31.10.2007
SAINTS MILITAIRES
On trouvera ci-après des textes sur des saints ayant un rapport avec le monde militaire, soit par leur famille, soit parce qu'ils ont servi dans les armées, soit parce que leur culte y est répandu.
ST GEORGES, vainqueur de la terreur homicide.
Patron des cavaliers.
D’après l’homélie du 23 avril 2004 en la chapelle de l’école de cavalerie de Saumur.
La critique historique extrême a eu cet avantage qu’elle a obligé à reconsidérer non seulement la valeur des faits, mais aussi la portée symbolique des récits. Pour Saint Georges, certains historiens n’ont pas été tendres, allant jusqu’à nier son existence même. Ils prenaient argument des éléments légendaires de la vie de notre saint patron pour tout rejeter en bloc. Notamment ils faisaient remarquer que son culte s’est développé prioritairement sur les lieux du culte de Baal : on aurait inventé le personnage pour effacer le souvenir du dieu païen. Une critique plus fine permet de situer les faits dans toute leur historicité et leur valeur : la mort d’un héros donne à nos vies son sens.
Car un historien honnête reconnaît qu’un fait doit avoir une cause proportionnée. Or il y avait à Constantinople une basilique dédiée à Saint Georges, et ce dés le quatrième siècle, c’est à dire moins de cent ans après son martyre. Ce serait évidemment impossible si ce martyre n’avait eu lieu et si celui qui l’a subi n’avait pas eu une personnalité extraordinaire, au point de marquer durablement les témoins. Tâchons donc de démêler ce qui est sûr, ce qui est probable, ce qui est significatif.
Sauf parti-pris, les historiens reconnaissent aujourd’hui que Saint Georges fut un militaire romain mort martyr vers l’an 300 dans l’espace culturel syrien, et ils précisent que ce dut être à Lydda (aujourd’hui Lod), dans le Nord de la Palestine. Il n’y a pas de raison de douter qu’il fut cavalier - on le représente pratiquement toujours à cheval, même dans des traditions relativement indépendantes du monde gréco-romain, comme en Arménie ou en Ethiopie. Probablement était-il officier, peut-être même prince de Cappadoce...
C’est là sans doute qu’intervient la légende. Notre patron serait allé en Lybie. Là, il arrive près d’une ville où sévissait un dragon mangeur d’enfants. Pour le satisfaire on lui en offrait un régulièrement. Cette fois-là, le sort avait désigné la fille du roi. Survient Georges, qui tue le monstre et sauve l’enfant. De là vient qu’on le représente souvent portant un enfant en croupe.
Le culte de Saint Georges, très développé à partir de l’Orient, prit un nouvel essor en Occident après les croisades : les chevaliers reconnaissaient leur idéal en ce personnage capable de telles prouesses, et surtout de donner sa vie pour le Christ. On dit que la légende du dragon aurait été mise au point en Italie au XIIème siècle. Il faudrait tout de même vérifier que les icônes orientales le représentant tuant le monstre dépendent de cette élaboration occidentale.
Mais la légende fonctionne comme un mythe vivant. La mythologie gréco-romaine est morte : elle ne nous dit plus rien de vital, c’est pourquoi nous craignons de parler de mythe. Mais le mythe peut être vivant, et il indique les valeurs propres à ceux qui les racontent. Nous en avons un exemple contemporain frappant. Quand on présente aux jeunes Français les raisons qui fondent l’esprit de défense, on choisit de leur raconter l’histoire de France à partir de 1789. On veut ainsi fonder un ordre de valeurs. Les faits peuvent être réels, leur présentation indique ce que le narrateur veut qu’on retienne comme signification.
La légende du dragon pourrait s’avérer non seulement porteuse de sens, mais aussi témoignage historique. Car pour les soldats Byzantins comme pour les chevaliers d’Occident, le dragon représente Satan, celui qui est vaincu par les martyrs. L’Apocalypse le précise : le Dragon chassé du ciel par Saint Michel, c’est l’immonde Serpent rampant de la Genèse, l’homicide dés l’origine, celui qui tenta et fit tomber le premier homme et la première femme.
