auront pas toutes les grâces nécessaires pour tenir ces engagements?
Car la confirmation retardée risque bien d’être réservée à une élite: celle dont le milieu familial est suffisamment fort pour résister aux pressions de la société qui a tendance à éloigner les adolescents de la pratique religieuse. Et lorsque l’institution familiale est faible et que l’école est aux mains des impies, cela mène à la catastrophe. On devrait réserver la confirmation tardive aux sociétés saines où la proportion d’enfants baptisés qui reçoivent la confirmation sera satisfaisante. Au moins devrait-on proposer aux parents, premiers responsables de l’éducation, de faire confirmer leurs enfants plus tôt, du moment que ceux-ci sont capables d’expliquer à leur niveau les rudiments de la foi.
Mais là où cette réforme a été introduite par les mêmes cercles qui prétendaient refuser le baptême aux petits enfants, elle est nécessairement suspecte. De plus, elle apparaît comme le reflet de l’activisme occidental, où l’homme veut se construire par lui-même, sans référence à Dieu. Dans l’Eglise même des tendances se sont fait jour qui donnent la priorité à la planification pastorale sur l’action de Dieu.
Profession de foi et sacrement.
L’Eglise dispose que les confirmands doivent être capables de rendre compte de leur foi. C’est pourquoi on fait souvent précéder la confirmation d’une profession de foi dans la même cérémonie. Du coup on a tendance à considérer que dans la confirmation, le baptisé confirme lui-même son baptême. On ne comprend plus alors pourquoi les Orientaux confirment les petits enfants juste après leur baptême.
C’est qu’un sacrement est toujours un don de Dieu. Professer la foi catholique est une condition pour recevoir avec fruit la confirmation, ce n’est pas la confirmation. Le mot " confirmer " signifie renforcer: on y retrouve l’adjectif " ferme ". C’est Dieu lui-même qui vient renforcer la grâce qu’il a donnée au baptême.
Ajoutons que là où une cérémonie spéciale existe pour la profession de foi, il est désastreux d’en faire rédiger le texte par les enfants. La foi est donnée par Dieu, le contenu en est transmis par l’Eglise; ce n’est pas le fruit de la réflexion des individus ou des communautés particulières. Il faut donc partir du texte du je crois en Dieu, et s’attacher à l’expliquer aux enfants. Au besoin on peut leur faire proposer leurs propres explications, mais toujours en les confrontant à la foi de l’Eglise.
Le caractère.
En schématisant, on peut dire que la confirmation tient en ceci. L’évêque impose les mains sur les confirmands. C’est le geste traditionnel de bénédiction chez les Juifs, qui a été utilisé par Jésus pour bénir ses disciples. C’est comme si l’on disait: ma force s’exerce à travers le travail de mes mains, les mains d’un serviteur de Dieu peuvent donc servir à transmettre la force de Dieu.
En même temps qu’il impose les mains, l’évêque prononce une prière qui peut se résumer ainsi: " Dieu et Père de Jésus, que ton Esprit repose sur tes enfants comme il a reposé sur Jésus... " Puis il donne à chacun une onction du saint-chrême, une huile qu’il a bénie pendant la Semaine Sainte; au même moment il dit: " Sois marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu. "
C’est cette marque de l’Esprit Saint qui constitue le " caractère " de la confirmation. Comme le caractère du baptême, il est indélébile. Cette marque nous prédispose à la vie éternelle en Dieu. Elle est indispensable à une vie chrétienne normale.
LE RATTACHEMENT A L’EGLISE.
Une des grandes différences entre le baptême et la confirmation, est que dans le premier le chrétien passe où le Christ est passé, en son sacrifice; tandis que dans la seconde, le chrétien passe où l’Eglise est passée, en sa Pentecôte. C’est pourquoi la confirmation a pour effet propre de rattacher davantage le fidèle à l’Eglise où son baptême l’a fait entrer.
La Pentecôte, naissance de l’Eglise.
Car avant la Pentecôte, chaque disciple de Jésus avait avant tout conscience de suivre le Christ, mais pas tellement de faire partie de la communauté de ceux qui avec lui, suivait Jésus. C’est comme si Jésus avait voulu monter au ciel avant la Pentecôte, afin que ses disciples se rendent mieux compte de cet effet de la présence du Saint Esprit parmi eux: il fait d’eux une communauté en les unissant à Dieu le Père, tout en approfondissant leur lien avec le Fils.
La Pentecôte est donc considérée à juste titre comme le moment de la naissance visible de l’Eglise, même s’il faut dire qu’elle est déjà en gestation à partir de la conception immaculée de la Vierge Marie.
Celle-ci d’ailleurs joue un rôle de premier plan à la Pentecôte. Etant jeune, elle avait prié comme tous les Juifs pour que le Sauveur promis soit envoyé en Israël, et cette prière avait été décisive pour la venue du Fils de Dieu. De même, elle a prié avec les Apôtres pour que le Consolateur promis leur soit envoyé, et cette prière a été décisive pour la venue de l’Esprit Saint. Si bien que Marie, à bon droit considérée comme la Mère du Christ, tête de l’Eglise, a été proclamée par le Pape Paul VI à non moins juste titre comme la Mère de l’Eglise, qui est le corps du Christ.
Marie a donc un rôle particulier dans l’insertion de chacun de nous dans l’Eglise. Aussi, comme il est bon de consacrer à Marie les nouveaux baptisés, il faudrait confier explicitement les nouveaux confirmés à la Mère de l’Eglise.
L’enseignement de Pierre.
Sans la confirmation, nous serions des individualistes de la foi. Ceux qui comme les protestants pensent que chaque chrétien doit interpréter la Bible selon ce que l’Esprit Saint lui dirait sans tenir compte de l’Eglise, sont aussi ceux qui pensent que la confirmation n’est pas un sacrement.
Or nous voyons au contraire que dés la Pentecôte c’est Pierre qui prend la parole au milieu des Apôtres. Jusque là ils se disputaient pour savoir qui était le plus grand. Après, ils n’ont plus ce souci. Ils peuvent discuter sur leurs points de vue divergents, mais s’en remettent en définitive à l’avis de l’Eglise exprimé par Saint Pierre. On le voit dans l’attitude de Saint Jacques au Concile de Jérusalem. Et si Saint Paul s’oppose un jour à Saint Pierre, c’est au nom de la sentence de Saint Pierre dans ce concile.
Saint Pierre donc prêche au jour de la Pentecôte. C’est la première fois que l’Eglise parle de sa propre autorité au nom du Christ. Jusque là, les Apôtres partis deux par deux ne faisaient que répéter les paroles de Jésus aux Juifs. A partir de la Pentecôte ils doivent l’adapter à un public cosmopolite.
Ceux que les circonstances ont amené à donner un enseignement neuf savent par expérience ce qui se passe ensuite: on a tendance à reprendre toujours les mêmes schémas d’explication. On peut penser que c’est ce qui est arrivé à Saint Pierre. Et les autres Apôtres, ensuite, ont marché dans ses traces. On n’a pas forcément besoin d’une autre explication pour la ressemblance des trois premiers évangiles, dits synoptiques: on ne se prêche pas soi-même, on proclame l’enseignement de l’Eglise, l’enseignement de Pierre. Un confirmé se sent lié par l’enseignement du Pape, le successeur de Pierre.
Le ministre du sacrement.
Pour souligner ce rattachement du croyant à l’Eglise par le sacrement de confirmation, revenons à ce qui est arrivé dans la primitive Eglise. En Samarie, des gens baptisés par les diacres ont été confirmés par les Apôtres.
Depuis lors, c’est l’évêque lui-même qui donne la confirmation. Si un prêtre la donne, c’est avec une délégation expresse de l’évêque. C’est pourquoi les protestants, même s’ils voulaient avoir la confirmation, ne le pourraient pas, puisqu’ils n’ont pas d’évêque.
Ainsi, par le ministre du sacrement de la confirmation, le confirmé sait qu’il n’est pas seulement le membre d’une communauté locale qu’un simple prêtre se constituerait à la dimension de sa seule personnalité; le confirmé fait partie de l’Eglise diocésaine et par là de l’Eglise universelle.
Confirmer les ermites.
On a parfois voulu ces dernières années réserver la confirmation aux fidèles qui ont un " engagement ". Mais c’est faire consister la vie chrétienne dans la seule activité apostolique. Or la vie chrétienne est d’abord une vie d’union à Dieu. Tous ne sont pas appelés à une vie active. L’église exige par exemple qu’on soit confirmé avant de prononcer ses voeux dans une communauté religieuse contemplative. Et l’on confirme les ermites!
Il serait dommage de limiter la confirmation au rôle de sacrement de l’action catholique. En revanche, il paraîtrait utile de proposer un rituel liturgique pour l’entrée dans les mouvements d’apostolat. Ils y gagneraient en cohésion communautaire. De plus un tel rite favoriserait chez eux un retour à une vie de prière plus intense, afin qu’on n’ait plus à entendre la remarque de Paul VI, en sa dernière adresse à des évêques français, sur " la curieuse évolution de certains mouvements d’action catholique ".
Il faut faire preuve d’imagination dans ce domaine, comme l’Eglise l’a fait autrefois. Pour ceux qui se dévouaient à la défense de la chrétienté, elle avait mis au point le sacramental de l’adoubement. En dépendance de la confirmation, il peut toujours être reçu avec profit par ceux qui ont vocation d’étendre à toute la société les bienfaits de l’évangile.
A bord du B.C.R. Somme,
entre Mascate et Koweit.
Septembre 1998.
19:42 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.12.2008
Une brochure sur l’Utilité du latin.
Une petite brochure vient de paraître, qui énumère les raisons qu’on peut avoir d’étudier le latin. Elle résulte d’une leçon inaugurale donnée par un prêtre français, professeur de latin dans un petit séminaire de l’Afrique profonde. Les arguments, bien que destinés à toucher un auditoire particulier, n’en ont pas moins une valeur universelle.
L’auteur distingue des raisons historiques, en rapport avec le génie du peuple romain et son influence mondiale, des raisons linguistiques, avec un propos de rénovation de la culture occidentale, et des raisons spirituelles, bien ancrées dans la tradition de l’Eglise.
Cette brochure comprend des textes déjà publiés sur ce blog :
le texte sur l’uitilité du latin
avec ses deux commentaires,
et la note sur la traduction du Notre Père
ainsi que " Paterculi pericula "
UNE EXCELLENTE IDÉE DE CADEAU POUR VOTRE CURÉ
S’IL EST RÉTICENT A L’USAGE DU LATIN !
Attention ! Les commandes seront honorées à partir de la fin juin 2009 !
En attendant, quelques exemplaires sont en dépôt à la librairie Téqui,
8 rue de Mézière, 75006 PARIS.
L’utilité du latin, par le Père Bernard Pellabeuf.
Une brochure de 40 pages, disponible à partir de juin 2009.
Par correspondance : écrire au Père Bernard Pellabeuf, La Malézière, F-28240 MONTIREAU.
Joindre quatre timbres à validité permanente pour lettre de 20 g, pour un seul exemplaire.
Par quantités : 15 E les dix exemplaires, 26 E les vingt, 33 E les trente, 50 E les cinquante.
Attention ! Les commandes seront honorées à partir de la fin juin 2009 !
En attendant, quelques exemplaires sont en dépôt à la librairie Téqui,
8 rue de Mézière, 75006 PARIS.
L’auteur, après des études supérieures au Prytanée de La Flèche et à l’université de Fribourg en Suisse, a été ordonné prêtre à Besançon en 1978 puis incardiné au diocèse de Belfort à sa création.
Il a passé six ans comme professeur de latin et français au petit séminaire Mugeri de l’archidiocèse de Bukavu, dans l’Est du Congo, et a servi quinze ans comme aumônier militaire, essentiellement dans la marine, ce qui l’a amené à fréquenter souvent l’Afrique à nouveau.
Il exerce aujourd’hui son ministère dans le diocèse de Natitingou dans le Nord du Bénin. Il tire de sa riche expérience des arguments concrets à l’intention de ses élèves, et de son amour de l’Eglise une grande fidélité au Magistère.
APPRÉCIATION.
Cher Monsieur l’Abbé,
Un mot pour vous remercier de l’envoi … de votre belle apologie pour le latin : vous avez fait œuvre pie et utile, je souhaite une large diffusion à votre étude.
fr. L.-M. de Blignières, Prieur, Fraternité Saint-Vincent-Ferrier
22:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.11.2008
L’Utilité du latin aujourd’hui.
Avertissement
Le texte qu’on va lire est rédigé et développé d’après les notes ayant servi à une leçon inaugurale donnée aux élèves de la classe de troisième du petit séminaire Saint Pierre de Natitingou dans le Nord du Bénin, au début du mois d’octobre 2008. Il n’engage que son auteur.
Monseigneur Pascal N’Koué, évêque de Natitingou, a écrit qu’il avait lu ce texte « avec un réel plaisir » et a autorisé à faire état de cette approbation. Toutefois, les notes ont été ajoutées après sa lecture.
Si vous voulez soutenir le séminaire Saint Pierre, voyez en fin du texte.
Vous vous demandez peut-être pourquoi vous devez étudier le latin.
N’est-ce pas une langue ancienne, qu’on appelle « morte » et qui n’est plus utilisée aujourd’hui ?
N’est-ce pas une survivance d’époques révolues ?
Bref, ne serait-ce pas du temps perdu ?
Pourtant, dans sa loi qu’on appelle le code de droit canon et dont la dernière édition est parue en 1983, l’Eglise demande que les futurs prêtres étudient le latin au point qu’ils puissent bien le maîtriser. (1)
Il y a donc des motifs religieux à l’étude du latin.
Mais on peut facilement se persuader qu’en gardant vivante la connaissance du latin, l’Eglise rend un service au monde, au-delà de son domaine spirituel propre.
Car l’abandon du latin dans les études secondaires a correspondu à un phénomène appelé ‘révolution culturelle’, d’inspiration marxiste, dont le principe de base est : « du passé faisons table rase ». L’idée en était que l’humanité est malheureuse à cause de mauvaises structures, d’abord économiques, mais aussi culturelles, et qu’en abolissant ces structures, on conduirait l’humanité au bonheur.
Mais il n’est pas bon pour l’homme d’être coupé de ses racines culturelles. Et partout où cette théorie de la révolution a été appliquée, la pauvreté matérielle et morale s’est développée, avec son cortège de maux psychologiques et spirituels.
Et l’on peut classer en trois chapitres les raisons qu’on a de cultiver la langue latine : des raisons historiques, des raisons littéraires, et des raisons spirituelles.
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Voyons donc tout d’abord les raisons historiques.
Un peuple génial
Le latin a été la langue d’un peuple génial, qui a profondément marqué l’histoire de l’humanité. Ne croyons donc pas que les Africains devraient être tellement mis à part de l’humanité qu’ils seraient étrangers à ce phénomène.
J’ai connu une dame dont l’histoire est intéressante à ce sujet. C’était une Française qui, devenue veuve, s’était mariée à un Italien. Or elle ne connaissait pas l’italien, et lui ne connaissait pas le français. C’est qu’ils étaient tous deux professeurs de latin, s’étaient rencontrés dans un colloque où tout le monde parlait latin, et n’avaient jamais parlé entre eux qu’en latin. A la mort de son second mari, elle s’est consacrée à sa petite revue nommée « Memento Audere Semper » (Souviens-toi d’oser toujours), qu’elle expédiait dans plusieurs dizaines de pays, jusqu’au Japon : même les Japonais s’intéressent au latin ! Alors pourquoi pas les Africains ? Ses correspondants lui envoyaient des articles en latin, et c’est pour elle que j’ai rédigé le petit texte « Paterculi pericula » - les aventures du Petit Père. (2)
Je voudrais vous persuader que l’histoire des Romains est aussi votre histoire. Pour cela je vais vous raconter deux anecdotes.
La première se passe en Israël. J’étais sur un bateau qui faisait escale à Eilat, sur la Mer Rouge. Nous avons pu faire une excursion à Jérusalem, et dans le bus au retour j’ai rappelé aux marins les étapes de l’histoire de l’Israël ancien, celui de la Bible. Nous avions avec nous une guide israélienne, une historienne spécialiste de la période asmonéenne, celle qui a duré environ un siècle, avant le contrôle de la Terre Sainte par les Romains. Elle n’en revenait pas que je connaisse si bien l’histoire de son pays. « Comment se fait-il que vous ne parliez pas l’hébreux, alors que vous savez tout ça ? » dit-elle.
C’est que l’histoire d’Israël, c’est notre histoire, à nous les chrétiens. Nous sommes les héritiers du peuple de l’Ancien Testament. En attendant d’être dans la patrie du ciel, nous pouvons considérer la Terre Sainte comme notre patrie sur la terre, au même titre que le pays qui nous a vu naître. Et il se trouve qu’à deux reprises, la Terre Sainte a été marquée par des gens utilisant le latin : dans l’Antiquité et au temps des croisades.
La seconde anecdote se passe à Dakar. A mon arrivée au Sénégal comme aumônier des militaires français qui y sont en garnison, je suis allé, comme on me l’avait recommandé, me présenter à deux autorités ecclésiastiques : le Cardinal Thiandoum et le Nonce apostolique. Celui-ci était un Italien. Dans la conversation, je ne me souviens plus comment, mais j’ai été amené à lui raconter brièvement la bataille du Métaure, qui s’est passée dans le Nord de son pays deux cents ans avant Jésus-Christ. Il était surpris que je puisse lui apprendre des détails de l’histoire de son propre pays.
Mais c’est tout simplement que l’histoire de l’Antiquité romaine, c’est l’histoire des Français. Ceux-ci en effet sont les héritiers des Gaulois qui ont beaucoup reçu grâce à la colonisation romaine. Et en apprenant l’histoire de l’empire romain, les Français deviennent capables de comprendre l’histoire du monde, car encore aujourd’hui il y a des conséquences de décisions qui ont été prises au temps de cet empire.
Par exemple, il y a eu à la fin de l’empire romain un partage entre l’Orient et l’Occident. De ce fait, les pays où les Orthodoxes sont majoritaires aujourd’hui sont issus de l’empire d’Orient, tandis que les pays d’Occident sont restés catholiques. Il peut être utile même à des Africains de savoir se situer dans le monde contemporain, grâce à l’étude de la langue des Romains.
Mais il y a un moment de l’histoire de l’Afrique Noire qui a été directement influencé par l’histoire romaine. Figurez-vous que tous ceux qui ont eu un rôle décisif dans la volonté des Européens de coloniser l’Afrique, au dix-neuvième siècle, avaient bien sûr fait des études secondaires. Or à cette époque on ne pouvait pas faire d’études un peu poussées sans apprendre le latin.
Et précisément un texte important pour les études de latin est la Guerre des Gaules, écrit par Jules César. Les uns avaient traduit le discours de ce général à Besançon, dans l’Est de la France. D’autres avaient travaillé la bataille de la Sambre, par laquelle César avait soumis la Belgique. Les autres encore avaient traduit le récit de la bataille navale qui avait vu la défaite des Vénètes, un peuple de l’Armorique, et ainsi de suite.
Or les historiens s’accordent à dire que la période romaine de la Gaule a été une bonne période. Les Romains ont apporté la généralisation des routes pavées, l’écriture, le droit écrit, la paix qui favorise le développement, entre autres choses. Donc ceux qui ont décidé la colonisation se disaient très vraisemblablement : « Ce que les Romains ont fait de bien chez nous, nous allons le faire en Afrique. » On ne peut pas écrire l’histoire de cette période sans se rappeler cela.
Bien sûr il vous appartient de faire le bilan de la colonisation. Le moment approche où on pourra le faire de façon objective, sans passion. Mais grâce à votre apprentissage du latin, vous pourrez apporter un point de vue original dans cette discussion. Par leurs liens avec l’Europe les Africains sont des héritiers de la civilisation romaine. Encore une fois, ce sera votre rôle d’en faire l’inventaire. Mais vous le ferez aussi justement que possible en connaissant pleinement ce dont il s’agit. (3)
Cependant la période latine de l’humanité ne se limite pas à l’Antiquité. Le latin a été la langue des moines, des prêtres et de tous les savants européens pendant mille ans encore après la fin de l’empire romain. Et un grand nombre de faits historiques s’explique ainsi. Il est donc indispensable à l’homme cultivé du vingt-et-unième siècle de connaître le latin.
Le propre du génie romain
Il peut être utile de rappeler quel a été le génie propre du peuple romain. Vous n’avez pas perdu votre temps en étudiant les mythes fondateurs de Rome. L’histoire de l’enlèvement des Sabines et l’épisode des Horaces et des Curiaces est révélateur de la façon dont les Romains considéraient les rapports entre les nations. Les premiers Romains, donc, n’ayant pas de femmes, ont enlevé des Sabines. Les Sabins voulurent se venger. Mais au moment de la bataille, les Sabines s’interposent : « Vous êtes nos pères et nos frères, mais eux sont nos maris ! » On s’entend alors pour que le sort des armes soit confié à trois champions de chaque camp. Trois frères les représentent de part et d’autre : les Horaces pour les Romains, les Curiaces pour les Sabins. Ceux-ci ont l’avantage : bientôt deux Horace gisent morts. Le troisième prend la fuite. Ses adversaires le poursuivent, mais, inégalement blessés, se distancent. Après une brusque volte-face, Horace les abat l’un après l’autre.
La leçon que retiendront les Romains est que l’avantage doit rester à Rome, mais de ceux qu’on a soumis on se fait en définitive des alliés. C’est ainsi qu’ils agiront désormais avec tous et cela explique l’échec d’Hannibal. Celui-ci comptait sans doute sur la défection des peuples italiens soumis à Rome. C’était dans la logique de Carthage.
Quel était donc le mythe fondateur de Carthage ? La reine Didon et ses Phéniciens, fuyant le Liban, arrive en vue des côtes d’Afrique. Elle demande au roi de ce pays du terrain pour fonder un comptoir. « Je ne vous donnerai de terrain que ce que peut délimiter une peau de taureau », répond celui-ci, autant dire rien. Mais les rusés commerçants du Levant découpent une fine lanière dans la peau d’un animal et en tracent une bonne circonférence, à l’intérieur de laquelle ils s’installent. Carthage est née, et aussi sa conception du rapport entre les peuples : les partenaires sont bons à être roulés. L’armée d’Hannibal comporte quelques officiers carthaginois, mais pour le reste elle est un ramassis de mercenaires d’inégale valeur : Numides farouches, Espagnols aguerris, Gaulois peu motivés. Mais quand le consul Néron remonte à marche forcée des rives du golfe de Tarente vers le Métaure pour la bataille décisive, les jeunes Italiens s’engagent avec enthousiasme pour participer à la victoire romaine.