Il y a parmi les étoiles une constellation qui porte le nom de Dragon, comme il y a des planètes qui portent des noms de divinités païennes. Les Hébreux pensaient de leur côté que des Anges étaient préposés à la bonne marche des astres, qui dévoilaient donc le dispositif de « l’armée du ciel ». Et les Juifs comme les premiers chrétiens identifiaient volontiers les dieux païens à des démons qui se faisaient rendre un culte. On en a une trace dans l’Evangile. Jésus citant ses contradicteurs appelle Satan « Béelzeboub », littéralement le « Baal des mouches ».
Ainsi en parlant de la victoire de Saint Georges sur le Dragon, les différents élaborateurs de sa légende ne faisaient que mettre en valeur un thème bien connu de ceux à qui ils s’adressaient. Les martyrs sont victorieux de Satan, par leur imitation de Jésus qui a vaincu l’Adversaire en exposant sa propre vie - en la déposant. Dans la légende de Saint Georges Satan est représenté sous les traits de Baal, le dieu auquel Phéniciens et Carthaginois sacrifiaient leurs enfants. C’est peut-être le reflet d’une réalité historique toute simple : notre patron pourrait bien avoir été mis à mort pour avoir refusé de sacrifier à Baal. Du coup, son témoignage d’une espérance plus forte que les ténèbres des cultes homicides aurait fortement contribué à libèrer les esprits dans toute la région.
Et c’est cette victoire de l’espérance qui nous montre combien ce mythe de Saint Georges est bien vivant. Oui, on attend des militaires qu’ils aient des valeurs pour lesquelles ils mettent leur vie en jeu. Que des militaires soient tués n’émeut guère les clients des médias. Si des terroristes veulent faire parler d’eux, il s’en prennent aux civils. Il appartient au militaire de se sacrifier pour que les sociétés vivent en paix dans la liberté. Et cette liberté est nécessaire à l’héroïsme du soldat. Saint Georges, à la suite du Christ, a témoigné de cette liberté souveraine. C’est en définitive la foi en la résurrection qui fonde le mieux le droit que la société a de disposer ici-bas de la vie de certains de ses membres, et qui permet à ceux-ci d’assumer pleinement et consciemment ce risque.
SAINTE BARBE,
patronne des canonniers et des sécuritards.
Dioscore voulut préserver la beauté précoce de sa fille Barbe, importunée par de nombreux prétendants. Il la fit enfermer dans une tour, où elle fut instruite par des vieux philosophes. Leurs efforts ne purent que convaincre Barbe de l’ineptie des doctrines païennes, qu’elle repoussa avec toute la fougue de son adolescence.
Quand Dioscore apprit qu’elle était devenue chrétienne, il la livra aux autorités: on était en pleine période de persécutions et elle fut suppliciée. Dioscore lui-même l’acheva en la décapitant. Il fut aussitôt dévoré par le feu du ciel.
De là vient que Sainte Barbe est la patronne de tous ceux qui ont à utiliser ou à craindre le feu, comme les artificiers ou les pompiers. A bord des bateaux, la « sainte-barbe » était la réserve de poudre. Sainte Barbe est la patronne de nos canonniers.
Toute la vie de Sainte Barbe est légendaire. Celle qui est peut-être à l’origine de ce récit dut vivre au IIIe siècle ou au début du IVe, peut-être en Asie Mineure. Mais l’Antiquité regorge d’exemples parfaitement historiques de jeunes filles qui avaient compris ce que sont les droits de l’homme: puisqu’on a le devoir d’aller vers Dieu, on a droit à tout ce qui nous aide à nous tourner vers lui dans l’amour, donc librement.
Barbe se dit Barbara en latin, c’est à dire la Barbare. On a sans doute voulu montrer, en écrivant sa légende, que des jeunes filles qui n’étaient ni grecques ni romaines avaient aussi subi le martyre. Cela expliquerait qu’on ait raconté qu’elle avait été torturée de toutes les manières: on a réuni en un seul récit ce qui s’est réellement passé pour plusieurs jeunes filles.
SAINT AMBROISE.
Patron du Cadre Spécial, du Corps des Techniciens d’Administration et du Groupe de Spécialistes d’Etat-Major.