Revenons à la fondation de Rome. Au delà de la légende, il reste que Rome fut fondée comme un marché au carrefour de la route du sel – la via salaria – qui suivant le cours du Tibre permettait d’apporter à l’intérieur des terres le sel et le poisson en échange des produits de la montagne, et de la route longeant la côte et qui coupait le Tibre en deux petits ponts plus faciles à construire à cette époque qu’un seul grand. Ces ponts étaient tellement vitaux pour Rome que son clergé comportait des « pontifices », des faiseurs de pont, en plus des flamines pour les cultes des divinités issues de la préhistoire.
Dans ce marché se rencontraient les Sabins, peuple des collines, et des Latins, peuple de la plaine côtière. Il s’entendirent pour l’entretien des ponts et de la citadelle fondée par Romulus sur la colline escarpée du Capitole, d’où on contrôlait les environs. Il en résulta une conséquence importante : pour la pensée politique latine la communauté humaine est une ‘societas’, une association de contractants.
L’avantage est qu’avec leur conception des rapports entre les nations et cette idée de la société, les Romains vont avoir une bonne philosophie du droit : tous – personnes et nations – ont des droits. Ce qui renforce cette disposition est l’épisode de la sécession du peuple. Celui-ci, lassé de voir, guerre après guerre, les riches toujours plus riches sans que lui-même en profite suffisamment, se retira dans la montagne où ils se mit à camper. Tout le monde allait en pâtir. Le Sénat dépêcha un habile orateur qui fit valoir qu’une société est organisée comme le corps humain. Tous les membres travaillent pour l’estomac, mais celui-ci travaille pour tous. Le peuple rentra à Rome après avoir obtenu des garanties. Notamment il fut décidé que les lois seraient gravées sur douze tables de pierre et affichées en un lieu public.
L’Eglise bénéficia de cet apport culturel. Elle reconnut que la jouissance de certains droits est une condition nécessaire au libre accès à Dieu. Elle renforça ainsi la philosophie du droit en y ajoutant des considérations théologiques : les droits de l’homme tiennent à ce que celui-ci a besoin que certaines conditions soient remplies pour aller librement vers Dieu ; or c’est un commandement que d’aimer le Seigneur, donc les hommes ont droit à ce que ces conditions soient remplies dans toute la mesure où la communauté peut les fournir. La société médiévale fut profondément chrétienne à ce point de vue et, par exemple, la relative solidité du royaume franc de Jérusalem était due en partie au fait que les paysans avaient plus de droits par rapport aux seigneurs croisés qu’ils n’en avaient auparavant par rapport à leurs maîtres musulmans !
Mais cette doctrine romaine de la société a aussi ses limites, qu’une culture authentiquement chrétienne ne peut ignorer. En effet, si l’on considère que toute communauté humaine naît d’un contrat, comme le mot de société le suggère, on en vient à imaginer que la société est construite uniquement par l’homme et que celui-ci peut la façonner entièrement à sa guise. Le philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau est l’exemple le plus remarquable de cette théorie. Et nous retrouvons là ce que nous évoquions en introduction : la révolution moderne vise à produire un homme débarrassé des structures reçues.
Or c’est faux. La communauté n’est pas construite à la guise de chacun : elle est donnée à l’individu, puisqu’il naît dans une famille. Au commencement, Dieu créa l’homme à son image, homme et femme Il les créa (4) : Il n’a donc pas créé l’homme comme un ‘animal social’, mais comme un être spirituel et familial. La société n’est qu’un aspect de la communauté. Celle-ci transcende de loin son cadre juridique et institutionnel. Elle doit donc s’efforcer de respecter la famille. Et toute association entre des personnes, pour être juste et procurer du bonheur, doit ressembler à une famille autant que son objet propre le lui permet.
L’étude de la civilisation latine vous arme par conséquent pour vous y retrouver dans la culture occidentale et donc en vous habituant à évangéliser la culture, elle vous aidera à faire produire à vos traditions le meilleur de leurs potentialités.
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Venons-en maintenant aux raisons littéraires de l’étude du latin.
Eloge des Lettres
Peut-être rencontrerez-vous des gens qui vous demanderont pourquoi être littéraire aujourd’hui. Est-ce que les mathématiques et les sciences qui les utilisent ne sont pas plus importantes ? Les avancées techniques n’ont-elles pas relégué les Lettres au second plan ? Et même, le gouvernement des hommes à notre époque, dit-on, doit se faire sur des critères exclusivement techniques, objectifs, à l’aide d’analyses statistiques, de comptes économiques, de prévisions chiffrées. Beaucoup de médecins même pensent devoir uniquement à l’analyse numérique la sûreté de leurs diagnostics, alors que, pourtant, l’approche asiatique nous apprend à considérer tout l’être humain dans sa complexité psychosomatique.
Tout cela est vrai, mais en partie seulement. La culture moderne repose entièrement sur le nombre, mais vous remarquerez que personne ou presque ne se soucie de réfléchir philosophiquement sur ce qu’est un nombre. Par conséquent la science moderne est comme une statue géante aux pieds d’argile : on l’utilise sans savoir ce qu’elle est véritablement, puisqu’on ignore ce qu’est son fondement qui est le nombre.
Alors vous, les littéraires, vous pourrez interpeller ceux qui dirigent le monde de façon purement technique. Vous pourrez leur faire remarquer que le nombre est un instrument de mesure qui se trouve dans la pensée. On note parfois que la mathématique est la seule science qui n’a pas besoin de la moindre connaissance du monde extérieur. En tout cas la science étant basée sur un instrument de mesure peut expliquer seulement ce qui se mesure. Elle ne peut rien expliquer d’autre que la matière.
Donc en diffusant une culture uniquement mathématique, on fabrique des matérialistes. Avez-vous remarqué qu’on ne peut pas réfléchir sans utiliser de mots ? Par conséquent, ceux qui ont un vocabulaire scientifique développé, sans avoir en nombre égal les mots pour penser à ce qui ne se mesure pas, risquent d’être incapables d’une pensée sur autre chose que les réalités matérielles.
Quelles sont donc les réalités qui ne se mesurent pas ? Il y a par exemple les sentiments, ou la morale, et bien sûr la religion. En bref, tout ce qui fait la différence entre l’homme et l’animal échappe à la science telle qu’elle est pratiquée en Occident. C’est pourquoi l’Occident sombre dans la barbarie morale, la décadence culturelle et l’anémie spirituelle.
Et ce qui est grave, c’est que l’Occident répand son modèle partout dans le monde. Au besoin il le fait par les armes. Il n’est pas faux de considérer que l’Occident se comporte par rapport à la démocratie comme se comportait par rapport à son idéologie l’empire soviétique déclinant : pour les dirigeants russes des années 1980, le communisme n’était plus qu’un article d’exportation, pas un produit de consommation intérieure. Il en est de même en Occident : la démocratie y est morte, les dirigeants affichent leur mépris de la volonté populaire, mais ils font la guerre un peu partout sous prétexte d'établir la démocratie ailleurs.
Comprenons-nous bien. La démocratie consiste en la recherche du bien du peuple, en associant le peuple lui-même à cette recherche. Elle est bonne s’il s’agit de donner la parole à chacun dans le domaine où il est compétent et à condition que celui qui vote puisse constater lui-même les conséquences de ses choix. Mais si l’on fait s’exprimer les gens sur des questions qui les dépassent, on les abêtit et, pire, on les fait s’enorgueillir. Or ce qui est grave, c’est qu’on prétend faire décider par des votes ce qui est bien ou ce qui est mal. Mais nous savons que le bien est ce qui est conforme à la nature de l’homme et à sa finalité qui est l’union à Dieu. Cela ne peut être décidé selon les caprices des manipulateurs d’opinion.
En bref, en vous enseignant le latin, je vous vaccine contre les défauts courants chez beaucoup de dirigeants de mon pays. Etudiez bien les mathématiques : elles sont indispensables et extrêmement bénéfiques. Mais je suis persuadé que les meilleurs mathématiciens, et ceux qui sont les plus utiles, sont ceux qui ont aussi une culture littéraire développée. Prenez par exemple le philosophe et mathématicien Pascal, contemporain de Descartes, mais bien meilleur penseur que lui : fort de ses connaissances en physique, il a inventé la brouette, pour soulager le travail de son jardinier ! Et vous, dans vos travaux manuels, quatre siècles plus tard, vous bénéficiez de son invention…
Bref, l’étude des lettres, et spécialement des lettres classiques, fera de vous des hommes utiles à votre pays, en vous aidant à rappeler ce qui est vraiment important pour l’homme, qui n’est pas une machine qu’il suffirait de mesurer et de régler.
Connaissance du français et des langues romanes
En devenant des littéraires par l’étude du latin, vous apprendrez à mieux maîtriser le français. Pas seulement parce qu’il dérive du latin, comme toutes les langues dites « romanes » : en fait le français, l’italien, l’espagnol, le roumain, le portugais et le romanche ne viennent pas directement du latin, mais d’une langue intermédiaire qu’on appelle le roman et qui était parlée dans l’empire d’Occident à partir du quatrième siècle.
Voici un exemple pour vous aider à comprendre pourquoi on parle de ‘langues romanes’. Vous savez qu’en latin, le futur se construit en changeant simplement la terminaison (‘amabo’). Mais dans toutes les langues romanes, le futur se construit en prenant l’infinitif et en y rajoutant le verbe ‘avoir’, mis au présent et à la personne voulue. Ainsi ‘je chanterai » se décompose en l’infinitif ‘chanter’ suivi de la première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe avoir (‘j’ai’).
Le plus ancien témoignage de futur construit à la façon du roman plutôt que du latin remonte à une entrevue diplomatique entre un empereur romain et son homologue perse. Ils se rencontraient pour parler d’une province frontière que les deux empires revendiquaient. Le Perse ne voulut rien savoir. Le Romain, furieux, quitta la négociation en s’écriant : « dare habes ! » - tu la donneras (‘donner’ suivi de ‘as’). Et il y eut une guerre…
Le latin vous aidera à maîtriser le français parce que l’immense majorité de ceux qui ont appris à lire et à écrire en France jusqu’au dix-huitième siècle l’ont fait en latin et non pas en français. Cela vous explique que le vocabulaire du calcul et de la grammaire soit transcrit directement du latin (pensez à ‘bissectrice’ ou à ‘médiatrice’, à ‘conjonction’ ou à ‘subjonctif’…) Jusqu’au dix-septième siècle inclusivement, tout l’enseignement universitaire était en latin, et ce dans toute l’Europe. Par conséquent la plupart des auteurs classiques français pensaient aussi bien en latin qu’en français en rédigeant leurs œuvres. Et c’est la concision et la précision du latin qui a donné à leurs œuvres la profondeur et la rigueur de leur analyse des sentiments, comme il structure la pensée de tous ceux qui l’étudient.
Et c’est vrai pour le style et la grammaire comme pour le vocabulaire : les mots français dérivent du latin de deux façons, l’une dite populaire, l’autre dite savante. Prenez le mot latin ‘potio’ : il a donné ‘boisson’ par dérivation populaire. Mais il a donné aussi ‘potion’ par dérivation savante. Une potion est une boisson qui a des propriétés particulières, notamment médicinales. Les médecins, qui avaient fait leurs études en latin, utilisaient en français des mots décalqués sur les mots latins.
Ce qui est vrai pour le vocabulaire de la médecine est vrai aussi pour le droit. Comme longtemps la justice a été rendue en latin, en partie selon les lois héritées de l’empire romain, tout le vocabulaire juridique dérive directement du latin. J’ai un ancien élève du Congo qui étudie le droit au Canada en ce moment. Je suis certain que mes cours de latin l’aident dans ses études. En tout cas il a laissé récemment un commentaire sur mon blog, où il dit qu’il a gardé un bon souvenir de mes cours. Vous pensez si cela m’encourage au moment où je commence à m’adresser à vous !
Connaissance des langues indo-européennes
Au delà des langues romanes, on peut dire que toutes les langues indo-européennes d’Occident ont été marquées par le latin des abbayes et des universités. Que sont donc les langues indo-européennes ? Voici l’exemple qu’on m’a donné pour me l’expliquer. On remarque d’abord que les deux mots ‘huit’ et ‘nuit’ se ressemblent alors que leurs significations n’ont aucun rapport. Puis on voit que les mots correspondant en italien se ressemblent aussi : ‘otto’ et ‘notte’. Vous allez me répondre, en bons latinistes que vous êtes, que cette similitude entre le français et l’italien n’a rien de surprenant, puisque ces langues dérivent toutes deux d’une même langue, le latin, où nous avons les mots ‘octo’ et ‘noctem’. (Je dis ‘noctem’, à l’accusatif, car ce cas est plus fréquent que le nominatif, ce qui explique que notre vocabulaire en dérive le plus souvent.)
Soit. Mais alors, comment expliquer que dans des langues comme l’allemand ou l’anglais, que vous apprenez aussi, les mots correspondant se ressemblent également : ‘acht’ et ‘nacht’, ou ‘eight’ et ‘night’ ? On l’expliquera ainsi : de même que la ressemblance entre le français et l’italien se comprend par une langue originelle commune, ainsi on doit supposer l’existence d’une langue originelle commune au latin et au germanique.
Figurez-vous qu’il y a en vieux latin un mot un peu oublié aujourd’hui et qui est ‘erus’, qu’on écrit aussi ‘herus’. Il signifie ‘le seigneur’. Pourquoi a-t-il été oublié ? C’est parce que le vocabulaire politique latin vient de l’étrusque. En effet les premiers rois de Rome étaient des Etrusques, et cette domination a favorisé dans la civilisation romaine le respect de la famille. Donc logiquement le mot étrusque à trois syllabes ‘dominus’ a supplanté le mot latin ‘erus’ à deux syllabes, comme le mot étrusque ‘populus’ a lui aussi pratiquement supplanté le mot ‘plebem’ dans les utilisations juridiques. Vous les germanistes, vous avez très certainement compris où je veux en venir : ‘herus’ ne ressemble pas pour rien au mot allemand ‘Herr’, qui a le même sens, qui a donné en français le mot ‘héritier’ et qui fait penser au mot grec dont vient le français ‘héros’.
Mais pour en finir avec ce sujet, vous voyez que la maîtrise du latin vous donne la clé non seulement de la plupart des langues européennes, mais qu’en plus elle vous rapproche des langues de l’Inde ou de la Perse, qui elles aussi présentent des similitudes avec toutes les langues dites pour cette raison ‘indo-européennes’. Cela donnerait presque le vertige de penser qu’un petit peuple, il y a peut-être cinq mille ans, a élaboré une langue qui influence aujourd’hui la pensée de milliards d’hommes. Dans un monde sans littéraire, on serait incapable de remonter ainsi aux origines de nos civilisations.
Mais revenons à des choses plus immédiatement utiles. Votre maîtrise du latin vous permettra de comprendre facilement certaines particularités des langues appelées vivantes que vous étudiez. Prenez par exemple le mot anglais ‘actually’ : vous savez qu’on le classe parmi les ‘faux amis’, ceux qui ressemblent à des mots français sans en avoir le sens. ‘Actually’ ne signifie pas ‘actuellement’, mais ‘réellement’. Pourquoi cela ? Parce qu’il vient du latin des philosophes du Moyen-Âge. Pour ceux-ci, le mot ‘actus’ signifiait en effet la réalité dans sa plénitude, la réalité dans sa perfection propre. Ainsi votre étude du latin vous ouvrira les portes de l’étude de la philosophie, et vous verrez aussi que les philosophes allemands de la période moderne hésitent toujours entre les concepts de leur langue et ceux de la philosophie médiévale qui s’élaborait en latin.
A propos de philosophie, je voudrais souligner la grande similitude entre le latin et le grec ancien. Celui-ci est extrêmement utile pour étudier Platon et Aristote, qui ont influencé les penseurs du Moyen-Âge. Vous n’aurez pas grande difficulté à assimiler le grec si vous maîtrisez le latin.
Un patrimoine de l’humanité
Mais revenons-en aux rapports entre le français et le latin. On peut remarquer aujourd’hui que dans une population francophone il faut une bonne proportion de latinistes si l’on veut éviter la créolisation. On appelle ‘créole’ la langue dérivée du français et parlée dans des îles comme la Réunion dans l’Océan Indien ou comme les Antilles. Bien sûr, le créole a l’avantage de permettre à ces populations originales d’exprimer ce qui les caractérise le mieux. Mais le résultat de la créolisation, c’est que les créoles ne comprennent plus le français, comme en Haïti, où les habitants doivent apprendre le français à grands frais à l’école.
Pourtant c’est une force du français d’être unifié, ou plutôt d’être resté ‘un’. Figurez-vous que les évêques du monde entier ont voulu, il y a quelques années, rédiger un catéchisme pour toute l’Eglise catholique. Au concile Vatican II, vers 1960, les évêques avaient parlé latin. Mais leurs successeurs de 1990 se sentaient incapables de travailler dans notre langue ! Pensez-vous qu’ils aient choisi comme langue de travail la langue la plus répandue au monde, l’anglais ? Ou bien la langue la plus parlée parmi les catholiques, l’espagnol ? Non, ils ont choisi le français. Car le français parlé à Paris est le même que celui parlé à Nouméa ou Pointe à Pitre, que celui parlé à Bruxelles, Genève ou Montréal, ou que celui parlé à Dakar, Cotonou ou Kinshasa. Et ce français est pratiquement le même que celui des auteurs d’il y a plusieurs siècles, comme Montaigne ou Ronsard, Corneille, Racine ou Bossuet. Les évêques pouvaient donc travailler en toute sécurité, sans risque d’interprétations divergentes. Mais je vous rassure : le latin reste indispensable, et le catéchisme a ensuite été traduit en latin, et c’est le texte latin qui est le texte officiel de référence !
Voilà pourquoi la langue française est considérée comme appartenant au patrimoine de l’humanité. Dans les années 1970, le roi du Maroc est venu en visite officielle en France. Il a fait une déclaration remarquée, dans laquelle il remerciait la France qui lui envoyait des coopérants, mais il déplorait que la plupart de ceux-ci ignorent certaines règles élémentaires de grammaire française. Il disait que les Français n’ont pas le droit de laisser dépérir leur langue, qui ne leur appartient plus, mais qui appartient à l’humanité.
Cette permanence du français à travers le temps et l’espace, qui explique son rôle actuel pour la culture mondiale (ce n’est pas pour rien que le siège de l’UNESCO est à Paris – organisation des Nations Unies pour la science et la culture), est généralement attribuée à l’académie française. Cette célèbre institution, depuis le temps de Louis XIV, édicte les règles selon lesquelles on doit parler et écrire le français. Mais si ce travail de l’académie a été fructueux, c’est en fait, très certainement, parce que le français est comme ‘adossé’ au latin qui lui sert de référence. D’ailleurs bien souvent, pour trancher les discussions sur les usages du français, on se réfère aux règles du latin.
Alors maintenant, je vous demande si vous ne pensez pas qu’il serait bon que le travail qui a été fait sur les langues indo-européennes soit fait également à propos des langues africaines. J’en suis persuadé. Et je suis persuadé qu’en tentant de vous faire partager mon amour pour les lettres latines, je travaille en fait à vous faire aimer non seulement le latin, mais bien toutes les langues qui se présenteront à vous. Peut-être que certains d’entre vous rejoindront les hommes qui démêlent les rapports entre les langues africaines, qui mettent en valeur leurs structures et leurs originalités, pour leur faire apporter à toute l’humanité ce qu’elles peuvent lui donner.
Peut-être serez-vous tous de grands savants, et qu’on donnera vos noms à tous les aéroports du Bénin, comme on a donné le nom du Cardinal Gantin à l’aéroport de Cotonou-Cadjehoun. Notez bien tout de même que cela sera possible seulement si vous avez la même humilité que lui… Alors ne rêvez pas trop ! Mais plus probablement vous devrez travailler, chacun à sa place, sans être connus, à maintenir là où vous serez un peu de cette forme de culture supérieure qui humanise l’homme en le préparant à la rencontre avec Dieu.
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Nous en arrivons enfin aux raisons spirituelles de l’étude du latin.
La langue de la tradition
Commençons par une raison historique et spirituelle à la fois : le latin était parlé au temps du Christ. Il y a un film qui relate la Passion de Jésus, et les personnages s’expriment dans le film selon les langues de l’époque. Ainsi on comprend parfaitement bien les soldats romains par exemple. Dans l’évangile lui-même, quand Pontius Pilatus répond aux chefs des prêtres de Jérusalem qu’il ne modifiera pas l’inscription sur la croix de Jésus, c’est sans doute en latin qu’il a dit : « Quod scripsi, scripsi ! » - ce que j’ai écrit, je l’ai écrit.
De plus le latin a été parlé par Saint Pierre et Saint Paul à Rome. Vous savez qu’à la Pentecôte, les Apôtres ont été compris par tous leurs auditeurs, venus pourtant d’horizons fort différents, et parlant diverses langues de l’empire romain et des régions voisines. Cette expérience a sûrement encouragé les Apôtres à parler sans crainte de nouvelles langues qu’ils apprenaient au fur et à mesure de leurs missions. Ainsi un résultat visible de la Pentecôte a été de produire des littéraires !
Dés l’origine, donc, des chrétiens ont parlé le latin. Et cela a donné de grands théologiens s’exprimant dans cette langue, ce sont les ‘Pères latins’. On appelle ‘Pères de l’Eglise’ les auteurs chrétiens de l’Antiquité, c’est à dire ceux dont la formation scolaire était celle en vigueur à la fin de l’empire romain. Ayant tous reçu une solide formation littéraire, ils ont pu établir une alliance harmonieuse entre évangile et culture.
Donc en étudiant les auteurs classiques latins, vous recevez une formation semblable à celle des Pères de l’Eglise d’Occident ! Et cela vous rapproche aussi des Pères grecs, pas seulement parce que le latin vous aidera à apprendre le grec, mais aussi parce que les Pères latins étaient en dialogue avec eux et avaient les mêmes références philosophiques. L’étude du latin vous donne accès à la culture dans laquelle les chrétiens très proches de Jésus ont exprimé leur foi.
Cette culture s’est exprimée aussi en grec, et même premièrement en grec. Mais nous avons déjà vu que le latin est une excellente préparation à l’étude du grec. Quand on regarde un Nouveau Testament où l’on a le texte latin en face du texte grec, on est frappé par ceci : les phrases latines sont décalquées sur le grec, au point que même sans une grande connaissance du grec, on est capable de comprendre une argumentation sur le texte grec grâce à sa traduction latine.
Parmi les Pères de l’Eglise, il y avait des Africains. Du côté grec, il y avait par exemple Saint Athanase d’Alexandrie. Bien qu’il fût de culture grecque, ne sous-estimons pas son côté africain. La tradition égyptienne ancienne a des ressemblances avec la culture africaine traditionnelle. Quand Camara Laye, dans « L’Enfant Noir », raconte que sa mère pouvait puiser l’eau du fleuve sans crainte des crocodiles, parce que le crocodile était son ‘totem’, cela me fait penser aux dieux égyptiens à têtes d’animaux. Aujourd’hui encore, le patriarche copte catholique d’Alexandrie définit l’originalité de son rite par la référence au culte des défunts chez les anciens Egyptiens : il se sent une mission de rappeler au sein de l’Eglise l’orientation fondamentale de l’homme vers l’au-delà.