Né probablement à Trèves (l’une des capitales de l’Empire d’Occident) vers 335 et mort à Milan le Vendredi Saint 4 avril 397, il fut l’une des figures principales de l’Eglise latine à l’époque où, après les persécutions, elle pouvait s’organiser au grand jour et mettre de l’ordre dans des mentalités ébranlées par les hérésies.
Sa famille était chrétienne, mais à cette époque on différait le baptême: puisqu’il efface les péchés, il valait mieux, croyait-on, le donner peu avant la mort - l’Eglise normalement préfère faire vivre le plus tôt possible ses enfants de la grâce donnée par les sacrements. Son père appartenait à la haute administration romaine et Ambroise suivit aussi cette carrière. On le retrouve en 373 gouverneur à Milan, autre capitale impériale.
C’est là que la foule, touchée par ses qualités de gestion rigoureuse et d’honnêteté, le réclame comme évêque, au milieu des querelles théologiques qui déchiraient l’épiscopat. Les Ariens en effet étendaient leur influence, prétendant que Jésus n’était pas Dieu, ou du moins qu’il n’était pas égal au Père. Le bon sens tardait à s’imposer : si Jésus, Fils de Dieu, n’est pas vraiment Dieu et vraiment homme, nous ne sommes pas sauvés. C’est cette position que Saint Ambroise baptisé puis ordonné évêque le 7 décembre 374, défendra avec les Pères des conciles de Nicée et de Constantinople.
Son oeuvre théologique - dogmatique et morale - très valable en elle-même, eut aussi beaucoup d’influence grâce à son plus célèbre disciple, Saint Augustin. Celui-ci, jeune professeur de rang universitaire, agnostique ou manichéen, se convertit en grande partie sous la direction de Saint Ambroise. Il raconte avoir été impressionné par la prédication de son évêque et des entretiens qu’il avait eus avec lui, mais aussi par un détail révélateur. Entrant un jour dans la bibliothèque où il travaillait seul, il le vit lire sans prononcer les mots : à cette époque on lisait encore à haute voix, Ambroise était l’un des premiers à avoir une lecture directement intellectuelle. Et Saint Augustin fut un théologien inégalé jusqu’au XIIIème siècle.
Grâce à son passé de haut fonctionnaire, Saint Ambroise était bien placé pour comprendre son devoir d’assurer l’indépendance de la hiérarchie ecclésiastique par rapport à l’Etat. Les empereurs, devenus chrétiens à la suite de Constantin, avaient du mal à se débarrasser des conceptions païennes qui faisaient du chef de l’Etat le chef de la religion. Cela n’avait pas que des inconvénients ; ainsi, dans leur souci de maintenir la paix à l’intérieur de leur empire, les souverains avaient convoqué les conciles de Nicée et Constantinople pour donner l’occasion aux évêques de définir la vraie foi par rapport aux doctrines ariennes. Saint Ambroise obtint de l’empereur Gratien une législation protégeant le christianisme. Mais il eut à lutter contre l’influence de l’impératrice Justine, elle-même arienne, en 386. Et en 390, il refusa à l’empereur Théodose l’entrée de sa cathédrale : il avait fait massacrer la population de Thessalonique (20 000 personnes, peut-être) rebellée et massée dans le stade de la ville. L’empereur dut faire pénitence et l’on peut dire que Saint Ambroise, par son courage personnel, fut à l’origine d’une importante moralisation de la conception du pouvoir.
Car les fidèles de Milan avec lesquels il s’était retranché dans la cathédrale risquaient après tout le même sort que les Thessaloniciens, et leur évêque en tout premier. Que fit-on pour occuper cette foule pendant cette manifestation avec occupation d’Eglise ? Très probablement, et tout simplement, on leur fit chanter des chants ... ambrosiens ! Car notre saint a laissé son nom à une forme de chant antérieure au grégorien, plus sobre et pour cette raison plus prisée par certains. L’exemple le plus connu en est le « Te Deum », mais il faut savoir que tout récemment, des moines de Solesmes, spécialistes du grégorien, ont encore composé un « Pater Noster » « more ambrosiano ». Milan doit certainement au prestige de son grand pasteur d’avoir conservé jusqu’à notre époque un rite (ensemble de formes liturgiques) légèrement différent du rite romain.