Du côté latin il y avait Saint Cyprien de Carthage, et surtout Saint Augustin. Ce géant de la théologie a influencé toute la pensée occidentale postérieure. Et sa fécondité ne s’est pas arrêtée au Moyen-Âge. A toutes les générations, il y a eu des augustiniens. Le plus illustre aujourd’hui est Benoît XVI lui-même ! Saint Augustin est l’auteur le plus présent dans les lectures du bréviaire : le lire dans la langue où il a écrit est une joie spirituelle que je vous souhaite.
On ne peut omettre l’Egyptien Tertullien, bilingue maîtrisant le grec et le latin, qui au IIème siècle a forgé des mots dont on se sert encore – dans leurs versions en langues modernes – pour exprimer certaines vérités de la foi. Ou encore Saint Jérôme qui, maîtrisant ces deux langues et l’hébreu, a pu donner une traduction en latin de la Bible tout entière qui, sous le nom de ‘vulgate’, a été utilisée presque jusqu’à nos jours.
Le latin vous rapprochera encore des docteurs médiévaux. Je pense tout d’abord à Saint Bernard de Clairvaux, et vous voyez bien pourquoi. Ou encore à Saint Thomas d’Aquin. L’Eglise demande que tous les futurs prêtres soient formés principalement selon l’esprit de Saint Thomas (« Sancto Thoma praesertim magistro ») (5). Vous avez la chance de vivre dans un pays où les évêques s’attachent à observer les lois de l’Eglise : vous réentendrez souvent parler de Saint Thomas ! Votre connaissance du latin vous mettra en mesure de mieux comprendre ce que dit ce très grand génie de la pensée catholique.
Le latin a été la langue officielle de tous les textes de l’Eglise de Rome, et donc du Magistère. On ne comprend pas véritablement l’histoire de l’Eglise si on n’en connaît pas la langue officielle. Cette étude de l’histoire de l’Eglise vous permettra de vous faire une idée juste de ce qu’est l’Epouse du Christ, et par conséquent de vous attacher à Jésus comme des membres conscients de l’Eglise.
Et le latin est toujours aujourd’hui la langue officielle de l’Eglise. Le code de droit canon de 1983, tout comme le concile Vatican II dans les années 1960, a été rédigé en latin. A propos du catéchisme de l’Eglise Catholique, je vous ai déjà signalé qu’après l’avoir travaillé en français, il a fallu le retraduire en latin pour la version officielle et définitive. Et n’oublions pas les encycliques, qui ont toutes un titre latin : elles sont désignées par leur ‘incipit’, c’est à dire par leurs premiers mots qui sont bien sûr des mots latins. Pour être honnête, je dois citer une encyclique dont le titre n’est pas en latin : il s’agit de « Mit brennender Sorge » (Avec un souci brûlant) ; elle est en allemand parce qu’elle s’adressait aux Allemands directement pour la question du nazisme qui les concernait en premier lieu.
la langue de la prière
Il reste la question du latin comme langue liturgique. Les Pères du concile Vatican II ont voulu que soit autorisé l’usage de la langue du pays dans la liturgie, mais ils voulaient aussi que tous les fidèles sachent chanter en latin les parties de la messe qui leur reviennent, et que les prêtres disent le bréviaire en latin ; pour ce dernier point les exemptions devaient être données « singulis pro casibus », et vous comprenez sans peine : au cas par cas. (6)
Malheureusement les évêques du concile n’ont pas été écoutés. Or que voyons-nous ? Des pays comme la Belgique se retrouvent dramatiquement divisés entre plusieurs communautés linguistiques. Si les paroisses belges avaient suivi l’avis du concile, l’Eglise apparaîtrait comme un refuge et un recours, au-dessus des querelles. Elle pourrait donc sans doute avoir un rôle comparable à celui joué par Mgr Isidore de Souza dans votre pays à la fin de la période marxiste-léniniste, dite révolutionnaire.
Que voit-on encore ? Dans les pays du Golfe Persique, comme les Emirats, le Koweit et les autres, la messe est dite en anglais, c’est à dire dans la langue de ceux qui ont bombardé des objectifs civils en Irak pendant une dizaine d’années avant de l’envahir et d’y semer un désordre dont on ne voit actuellement pas comment il pourra s’apaiser. L’Eglise catholique de rite romain gagnerait dans ces régions à revenir d’urgence à l’usage du latin liturgique.
Je tiens là encore à vous « vacciner » contre des erreurs courantes dans le clergé de mon pays. On a voulu opposer ce que dit le concile à ce qu’on a appelé « l’esprit du concile ». Ce faux raisonnement a pour lui d’être apparemment fidèle à l’évangile, où Jésus dit que la lettre tue, mais que l’esprit vivifie. Mais Jésus dit aussi « Que votre oui soit oui, que votre non soit non ». Si le Saint Esprit a inspiré les évêques réunis à Vatican II, alors on ne peut pas faire de Vatican II une interprétation contraire à son texte. Ce serait faire de Dieu un menteur. D’ailleurs Benoît XVI insiste sur une interprétation de Vatican II selon l’herméneutique de la continuité : l’Esprit-Saint ne peut se contredire.
De même, on rencontre des gens qui pensent que c’est Charlemagne, l’empereur franc de l’an 800, qui a imposé à l’Eglise de prier en latin. Ceux qui racontent cela sont des ignorants (7). L’Eglise en Occident a prié en latin de façon continue depuis l’Antiquité jusqu’au huitième siècle. C’est à cette époque qu’on a commencé à voir émerger des langues autres que le roman et qui étaient suffisamment répandues pour servir à la liturgie. Jusque là en effet, dans un même lieu on avait des groupes parlant des langues différentes.
Mais cela a inquiété Charlemagne. En effet, à cette époque, les gouvernants savaient que leur responsabilité comportait une part de spirituel. Par exemple, le premier concile s’était réuni à Nicée à la demande de l’empereur romain de Byzance, parce que les dissensions entre chrétiens troublaient l’ordre public de l’empire. Peut-être Charlemagne a-t-il craint que des liturgies dans des langues mal maîtrisées soient la source d’hérésies ? Ou tout simplement a-t-il voulu une liturgie digne, dans une langue bien fixée, celle qu’il voulait restaurer dans l’administration et l’enseignement officiel ? Toujours est-il qu’il a souhaité que la liturgie soit en latin.
Mais la décision a été prise par l’Eglise, et non par le pouvoir temporel en tant que tel. C’est une assemblée d’évêques, à Aix la Chapelle, qui a accepté l’idée de l’empereur. Et l’Eglise en Occident s’est trouvée tellement bien de cette idée qu’elle a conservé l’habitude de prier en latin même en pénétrant dans des régions qui n’avaient jamais fait partie des empires romain ou carolingien, comme l’Irlande ou la Pologne, sans parler de l’Afrique Noire ou de l’Extrême-Orient !
Donc non seulement il n’y a aucun mal à prier en latin, mais encore c’est tout à fait souhaitable pour marquer d’une certaine façon l’universalité de l’Eglise. Et surtout cela nous met en rapport direct avec la tradition de l’Eglise. Vous savez que la révélation ne réside pas complètement dans la Bible. Elle se trouve aussi dans ce qu’on appelle la tradition : c’est à dire tout ce que l’Eglise a dit et fait sous l’influence du Saint Esprit. Il se trouve que la latin a été un moyen privilégié dans l’histoire de l’Eglise pour l’expression de la tradition.
Transcendance et immanence
Alors, demandons-nous pourquoi l’Eglise a tenu ainsi à avoir une langue liturgique différente de la langue des autres usages quotidiens. Pour cela, étudions deux ‘attributs’ de Dieu, c’est à dire deux de ses caractéristiques fondamentales : Dieu est à la fois transcendant et immanent.
Vous voyez l’étymologie latine de ces deux mots. ‘Immanent’ vient de ‘manere’, qui veut dire demeurer. Ce qui est immanent, c’est ce qui demeure à l’intérieur. On dit par conséquent que Dieu est immanent à la création, parce qu’Il demeure dans celle-ci par sa présence créatrice même. Dans cette ligne, une spiritualité peut se développer, qui insistera sur la très grande proximité de Dieu par rapport à nous.
Mais Dieu est aussi transcendant à la création. Vous reconnaissez dans ce mot les racines latines ‘trans’ et ‘scendere’. Ce qui est transcendant est ce qu’on atteint à travers et au-delà de la réalité quotidienne. Ainsi Dieu transcende sa création, car on peut Le découvrir à travers son œuvre comme radicalement différent de celle-ci. Dans cette ligne, on peut développer une spiritualité qui insistera sur la très grande différence entre Dieu et sa créature.
Ces deux spiritualités ne se contredisent pas, elles se complètent. Or on a voulu les opposer. En Occident, on est passé d’une mentalité de la transcendance à une mentalité de l’immanence. Dans une mentalité de l’immanence, on considère que l’homme doit rechercher son accomplissement personnel par des ressources qu’il trouvera en lui-même. Dans une mentalité de la transcendance on pense que l’homme atteint sa perfection grâce à des cadres qui s’imposent à lui de l’extérieur.
Les raisons de ce changement sont multiples. La principale est peut-être l’immense progrès technique accompli au cours du XXème siècle. On a vu que par ses propres forces, l’homme pouvait améliorer considérablement ses conditions d’existence. On en a donc déduit qu’il en était dans le domaine moral comme dans le domaine matériel.
Là encore, ces deux mentalités doivent se compléter, aucune des deux ne peut à elle seule rendre compte de la complexité des réalités matérielles et spirituelles. L’Eglise a bien fait d’accompagner ce mouvement : de même que les missionnaires doivent s’adapter à la mentalité des peuples où Dieu les envoie, ainsi l’Eglise a dû s’adapter à une population dont la mentalité avait radicalement changé.
Mais des erreurs multiples on été commises dans cet accompagnement. D’abord, on n’a pas pris le temps de réfléchir à ce qu’impliquait ce changement, et donc de discerner en quoi il consistait fondamentalement, en quoi il était acceptable et quelles étaient ses limites, ses faiblesses. Donc on a évacué la mentalité de la transcendance, et on a ainsi renoncé à ce que les deux spiritualités se complètent.
Car on a considéré que ce changement était un progrès en soi, alors qu’il n’est qu’une façon parmi d’autres que l’homme a de se situer par rapport au monde, aux autres hommes et à Dieu. Comme on considérait que c’était un progrès, on a pensé que tous devaient l’effectuer. Or l’Eglise n’est pas là pour imposer un modèle culturel, mais pour donner les critères qui permettent de purifier les civilisations de ce qui les rendrait impropres à soutenir l’union à Dieu. Ainsi l’Eglise donne aux peuples les moyens d’améliorer leurs cultures respectives.
Le drame c’est que comme on pensait que ce changement de mentalité était un progrès, on a voulu l’imposer à tous. Or des groupes non négligeables ont, en Occident, refusé de s’engager à fond dans ce changement de mentalité. C’était leur droit le plus strict. C’était leur droit, non seulement au nom de leur culture, ce l’était aussi au regard de leur foi de catholiques.
Mais on a usé envers eux de pratiques répressives. On a combattu dans la plupart des diocèses toute pastorale qui aurait aidé ces groupes à la spiritualité traditionnelle à vivre leur foi. Le plus strictement piquant, c’est que ces pratiques répressives étaient le fait de gens qui prétendaient appliquer le Concile Vatican II. Or celui-ci avait fait de la liberté spirituelle un éloge appuyé ! Et vous le savez, les communautés dites ‘traditionnelles’ veulent prier en latin, car l’usage d’une langue liturgique différente de celle des autres usages quotidiens est une manifestation de la spiritualité de la transcendance : il faut effectuer un changement de niveau pour s’adresser à Dieu.
Il est donc urgent que l’Eglise respire de ses deux poumons, pour paraphraser le mot de Jean-Paul II, à propos des spiritualités de l’Orient et de l’Occident. Mais justement l’Orient est certainement resté plus ouvert à la transcendance que l’Occident. Les groupes qui ont gardé une spiritualité de la transcendance doivent donc non seulement être respectés : on doit aussi leur donner les moyens de rayonner leur spiritualité, car sans elle il manquerait quelque chose à l’Eglise.
C’est dans ce sens qu’il faut interpréter les efforts de Benoît XVI pour faire en sorte que l’Eglise fasse droit aux communautés traditionnelles. Elles aident l’Eglise tout entière à comprendre qu’elle est une, non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps.
Car on appelle communément les partisans de l’immanence du nom de « progressistes », et les partisans de la transcendance du nom « d’intégristes ». Mais si on peut maintenir ces différentes mentalités dans des limites où elles peuvent donner à l’Eglise des spiritualités fécondes, dans leurs expressions extrêmes ces mentalités ouvrent la voie à des erreurs graves.
En effet, dans leurs déviations, ces mentalités constituent des sortes de schismes dans le temps. Certains partisans de la transcendance et de la tradition refusent et condamnent les formes récentes qu’a prise la prière des chrétiens ; et certains partisans de l’immanence et du progrès refusent et condamnent les formes plus anciennes de la prière chrétienne.
On connaissait jusqu’ici deux formes de péché qui retranchent de l’unité de l’Eglise : il y avait l’hérésie, qui est un péché contre la foi, et le schisme, qui est un péché contre la charité. Notre époque a le triste privilège d’avoir vu naître une troisième forme de péché contre l’Eglise : le péché contre l’espérance. Dans un cas, on désespère des possibilités qu’avait l’Eglise de sauver les gens autrefois, dans l’autre cas on désespère des possibilités qu’elle a de sauver les gens aujourd’hui. Ces positions extrêmes doivent être rejetées fermement.
Et vous voyez que l’étude du latin vous aidera, avec bien d’autres choses évidemment, à vous enraciner au cœur de l’Eglise en vous permettant de vous situer par rapport aux grands courants de la spiritualité contemporaine. En plus, il vous donne le moyen de répondre à ce besoin de l’Eglise d’avoir des prêtres sachant prier en latin pour répondre aux justes demandes des groupes qui ont la spiritualité traditionnelle de la transcendance.
Le latin, d’ailleurs, vous permettra de surmonter cette querelle entre ‘traditionalistes’ et ‘modernistes’. L’étymologie du mot ‘traditio’ et le catégorie à laquelle il appartient vous montrent que la tradition n’est pas seulement le contenu transmis, mais aussi l’acte de transmettre. Donc si les traditionalistes s’accrochaient au contenu sans voir la façon dont il a été transmis aux diverses époques, ils seraient dans l’erreur. Et si les ‘modernistes’ voulaient s’enfermer dans leur pastorale actuelle sans tenir compte de celle des autres époques, ils seraient eux aussi dans l'erreur. Les uns et les autres confondent souvent la tradition – qu’ils combattent ou respectent – avec telles ou telles traditions particulières.
Le grégorien, chant de l’Esprit Saint
Il y a encore une raison particulière à l’étude du latin : c’est qu’il est la langue du chant grégorien. Le Concile Vatican II a déclaré que le chant grégorien est le chant propre de la liturgie dans les rites latins – nous sommes de rite romain, mais il y a eu dans l’Eglise d’autres rites utilisant le latin comme langue liturgique (8). Or ceux qui prétendaient appliquer Vatican II ont, au nom de « l’esprit du Concile », fait le contraire de ce que celui-ci demandait : il ont supprimé de nos paroisses, en France, tout chant grégorien.
Voici une petite histoire pour situer la spiritualité du grégorien. On dit que le grand musicien classique Bach aurait volontiers sacrifié toute son œuvre en échange du mérite d’avoir composé la musique de la préface romaine ! Mais justement cette musique n’a pas d’autre auteur connu que l’Eglise sous l’action de l’Esprit Saint. En effet, cet air ne résulte pas d’une décision prise par un compositeur. Il vient simplement de l’influence exercée par les paroles et leur signification, par les circonstances dans lesquelles elles sont dites, sur celui qui prie avec un cœur aimant.
L’origine du chant grégorien est donc toute surnaturelle. C’est la grande différence avec la majorité des compositions de musique religieuse contemporaine. Le compositeur a en lui une musique, fruit de sa culture et de sa psychologie. Alors il veut couler les paroles liturgiques dans le moule étroit de sa musique personnelle. C’est le contraire qui s’est passé pour le grégorien. Cette musique est née de la prière de l’Eglise prolongeant la prière de Jésus.
Ainsi le grégorien est une excellente école de spiritualité. Voyez son extraordinaire justesse de ton : il est l’exultation de gens qui se savent aimés et sauvés par Dieu, mais qui ne parviennent pas encore à répondre parfaitement à cet amour. Il n’y a pas de musique à la fois plus entraînante et plus pacifiante.
Mais c’est aussi une excellente école de prière. Il doit être la mesure des musiques sacrées qu’on viendrait à composer pour répondre aux défis culturels présents. Le succès des chants liturgiques de l’abbaye de Keur Moussa, au Sénégal, vient certainement du fait que ces moines venaient de Solesmes, abbaye renommée dans le monde entier pour avoir restauré le chant grégorien depuis le XIXème siècle. C’est inspirés par les mélodies grégoriennes que les compositeurs de Keur Moussa ont étudié les airs africains traditionnels pour leur faire produire une extraordinaire richesse spirituelle. (9)
L’imposture des traductions liturgiques
Vous voyez donc que le latin est par excellence la langue de la tradition. Or justement la tradition de l’Eglise est aujourd’hui attaquée : on veut juger la révélation selon les critères du monde, alors que c’est le contraire qu’il faut faire. Il faut purifier les cultures à la lumière de la révélation. Un endroit où cette erreur se manifeste particulièrement est celui des traductions liturgiques. Le Cardinal Arinze, un Nigérian qui est préfet de la congrégation pour le culte divin, a dit que les traductions en français sont idéologiques. (10)
Vous pouvez vous en rendre compte vous-mêmes, puisque vous avez la messe en latin un jour par semaine. Choisissons deux thèmes où cela est bien visible : celui du sacerdoce et celui de l’âme. A la fin de l’offertoire, en latin, le prêtre dit un beau verset qui, avec son répons, exprime tout un aspect de la théologie du sacerdoce : « Orate, fratres, ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem. - Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis, ad laudem et gloriam nominis sui, ad utilitatem quoque nostram totiusque ecclesiae suae sanctae. » (11)
On voit dans ce passage que le prêtre a un rapport particulier au sacrifice du Christ, sacrifice qui est rendu présent et actif à la messe. C’est par les mains du prêtre qu’il est offert, sans que les fidèles soient étrangers à ce sacrifice. Or cela est gommé en français : « Prions ensemble, au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Eglise. – Pour la gloire de Dieu et le salut du monde. » On ne dit plus en français que c’est par les mains du prêtre que le sacrifice est offert, mais on souligne qu’on prie ensemble et que le sacrifice est celui de toute l’Eglise. Ce n’est pas ce que dit le texte latin, qui est beaucoup plus précis sur le rôle propre du prêtre.
Pire : dans la prière d’offertoire du XVIème dimanche du temps ‘ordinaire’, il est dit en français que le Seigneur reçoit le sacrifice « des mains des fidèles » ! Or le mot ‘main’ ne figure même pas dans le latin à cet endroit. Il y a donc chez le traducteur une volonté constante de diminuer le rôle du prêtre, et il ne faut pas s’étonner que dans ce contexte les vocations soient si rares en France. Et quand on s’aperçoit que les mêmes fautes se retrouvent dans des traductions en différentes langues, on peut parler de complot à l’échelle mondiale. C’est pourquoi l’Eglise insiste sur la nécessité d’établir les traductions liturgiques à partir du texte original latin sans utiliser l’intermédiaire d’une autre langue comme le français par exemple. Donc l’apprentissage du latin vous permettra peut-être de proposer à Rome des textes liturgiques dans vos langues maternelles.
Un autre aspect du sacerdoce qui est attaqué dans les traductions est le rôle du Pape. Le ministère du Pape s’inscrit en effet dans le sacrement de l’ordre. On dit dans Vatican II que les évêques ont la plénitude du sacrement de l’Ordre. Peut-être d’ailleurs vaudrait-il mieux parler de surabondance du sacrement, parce que le sacerdoce du simple prêtre doit être vécu lui-même comme une plénitude.
Mais c’est aussi parce que le sacerdoce n’est pas divisé, il est unique. Le sacerdoce du Christ est bien dans le simple prêtre, car il n’y a qu’un seul sacerdoce, et c’est celui du Christ. C’est dans l’Eglise tout entière, dans son union à Jésus, que se trouve la totalité du sacerdoce du Christ. Et pour être total, il doit être « un » : unique et unifié. C’est par le ministère du Pape que le sacerdoce est « un » et qu’il est ainsi celui du Christ.
Or dans les traductions liturgiques le rôle du Pape est diminué par rapport à celui de l’évêque. On lit en effet, dans les prières eucharistiques en latin, l’expression « notre Pape et notre évêque ». Le traducteur en français a écrit « le Pape et notre évêque », comme si le Pape était moins « nôtre » que l’évêque ! Cela ne doit rien au hasard : cela se retrouve dans les quatre principales prières eucharistiques. Or ce n’est pas l’enseignement de l’Eglise. Reprenant la doctrine exprimée à Vatican I en 1870, le Concile Vatican II déclare que le Pape a juridiction immédiate sur chacun des fidèles. (12)
Cela veut dire que le Pape a, par exemple, le droit de décider que tel ou tel séminariste doit être ordonné, même si l’évêque de ce séminariste est d’un avis contraire. Bien sûr, le pape n’agira pas ainsi sans de sérieux motifs, ni sans une enquête approfondie ! Mais enfin, il a le droit d’intervenir dans le gouvernement des diocèses même en dehors du sien qui est celui de Rome. Dans les Eglises orientales, toutefois, il exerce ce droit en tenant compte de l’institution patriarcale.
Ne croyez pas que le traducteur faussaire soit un cas isolé : son erreur sur le Pape sévit en très haut lieu. Quand Benoît XVI est venu en France il y a un mois, il a fait quelques mises au point bien nécessaires. Mais le cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la conférence épiscopale, a déclaré aux journalistes que les évêques français n’auraient pas une obéissance servile et qu’ils avaient accueilli le Pape comme un frère. Quelques jours plus tard, il a dit dans une entrevue au journal « le Figaro » qu’il n’était ni dans les intentions de Benoît XVI ni dans sa mission de s’immiscer dans le gouvernement des diocèses.