On voit que l’oeuvre de Saint Ambroise est immense et couvre tous les domaines auxquels peut s’intéresser un évêque : il a légué au Moyen-Âge un héritage doctrinal, juridique, institutionnel et liturgique de grande envergure, et nous en sommes encore aujourd’hui les bénéficiaires au moins indirects.
LE MANTEAU TRICOLORE DE SAINT MARTIN.
D’après le sermon du 11 novembre 2003 en l’église Saint Pierre de Saumur.
Il n’y a pas de saint plus patriote que Saint Martin. N’allons pas dire qu’il avait un manteau bleu-blanc-rouge ! Et pourtant... Son manteau d’évêque, celui qui a été exposé dans la cathédrale de Tours après sa mort et qui a servi d’étendard aux armées franques pendant des siècles, cette chape, donc, était bleue. Mais son manteau d’officier, celui qu’il a partagé avec le pauvre devant la porte d’Amiens, est toujours représenté par les artistes en rouge. Or certains auteurs pensent que Saint Martin faisait partie de la garde impériale, laquelle portait, disent-ils, un manteau blanc.
Alors on peut y voir un symbole, non pas tant de notre pavillon national, mais surtout des rapports privilégiés que Saint Martin a eus avec chacune des composantes initiales de notre nation. En effet, nos ancêtres étaient les Gaulois, et Saint Martin fut leur Apôtre. Nous parlons une langue romane, et Saint Martin était lui-même romain, fils d’officier romain. Et notre pays s’appelle la France, du nom d’une tribu germaine que Saint Martin a refusé de combattre.
Evoquons tout d’abord l’artisan de la paix entre les Romains et les Francs. Pour l’Empire, il était vital de supprimer la menace des peuples vivant au-delà du Rhin. Deux armées passent le fleuve, prennent les Francs en tenaille, les obligent à une bataille rangée. La veille, l’empereur distribue et fait distribuer à ses troupes la récompense. Martin refuse la pièce d’or. Il veut de longue date être religieux, il ne veut pas verser le sang. Ce n’est pas lâcheté : il demande à être placé en avant des lignes. Il faut se représenter une bataille de ce temps-là : les armées se rangent en ligne face à face ; devant les légions, il y a les enseignes. Ceux qui sont en avant, les « antesignani », sont à peu près sûrs de laisser leurs corps sur le terrain.
Dans sa prison, cette nuit-là, Martin prie. Et voilà que sa prière est exaucée : des ambassadeurs francs se présentent, qui viennent négocier la paix. A vrai dire, on n’est pas très sûr que les Germains en question aient bien été des Francs. Les historiens ne s’accordent pas sur la date de naissance de Martin. Selon les hypothèses, il peut s’agir d’une campagne ou d’une autre. Les historiens possèdent ainsi un privilège que leur envient tous les stratèges : ils peuvent choisir leurs ennemis. Il n’en reste pas moins vrai que Saint Martin, par son attitude et sa prière, a favorisé l’entente entre l’empire romain et les peuples germaniques, peuples qui allaient apporter à la romanité une nouvelle jeunesse, qui va finalement s’épanouir dans l’efflorescence des civilisations médiévales.
Parlons maintenant du Romain. On peut imaginer un dialogue entre Saint Martin et son père. Celui-ci avait été officier général, chef d’une garnison dans l’actuelle Hongrie, par conséquent gardant les yeux fixés sur la Ligne Bleue du Danube. « Il faut défendre les valeurs de la civilisation contre les Barbares ! - Oui Papa, mais moi je voudrais être baptisé... » Eh bien le vieux soldat romain, s’il voit aujourd’hui l’oeuvre de son fils, peut en être fier. Car en fondant à Ligugé, sous l’autorité de Saint Hilaire de Poitiers, le premier monastère d’hommes de Gaule - et peut-être même de tout l’Occident, Saint Martin a prescrit à ses moines de ne faire aucun commerce, si ce n’est des manuscrits qu’ils recopieraient. Cet usage martinien s’est surimposé aux abbayes suivant la règle de Saint Colomban ou celle de Saint Benoît. Et partout, au long du Moyen-Âge, on voit les moines passer une très grande partie de leur temps au travail de copiste. Sans eux, on n’aurait probablement pas la moitié des textes qui nous sont restés de l’Antiquité romaine.