Vous voyez les erreurs. Dans l’Eglise, personne n’imagine qu’on attende des subordonnés une obéissance d’esclave. On attend au contraire une obéissance filiale. L’esclave obéit par contrainte. Le fils obéit par amour, et par conséquent obéit bien mieux que l’esclave. Comme l’indique son nom, le Pape est un Père. On peut bien le considérer comme notre frère dans la foi – ou dans l’épiscopat – mais sans jamais oublier sa paternité. Il n’y a donc pas lieu de refuser l’autorité du Pape. Et puisque l’Eglise reconnaît au Pape un juridiction immédiate sur chacun de fidèles, c’est que sa mission peut comporter, dans des circonstances dont il est seul juge, d’intervenir dans le gouvernement d’un diocèse, fût-ce le diocèse d’un cardinal !
De même il y a des erreurs de traduction pour l’âme. Avant de communier, vous dites « … ut sanabitur anima mea. » En français vous avez : « … et je serai guéri. » Or le mot âme figure dans les listes de mots que l’Eglise demande de traduire avec le plus grand soin. Ces listes se trouvent dans le document romain « Liturgiam authenticam » de 2000. (13)
Il y a là encore une idéologie qui se manifeste chez le traducteur : certains théologiens protestants ont imaginé que le concept d’âme ne figure pas dans la Bible. Le Cardinal Ratzinger, avant d’être Pape, a pourtant bien réfuté cette erreur, dans son livre sur l’au-delà. (14) Il n’empêche, la fausse traduction supprime le mot âme. Mais je vous l’ai déjà dit : en France on fabrique des matérialistes. Il faut souhaiter que tout cela soit rectifié sans attendre. Mais vous, vous avez déjà les moyens de ne pas vous laisser piéger. (15)
___________
Puisqu’il faut une conclusion, je dirai que vous avez avec l’étude du latin un moyen de culture que beaucoup vous envieraient s’il en avaient la moindre idée. Mais surtout grâce au latin vous avez un accès direct à la pensée de l’Eglise. Et c’est un moyen de vous rapprocher davantage du Christ. Voilà pourquoi je suis très heureux, comme prêtre, d’enseigner cette matière plutôt que n’importe quelle autre.
A Péporiyakou, le 3 novembre 2008.
Père Bernard Pellabeuf
NOTES
(1) Cf. canon 249.
(2) référence à Paterculi pericula.
(3) Il faut, d’un point de vue historique, distinguer les entreprises esclavagistes des XVIème , XVIIème et XVIIIème siècles, où l’on prenait de plus en plus comme modèle l’Antiquité païenne, de la colonisation du XIXème siècle, dont il est question ici.
(4) Cf Gn 1,27.
(5) Cf. canon 252, § 3
(6) Cf Concile Vatican II : Sacrosanctum Concilium N° 54 (« On veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble en langue latine aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent ») ; et N° 101 § 1 pour la langue dans laquelle doit être dit l’office divin par les clercs, selon la tradition.
(7) Je ne peux passer sous silence cette perle épiscopale : un évêque m’a écrit ce qui suit. « Il est mauvais pour le peuple de prier habituellement dans une langue qui n’est pas la sienne. Je ne suis pas le seul à le penser, puisque le Pape, quand il vient en France, dit la messe en français.
Cela appelle quelques remarques. D’abord, s’il disait que le slavon, qui est la langue liturgique des Russes, n’est pas une de leurs langues, il se ferait chahuter : pourquoi le latin ne serait-il pas une des langues de ceux qui célèbrent la messe en cette langue ?
Ensuite, si l’Eglise s’est vraiment trompée pendant quinze siècles, pour qui se prend cet évêque, pour prétendre parler avec autorité dans un domaine où l’Eglise aurait erré aussi longtemps ?
Et puis comment affirmer que Jean-Paul II, qui était le Pape à l’époque, était contre l’usage habituel du latin dans la liturgie, alors que dans le motu proprio « Ecclesia Dei » il permettait justement cet usage à certaines communautés, en précisant qu’il agissait, dans ce motu proprio, pour le bien de tous les fidèles ?
Enfin, la perle se trouve surtout dans l’erreur de logique. Si le Pape fait du ski, cela ne signifie pas qu’il juge le vélo mauvais, par exemple. Cela signifie qu’il pense qu’il n’est pas mauvais de faire du ski, et que c’est bon pour lui. De même, qu’il dise la messe en français, cela prouve qu’il pense que c’est bon dans les circonstances où il le fait, cela ne prouve pas que la messe dite habituellement en latin serait mauvaise.
Le mot de la fin : à mes arguments, cet évêque a répondu tout simplement « Cela me paraît peu raisonné » ! Venant de ce haut intellectuel, ce me serait plutôt un compliment.
(8) Concile Vatican II : Sacrosanctum Concilium N° 116 (« L’Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine : c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place »).
(9) Il faut noter aussi que c’est le même sens de la musique sacrée qui leur a fait rendre à la Kora, cette sorte particulière de harpe traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest, le meilleur de ses possibilités, de sorte qu’elle peut avantageusement être utilisée dans la liturgie catholique. Le meilleur de l’inculturation ne peut se passer des références traditionnelles.
(10) « Parlons d’abord des traductions. Un document de ce dicastère du Culte divin, il y a trois ans, Liturgiam authenticam, avait pour thème principal : l’Eglise approuve les langues locales, dans la liturgie, mais les traductions, dans le rite latin, doit être fidèle au texte originel latin. La directive générale est celle-ci : toutes les traductions faites il y a trente ans doivent être révisées de telle sorte qu’elles soient vraiment fidèles au texte originel. Il est vrai que dans certaines langues, il est très difficile de faire une traduction littérale. Mais on ne doit pas admettre des traductions idéologisées. Par exemple, lorsque le missel latin fait dire au prêtre : Orate fratres ut meum ac vestrum sacrificium acceptabile fiat apud Deum Patrem omnipotentem, un traducteur qui n’accepte pas de faire la différence entre le peuple et le célébrant dira : « Priez mes frères afin que notre sacrifice, etc. » C’est cette sorte de traductions idéologisées que l’on doit éviter. Mais il ne s’agit pas seulement de la langue anglaise ! Même les Français… Regardez donc comment vous traduisez l’Orate frates…en français : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Eglise ». C’est tout. Ce n’est pas une traduction, c’est une belle phrase, une très belle phrase, mais ce n’est pas une traduction du texte latin. La réponse à l’invitation du prêtre est dans le missel latin : Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis ad laudem et gloriam nominis sui, ad utilitatem quoque nostram, totiusque Ecclesiae suae sanctae. Et que dites-vous en français ? « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Ce n’est pas une traduction. » (Entretien réalisé par l’abbé Claude Barthe et Valérie Houtart, et publié dans l’Homme Nouveau du 7 décembre 2003.)
(11) « Priez mes frères, afin que ce sacrifice mien et vôtre soit rendu acceptable auprès de Dieu le Père Tout Puissant. » - « Que le Seigneur reçoive par vos mains ce sacrifice pour l’honneur et la gloire de son nom, pour notre utilité et pour celle de toute sa sainte Eglise. »
(12) Cf. Lumen Gentium, N° 45.
(13) Liturgiam authenticam, comporte entre autres deux parties pour la traduction des textes utilisés dans les livres liturgiques : une pour le vocabulaire biblique, une pour le vocabulaire des textes proprement liturgiques ; dans les deux listes de mots à traduire avec grand soin figurent en bonne place les mots signifiant « âme » en latin (mens, anima, spiritus…).
(14) Joseph, Cardinal Ratzinger, La mort et l’au-delà, 1994, pp 111ss. Le grand cardinal constatait : « L’idée que parler de l’âme n’est pas conforme à la Bible s’est imposée à tel point que le nouveau ‘Missale Romanum’ de 1970 lui-même bannit de la liturgie des morts le mot ‘anima’, qui a également disparu du rituel des funérailles. »
On voit là pourquoi les autorités liturgiques romaines de l’époque ont accepté des traductions gravement fautives : elles allaient dans le même sens que ce à quoi les poussaient leurs convictions.
Mais comment, dira-t-on, en est-on venu à ce point qu’une doctrine tenue pour assurée pendant deux millénaires a-t-elle pu être balayée d’un seul coup ? Quelle sens de l’Eglise est-ce là ? On comprend du même coup pourquoi tout ce que compte dans le microcosme des liturgistes officiels français est hostile à la révision des traductions : c’est qu’elle remet en question les présupposés des rénovateurs de la liturgie.
(15) Sur la traduction du Pater, voir notre contribution au débat.
Pour soutenir le séminaire Saint Pierre de Natitingou, vous pouvez envoyer vos dons sous forme de chèques :
- soit directement à l’ordre du diocèse de Natitingou, CCP PARIS 01 207 49 E 020
Evêché de Natitingou
B.P. 102
NATITINGOU
BÉNIN
- soit, par exemple pour bénéficier d’un reçu fiscal,
à l’ordre de la Fraternité Catholique Eurafricaine, en précisant « pour le séminaire de Natitingou », à l’adresse suivante :
FCEA
La Commanderie
F – 28240 MONTIREAU.
D’avance merci.
Nos besoins sont très grands et nous avons plusieurs projets en cours de réalisation.
Nous n’avons pas de salle de réunion et quand on doit s’adresser à tous les séminaristes, il faut le faire à la chapelle ; on a dû rajouter une classe, destinée à compléter les études primaires, souvent déficientes : on a dû l’installer dans un dortoir, et les élèves sont entassés dans les autres dortoirs ; les professeurs sont plutôt mal logés, de nouvelles chambres seraient nécessaires, entre autres pour avoir une pièce où héberger les malades contagieux, etc.
Pourquoi donc tant de chantiers inachevés ? C’est que la plupart des institutions qui nous aident – que Dieu bénisse nos bienfaiteurs ! – acceptent de financer partiellement les travaux, mais pas jusqu’au bout. Nous saisissons donc les occasions quand elles se présentent…
Et il y aurait d’autres besoins à satisfaire, si nous le pouvions : par exemple poncer les tableaux noirs des classes et les repeindre.
Alors, pensez aussi que mille prêtres africains exercent actuellement un ministère en France. Aider à leur formation en Afrique est un bon investissement…
Encore merci.
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20.11.2008
NOUVEAUX SOUVENIRS DU ZAÏRE.
Les allumettes des séminaristes.
C’était en septembre 1983. Je venais d’arriver à Mugeri, petite presqu’île qui s’avance dans la baie de Katana, sur la rive occidentale du lac Kivu : c’est là que se trouvait le petit séminaire où je devais enseigner le latin et le français. Et voici qu’au bout d’une semaine, ce fut la rentrée des élèves. J’étais très intimidé. Je tardai à sortir de ma chambre après la sieste. Je me décidai enfin, me demandant à quelle sauce j’allais être mangé. Un attroupement se forma autour de moi. Je constatai rapidement qu’eux aussi se demandaient à quelle sauce le nouveau professeur allait les manger.
Je cherchai quelques sujets de conversation. Je n’en trouvai guère. Je demandais de quelle paroisse ils étaient – je tâchais de me faire une idée du diocèse – ou en quelle classe ils rentraient – je voulais savoir lesquels j’aurai en cours. J’étais à court d’idée quand soudain un souvenir de scout me revint : certains Africains savent faire du feu sans allumettes. Aussitôt je demandai :
- Y en a-t-il parmi vous qui savent allumer un feu sans allumettes ?
- Oui, fit Mukunda Balezi, nous, on sait ! On vous montrera !
Quelques jours plus tard ils tinrent parole. Son confrère et lui avaient choisi et préparé les bouts de bois comme il fallait. Il y avait un demi rondin de huit à dix centimètres de large, sur la surface plane de laquelle on avait taillé des encoches triangulaires, en pente douce, dont la pointe la plus basse touchait le bord du rondin. Et il y a avait un petit bâton bien rectiligne, d’une vingtaine de centimètres, qui me fit penser à du sureau : dur à l’extérieur (beaucoup plus dur que le sureau de chez nous), il avait une sorte de mousse à l’intérieur. Le tout était très sec.