Evoquons enfin l’Apôtre de la Gaule. A cette époque, quatre-vingt-dix pour cent de la population vivait à la campagne, dans les « pays », les « pagi » comme on disait alors. Et les habitants des « pagi » s’appelaient des « pagani » - des païens. Le christianisme s’était bien implanté dans les villes en ce quatrième siècle, il y était assez souvent majoritaire. Mais les campagnes restaient à évangéliser. En effet, on n’imaginait pas à l’époque que des prêtres puissent vivre loin de leur évêque. On multipliait les évêchés, mais le clergé n’atteignait pas les campagnes. C’est Saint Martin qui, pour remédier à cette situation, a inventé la paroisse. Il a imaginé d’envoyer par petits groupes des moines-prêtres qui vivraient en communauté tout en évangélisant les campagnes. Et c’est ainsi que le peuple de nos pays a pu devenir chrétien.
On voit ainsi que Saint Martin a contribué pour une très large part à façonner la physionomie initiale de notre nation. Sa popularité s’explique donc fort bien et l’on comprend qu’à Tours, on ait ajouté foi aux dires d’une femme qui aurait eu une vision au début de la guerre de 1914-1918 et affirmait que celle-ci se terminerait le Onze Novembre, en la fête de Saint Martin.
Note. Pour comprendre la vie de Saint Martin à l’armée et son attitude en campagne, les historiens mettent en avant deux lois romaines : l’une obligeait les fils de militaires à être eux-mêmes militaires, l’autre dispensait les clercs du service militaire. Le jeune Martin a donc d’abord été soumis à la première, puis a invoqué la seconde.
Bibliographie. Vie de Saint Martin par Sulpice Sévère. Ce contemporain est allé interroger Saint Martin quand il était évêque de Tours. Il nous a laissé une « Vita Martini » et plusieurs lettres, relatant son décès. Il a beaucoup fait pour répandre les idées apostoliques de Saint Martin et pour populariser ses mérites. Son oeuvre a été republiée récemment, en édition bilingue ou en traduction.
De nombreux auteurs dont certains ont connu plusieurs rééditions ont écrit sur Saint Martin, représentant le plus souvent le point de vue hagiographique. Le livre le plus récent et le plus scientifique est celui du Père Dominique Dauzet. Ce religieux prémontré de l’abbaye Juaye-Mondaye s’est attaché à faire le point des recherches sur le Saint Patron de son abbaye. A signaler aussi le n° 19 d’Histoire du Christianime Magazine (décembre 2003), presque entièrement consacré à Saint Martin.
SAINT ELOI,
Patron des mécaniciens.
Eloi, né vers 588, apprit l’orfèvrerie à Limoges. Son Maître Abbon lui enseigna aussi l’art de frapper monnaie. A Paris, introduit auprès du roi Clotaire II par Bobbon son trésorier, il reçoit commande d’un trône en or. Avec le métal qu’on lui avait fourni pour cela, il en fit deux. Frappé de son honnêteté, le roi va lui confier des responsabilités de plus en plus importantes, à commencer par la direction de l’atelier des monnaies de Marseille.
Le fils de Clotaire II, Dagobert Ier, lui succède en 629. Ce fut un grand roi, on le surnomma « le Salomon des Francs». Sa mauvaise réputation vient de ce que les chansonniers du Premier Empire voulant brocarder Napoléon avaient caché l’Empereur sous le nom de Dagobert, tandis qu’ils attribuaient à Eloi les conseils qu’ils auraient voulu lui donner. Pendant la campagne de Russie ils chantaient ainsi: « Le bon roi Dagobert - partit faire la guerre en hiver... »
Toujours est-il que Saint Eloi devient son conseiller le plus influent. Il en profite entre autres pour faire fonder des abbayes à travers le royaume, qui deviendront autant de centre de développement matériel, de rayonnement culturel et d’approfondissement spirituel. C’est ainsi qu’est née l’abbaye de Solignac près de Limoges. En 636 il fit se rencontrer Dagobert et Saint Judicaël, qui régnait sur la Bretagne: ils signèrent un traité.
Dés la fin de l’empire Romain, on vit beaucoup de hauts fonctionnaires devenir évêques (voyez ci-après Saint Ambroise). En 641, deux ans après la mort de Dagobert, Eloi fut tout naturellement nommé évêque de Noyon, à quelques dizaines de kilomètres au Nord-Nord-Est de Paris. Il y succéda à Saint Médard. De nouvelles abbayes sont fondées sous son impulsion, notamment Noyon, Tournai et Saint-Quentin. Saint Eloi évangélise les Frisons, dans les Pays-Bas. Il mourut le premier décembre 660.
Saint Eloi reste un modèle pour tous ceux qui travaillent le métal avec précision et dont la conscience professionnelle doit être absolue. Il est donc le patron non seulement des orfèvres, mais aussi de bien d’autres, au premier rang desquels nous saluons nos mécaniciens de la marine.
FÊTE DE SAINT JEAN DE CAPISTRAN,
Patron des aumôniers militaires catholiques.
Quand il naît en 1386 à Capestrano en Italie Centrale, son père est un seigneur du Nord de l'Allemagne, engagé dans l'armée de Louis Ier d'Anjou. Après des études de droit à Pérouse, il est à moins de trente ans gouverneur et capitaine de cette ville située à quelque 130 kilomètres au Nord de Rome. Les fonctions d’un capitaine dans l’Italie d’alors sont diverses : il est à la fois juge est chargé de la défense de la cité. Son cheminement spirituel assumant son tempérament militaire annonce celui de Saint Ignace de Loyola : après avoir été prisonnier de Sigismond Pandolfe Malatesta (Seigneur de Rimini) et très touché par la mort de son épouse, il renonce à sa vie de scandales et entre en 1415 chez les religieux franciscains. Il eut pour maître Saint Bernardin de Sienne, l'initiateur de la dévotion au saint Nom de Jésus.
Ordonné prêtre, il parcourt l'Italie où se répand sa réputation d'extraordinaire prédicateur. Quatre papes successifs le connaissent et lui confient des missions difficiles à travers l'Europe et jusqu'en Palestine. Il va aussi réorganiser l'Ordre de Saint François. Il prêche en Hongrie contre l'hérésie hussite. Cette doctrine, élaborée par Jean Hus, préfigurait le protestantisme avec son refus de tout ce qui est révèlé en dehors de la Bible.
Mais en 1453, Constantinople tombe aux mains des Turcs qui menaçaient déja toute l'Europe centrale depuis leurs possessions dans les Balkans. La Hongrie assurait pour l'essentiel la défense de la liberté religieuse et de la Chrétienté. Le général hongrois Jean Hunyade avait été vaincu en 1444 ; élu régent deux ans plus tard, il prépare sa revanche, qu'il obtiendra le 23 juin 1456, en arrêtant la progression de l'invasion musulmane devant Belgrade. Jean de Capistran, qui avait organisé cette croisade, mourut d'épuisement à Ilok en Croatie quatre mois après, le 23 octobre 1456. On célèbre sa fête ce jour-là ; on le vénère comme "l'Apôtre de l'Europe unie" et comme patron des aumôniers militaires.
Nous le prierons pour la paix dans les régions qu'il a défendues, et pour avoir des aumôniers militaires en nombre suffisant.
LA BIENHEUREUSE ELISABETH DE LA TRINITE : la Sainte d’Avord.
Article paru dans la revue "Les Copains d'Avord" de la base aérienne 702 d'Avord.
Avord n’avait pas encore, bien sûr, sa piste d’aviation, quand le capitaine Catez y servait dans un régiment du train en 1880. Né en 1832 dans le Pas-de-Calais, il est issu du rang et a fait la guerre de 1870 et des campagnes en Algérie. Son épouse, Marie Rolland, est née à Lunéville dans une famille d’officier et a vécu dans l’Aude. Elisabeth naît le 18 juillet 1880 au camp d’Avord. Dix mois après, ils partiront en garnison à Auxonne, puis à Dijon où en 1883 Elisabeth aura une soeur, Marguerite.