En vingt secondes, ils obtinrent du feu : ils ont fait tourner le bâton sur lui-même à toute vitesse en plaçant son extrémité dans une encoche du rondin. Le frottement de l’écorce du bâton sur le bois tendre produisait une très grande chaleur, et la mousse de l’intérieur tombait en petites braises sur de la mousse sèche placée là.
Impressionné, je voulu les complimenter :
- Bravo, vus faites cela tous les jours !
- Oh, non, Monsieur l’Abbé ! On a des allumettes !
Le feu des missionnaires.
L’histoire des allumettes me rappelle une anecdote qu’on m’a racontée. Des missionnaires arrivent en caravane sur le territoire d’une tribu dont le roi se soucie fort peu de les voir s’implanter chez lui. Ses éclaireurs lui ont rapporté un fait étrange : les Wazungu – les Blancs – n’emportent pas de feu avec eux.
A cette bonne nouvelle, le roi, enchanté, se hâte d’interdire à tous ses sujets de fournir du feu aux nouveaux venus. Privés de cet élément essentiel, ils n’auront qu’à décamper.
Las pour le roi ! Les missionnaires avaient des allumettes…
L’alcool des protestants.
Mais revenons à ce dimanche après-midi où quelques séminaristes s’étaient groupés autour de moi. Ce fut leur tour de me poser une question :
- Est-il vrai qu’en France les protestants boivent de l’alcool et boivent du vin ?
- Oui, c’est vrai, fit-je, l’air ahuri, me demandant ce qui pouvait bien motiver ce genre de question.
- Ah ! C’était donc vrai, ce qu’on nous dit, que les protestants en France boivent de l’alcool et boivent du vin.
Je résolu de ne pas me compromettre davantage en les interrogeant. Mais je me renseignai auprès de mes confrères.
- Oui, fit-le Père Brabant. Ici, les protestants n’ont pas de chance. Leurs premiers missionnaires dans la région venaient de Suède, pays prohibitionniste comme les Etats-Unis à la même époque. Ils vous démontraient, Bible en main, que l’alcool est interdit aux chrétiens.
- Mais ne se rendent-ils pas compte aujourd’hui que c’était conjoncturel ?
- Si, mais ils ne peuvent pas changer, dit le Père de Vloo. Car, comme c’est la différence la plus visible avec le catholicisme, ils perdraient la face et seraient coulés pour longtemps dans la région.
- Et quand dans les discussions œcuméniques, reprit le Père Brabant, on leur fait remarquer que Jésus a changé l’eau en vin à Cana, ils rétorquent : « Ah, oui ! Mais Notre Seigneur n’a pas recommencé !
Bref, quand vous êtes invités dans la bonne société protestante de Bukavu, on ovus propose du fanta. Mais contrairement à tous les usages en vigueur sous les tropiques, où l’on doit décapsuler devant vous les bouteilles, afin que vous voyiez qu’elles sont scellées et que les verres sont propres et secs, on verse le liquide dans les verres à la cuisine. Mais avant, on a pris soin de vus demander, l’air de rien :
- Vous prendrez du fanta, ou bien du fanta fort ?
Foi et culture.
Notre recteur, Monseigneur Adolphe Kaningu, était un homme fort bon quoique peut-être même un peu trop bon (c’est sans doute ce qui lui a donné la force de me supporter !). En tout cas il était très fin et avait une bonne dose d’humour. Il avait été vicaire général et se laissait faire quand nous lui disions « Monseigneur », bien qu’il n’eût plus la fonction qui lui avait valu le titre.
Ce jour-là, on fêtait le cinquantième anniversaire de son baptême (il devait avoir douze ans environ, à l’époque) et le trentième anniversaire de son ordination sacerdotale. De plus, notre évêque Monseigneur Mulindwa Mutabesha M. M., son ancien condisciple, fêtait les mêmes anniversaires.
Grande fête, donc. Et comme on était chez les Ex-belges, les jours de fête il y avait des frites : le pays sombra par la suite dans une pauvreté telle que ce luxe nous devint inaccessible. En tout cas, ce jour-là, Monseigneur Kaningu se resservit en frites, en s’exclamant : « je ne savais pas qu’en me faisant baptiser, je changeais de culture ! »
Le temple, que dis-je, la cathédrale !
Toujours chez les Ex-Belges, on avait une bonne bière locale. C’est la fameuse « Primus », dont le slogan était : « Elle fait mousser la vie ! »
J’avais rencontré vers 1970 un jeune Belge qui m’avait dit qu’au Congo ex-belge les hommes politiques étaient tous ivres à neuf heures du matin, et que la seule industrie qui avait résisté aux guerres civiles, soulèvements et autres sécessions, était la brasserie : on aurait volontiers détruit la brasserie de l’adversaire pour porter un coup dur à son moral, mais c’était risquer des mesures de rétorsion du même ordre, ce qui serait inhumain. Il y avait donc, disait mon interlocuteur, une sorte de sanctuarisation des brasseries.
Naturellement, en arrivant, je ne dis mot de cet entretien. Je pensais qu’il devait y avoir une forte dose d’exagération chez un jeune déçu par la façon dont s’était faite l’indépendance.
Mais voilà qu’un soir Monseigneur Mulindwa devait se rendre, à la nuit tombante, à Mugeri, à une quarantaine de kilomètres au Nord de Bukavu. Ayant passé la journée en ville, je profitai de l’occasion.
La voiture, comme la route, suivait les contours sinueux de la rive du lac assombri quand j’entendis la voix grave de l’évêque, parlant dans sa barbe noire : « Nous arrivons au temple ! A la cathédrale !
Et sur la gauche, à ce moment, nous aperçûmes les lumières de l’usine de la Bralima – brasserie et limonaderie de la Maniema – où s’élaborait toute la Primus de la région.
Monseigneur m’expliqua. Lorsqu’en 1967 le mercenaire belge Schramme eût pris en une nuit, avec ses gendarmes katangais, les villes d’un tiers du Congo pour ennuyer le président Mobutu, il se replia en bon ordre sur Bukavu, d’où il pourrait s’exfiltrer vers le Rwanda quand le moment en serait venu. Il soutint le siège de l’Armée Nationale Congolaise tant qu’il eut des obus de mortier.
Mais un jour on vint à manquer de quelque chose de plus précieux que les munitions : la bière. On monte une expédition : plusieurs camions prennent la route qui longe le lac vers le Nord. On y est dominé par les collines tenues par l’ANC. Qu’importe : ils n’oseront pas tirer. S’ils le faisaient, ils savent pertinemment que nous bombarderions la Bralima et ils seraient privés de Primus.
Le convoi revint sans encombre à Bukavu. Chargé de bière.
Les chaussures des séminaristes.
Il y eut un jour une grande dispute entre anciens et modernes, au sein de la petite communauté des missionnaires Pères Blancs de la région des grands lacs : fallait-il ou non autoriser les grands séminaristes à porter des chaussures.
Les anciens avaient de bons arguments contre. On en voulait pas que le sacerdoce devienne un moyen d’ascension sociale. Les premiers prêtres congolais portaient soutane, c’était impératif. Mais ils allaient pieds nus, ils ne devaient pas se distinguer de la population par des signes extérieurs de richesse. Et les anciens avaient le pouvoir, et les séminaristes allaient pieds nus.
En vain les modernes faisaient valoir que la population évoluait, que de plus en plus de Noirs portaient des souliers, qu’il devenait malsain à la longue de perpétuer cette forme de discrimination entre le clergé indigène et le clergé missionnaire…
Rien n’y fit, pendant longtemps.
Or un séminariste se blessa au pied. C’était suffisamment grave pour qu’on craigne une infection. On l’autorisa donc à porter une chaussure. Oui, une. On ne transige pas avec les principes !
Longtemps après, un prêtre qui avait connu cela me confiait qu’un de ses condisciples en riait encore et disait : « Nous les Noirs orgueilleux voulions cacher nos pieds laids, tandis que par humilité les missionnaires blancs cachaient leurs jolis pieds ! »
08:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique missions catholiques
25.08.2008
Les Amis de Pageliasse
Si ce blog vous plaît, voulez-vous aider à la traduction de "Pageliasse" en plusieurs langues ?
Si oui, vous pouvez envoyer vos dons à :
"Les Amis de Pageliasse"
Maison Saint Martin
F - 28240 MONTIREAU
Cette association est en cours de constitution.
Nous commencerons par l'anglais. Nous nous sommes assuré le concours d'un bon traducteur, maîtrisant parfaitement le français - qu'il a souvent enseigné dans divers pays - et ayant l'anglais comme langue maternelle. Les sommes déjà réunies nous permettent de lui payer les premières pages. Nous comptons sur votre aide pour continuer.
D'avance merci.
Pour l'association,
Abbé Bernard Pellabeuf
23:03 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.08.2008
photo
L'église Saint Barthélemy et la ferme fortifiée de Montireau (diocèse de Chartres).
15:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.08.2008
DEPART AU BENIN
Après avoir célébré mes trente ans de sacerdoce, je vais partir au Bénin.
Je serai professeur de latin au petit séminaire de Natitingou au Nord du pays à partir de la rentrée scolaire de la fin de l’été 2008.
Il ne faut plus m'envoyer de courrier sauf par internet (et encore, sans image : il n’y a pas l’ADSL là-bas).
Je reviendrai en principe tous les étés en France. Je pars pour trois ans, sauf problème de santé.
Il y a au petit séminaire Saint Pierre soixante-dix-huit séminaristes, répartis sur les années de la sixième à la troisième, précédées d’une reprise du CM2, avec déjà une initiation au latin. La messe y est dite tous les jeudis en latin : dans tous les séminaires du Bénin, il y a une messe en latin par semaine. J’assurerai 19 heures de cours de latin par semaine.
Monseigneur N’koué, l’évêque de Natitingou, est très engagé pour la promotion de la liturgie en latin. Il a par exemple eu l’occasion de célébrer la messe selon le missel tridentin à Rome, lors de l’un des derniers congrès du Centre International d’Etudes Liturgiques. Il a fait venir des religieuses bénédictines de l’abbaye de Joucques (diocèse d’Aix en Provence), qui ont leur liturgie en latin, pour faire une fondation dans son diocèse. Et il tient tout particulièrement à ce que les séminaristes apprennent le latin, conformément au droit canon.
Il a créé une paroisse personnelle pour les fidèles qui souhaitent avoir la messe dans le missel antérieur au concile. Le curé de cette paroisse, l’abbé Denis Le Pivain, qui a fait construire l’Eglise Saint Jean-Baptiste, a consulté Monseigneur N’Koué pour l’orientation de l’autel, qu’il voulait disposer de façon qu’on puisse y dire la messe d’un côté ou de l’autre. Monseigneur a voulu que l’autel soit tout contre le mur.
En bref, le diocèse de Natitingou est un laboratoire où l’on constate la justesse des positions de Benoît XVI, spécialement en matière de liturgie.
Si vous voulez aider matériellement le petit séminaire de Natitingou, vous pouvez envoyer votre chèque à la :
Fraternité Catholique EurAfricaine
La Commanderie
F - 28240 MONTIREAU
en précisant : " pour le séminaire de Natitingou "
D’avance merci – et pour vos prières aussi.
Abbé Bernard Pellabeuf
On en parle en polonais !
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