C’est là aussi que meurt le capitaine Catez fin 1887. Mais Elisabeth est profondément marquée par l’esprit militaire. Un des spécialistes de notre sainte, le Père Févotte, note: « De son Père, militaire de carrière, elle héritera la fermeté du caractère, une volonté bien décidée et un sens affiné de l’honneur. » Très tôt en tout cas, elle parle d’être religieuse. La maison Catez n’a pourtant rien d’un cloître! On y a des relations mondaines, on part en vacances dans des lieux qui enchantent la jeune fille. Elisabeth brille par ses grandes qualités de musicienne et de danseuse. Mais elle s’attache à dompter une nature ardente, voire coléreuse. Et elle décide de ne donner son coeur qu’à Dieu.
Le Carmel.
Concrètement, elle souhaite entrer au Carmel, tout proche de la maison maternelle. Mais justement sa mère, longtemps, lui refusera la permission. C’était l’époque où la future Sainte Thérèse entrait au Carmel de Lisieux à quinze ans, mais où l’on n’était majeur qu’à vingt et un! Finalement Madame Catez accepte la vocation de sa fille pour le jour de sa majorité.
L’Ordre du Carmel est né en Terre Sainte au début du XIIème siècle. Le Mont Carmel domine l’actuel port de Haïfa. Le prophète Elie, au VIIIème siècle avant Jésus-Christ, s’y était retiré pour fuir la colère d’un roi idolâtre. Des moines ont choisi ce patronage et ce site pour y vivre plus parfaitement que les autres chrétiens le commandement du Christ: « Quand tu prieras, entre dans ta chambre et, porte fermée, prie ton Père qui est dans le secret. » L’Ordre s’est vite répandu en Occident et, au XVIème siècle il a donné en Espagne ses deux plus grands maîtres de spiritualité: Sainte Thérèse d’Avila et Saint Jean de la Croix. Comme ceux-ci, notre Sainte Thérèse de Lisieux sera proclamée docteur de l’Eglise.
Le nom nouveau.
Elisabeth Catez devient Elisabeth de la Trinité. Les religieux changent volontiers de nom à leur entrée dans leur nouvelle vie. On peut y voir plusieurs significations. La première, c’est d’appartenir à la communauté où l’on reçoit ce nom comme on appartient à sa famille. La deuxième, c’est que les voeux des religieux sont comme un renouvellement du baptême où ils ont reçu leur premier nom. Et puis dans l’Apocalypse, Saint Jean dit qu’au ciel, chacun reçoit un nom nouveau: l’entrée dans la vie religieuse préfigure ainsi l’entrée dans la vie éternelle.
Mais un nom de religion, c’est aussi un programme de vie spirituelle. On le donne au nouveau religieux en tenant compte de ses attraits dans la prière. Si bien que le nom d’Elisabeth de la Trinité révèle ce dont notre sainte va vivre. Et aussi, mais elle ne le sait pas encore à son entrée au Carmel de Dijon, il contient le message qu’elle donne à l’Eglise d’aujourd’hui.
La Trinité.
Le mot « Trinité » est synonyme de Dieu pour les chrétiens. Il signifie que Dieu est unique, en trois personnes. Jésus a fait comprendre à ses disciples qu’il est Fils de Dieu, qu’il est venu d’auprès de Dieu le Père; et qu’il allait envoyer l’Esprit-Saint d’auprès du Père.
La plupart des religions disent que Dieu est Père, puisqu’il est à l’origine du monde. Mais les chrétiens précisent qu’il est Père en lui-même, indépendamment de la création du monde. Car Dieu est lui-même sa propre origine. Et Dieu est Fils: il reçoit en lui-même sa vie. Le Père et le Fils ne sont qu’un Dieu. C’est comme dans une source: il y a l’eau qui coule et la terre par où elle coule, et pourtant il n’y a qu’une seule source. Dieu est source de sa propre vie: il est Père. Il est réceptacle de sa propre vie: il est Fils.
Et l’Esprit de Dieu ne fait qu’un avec le Père et le Fils, il est l’amour dont Dieu Père et Fils s’aime éternellement.
L’union avec Dieu-Trinité.
L’intuition d’Elisabeth de la Trinité, c’est que nous devons être unis à Dieu de façon très intime. Elle-même trouvait son bonheur dans l’amour envers Jésus. Elle comprenait les paroles de Jésus: « Si quelqu’un m’aime, ... mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure. » Et les paroles de Saint Paul: « Vous êtes le temple de Dieu, et l’Esprit de Dieu réside en vous. »
Cette union avec Dieu est douce. On peut donc se la représenter d’une façon ou d’une autre, pourvu qu’on en vive. On peut imaginer cette présence comme celle d’un être qui habite au-dedans de nous, ou comme quelqu’un qui est toujours à côté de nous. Peu importe, pourvu qu’on sache qu’il est là, qui nous aime.
La croix.
On sait qu’on aime quelqu’un quand on voit qu’on est capable de souffrir pour lui. Jésus a affirmé qu’il offrait sa vie en mourant sur la croix, pour effacer nos péchés. Et ses disciples, à leur tour, offrent leurs souffrances pour expier leurs péchés et ceux des autres. Ils le font dans leur amour pour Dieu.
La souffrance n’a pas manqué dans la vie d’Elisabeth. Il y eut, bien sûr, la mort de son père; il y eut les efforts qu’elle fit pour maîtriser son caractère emporté. Il y eut aussi sa réaction à la souffrance de sa mère, qui appréhendait son entrée au Carmel. Et surtout il y eut une terrible maladie, qui après des mois d’agonie, terrassa Elisabeth dans sa vingt-septième année.
Au début du printemps 1905, elle se sent épuisée. En août, on la décharge d’une partie de sa tâche. A la fin de l’année, elle sait que c’est son dernier Noël. Elle est atteinte de la maladie d’Addison, que les médecins connaissaient mal et ne pouvaient soigner. Elisabeth a des ulcérations, des insomnies, ne peut presque plus s’alimenter. A Pâques 1906, elle est à l’infirmerie, définitivement. En tout cela elle garde un bonheur profond, qu’elle puise dans son union à la Trinité. Sa dernière lettre, à un jeune homme de vingt-cinq ans qu’elle appelle « Mon petit frère », est pleine de délicatesse, mais Elisabeth n’a plus la force que de la signer d’une croix.
Elle est très bien entourée par ses soeurs du Carmel. Elle écrit: « C’est touchant de voir comme on s’aime chez nous. » Cela rend moins pénible ses derniers moments. Ses dernières paroles sont: « Je vais à la lumière, à l’amour, à la vie. » Elle meurt le matin du 9 novembre 1906. C’est à cette date que l’Eglise la fête, depuis que Jean-Paul II l’a proclamée bienheureuse, en 1984. Mais à Avord, où elle est née, on pourrait la fêter pour l’anniversaire de sa naissance, ou le dimanche suivant - d’autant plus qu’en 2001 ce dimanche 22 juillet sera l’anniversaire de son baptême.
Père Bernard Pellabeuf.
Pour en savoir plus. Les oeuvres complètes d’Elisabeth de la Trinité ont été publiées aux éditions du Cerf: un volume de 1100 pages! (A titre indicatif, celles de Thérèse de Lisieux dans la même collection tiennent en 1600 pages...) De nombreux livres ont été écrits sur notre bienheureuse. Pour une introduction, on peut utiliser la brochure du Père Conrad de Meester: « Ta présence est ma joie - vie et message d’Elisabeth de la Trinité. » Voyez aussi: Abbé Jean Rémy, « Prier 15 jours avec Elisabeth de la Trinité », Nouvelle Cité; Didier Decoin, « Elisabeth Catez ou l’obsession de Dieu », Balland 1991; Bernard Sesé, « Petite vie de Elisabeth de la Trinité », Desclée de Brouwer, 1993; Père Patrrick-Marie Févotte, « Virginité, chemin d’amour à l’école d’Elisabeth de la Trinité », Cerf 1993.
Un commentaire autorisé: + Cher Père Pellabeuf, ... Merci pour tout ... ce que vous faites pour qu’Elisabeth soit connue dans ce milieu militaire où elle avait tant d’attaches. Son caractère et son indomptable énergie manifeste aussi une trempe digne de nos armées! Votre article est très bon ... - Soeur M. Michelle. (La prieure du Carmel de Flavignerot, le 8.11.00.)
Une suggestion aux aumôniers militaires : célébrer la messe votive de la bienheureuse Elisabeth de la Trinité entre le 18 et le 22 juillet, dates de sa naissance au camp l'Avord et de son baptême à la chapelle du camp.
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