08.04.2009
Curriculum vitae ecclesiasticum
Entretien avec le Père Bernard paru dans la Revue Saint Pierre - distribuée aux bienfaiteurs du Petit Séminaire Saint Pierre de Natitingou - de décembre 2008
Dans l’Eglise, il n’y a pas d’étranger. Certes, mais c’est mû par l’amour indéfectible du Christ qu’on peut traverser des continents pour aller communiquer ses connaissances à d’autres. Révérend Père Pellabeuf, notre joie est grande de vous avoir comme professeur de latin, permanent dans notre maison. En effet, vous avez répondu promptement et très généreusement à la demande de Monseigneur N’Koué, chargé des séminaires, cherchant un professeur de latin pour notre séminaire. Aussi Saint Pierre Nouvelles voudrait-il saluer votre présence en notre sein.
Saint Pierre Nouvelles (SPN) :
Cher Père, veuillez bien décliner votre identité à nos fidèles lecteurs.
Père Bernard :
Avec joie ! Je suis né en 1950, le troisième d’une fratrie de cinq, de parents très engagés dans l’Eglise. A vrai dire, mon père n’avait pas été baptisé à sa naissance, car ses parents étaient incroyants. Mais il cherchait la vérité, et quand il a rencontré ma mère, il s’est converti totalement. Il était militaire, et avait fait l’école d’officiers à Saint-Cyr, tout comme ensuite mon frère et deux de mes neveux.
Nous avons de ce fait très souvent déménagé, dans des endroits qui tiendraient dans une ellipse dont les foyers seraient Alger et Baden-Baden en Allemagne. J’ai fait mes études secondaires dans d’autres lieux encore. Et cela continue à remuer : j’ai une partie de ma famille qui a émigré en Australie.
C’est à neuf ans que j’ai dit à mes parents que je voulais être prêtre. J’ai un neveu de trente ans qui est prêtre à la communauté Saint Martin et un autre de neuf ans qui en parle déjà.
A dix-sept ans, je ne pensais plus au sacerdoce, mais le Bon Dieu m’a rattrapé. Comme j’avais voulu devenir officier moi aussi, mes parents m’ont dit de faire les deux ans de préparation à Saint-Cyr, pour que ma vocation mûrisse. Mais au bout d’un an je suis entré au séminaire.
(SPN) :
Pouvons-nous en savoir un peu plus sur votre cursus, cher Père ?
Père Bernard :
A cette époque, comme me l’a dit ensuite Mgr Daucourt, évêque de Nanterre près de Paris, c’était la pagaille dans les séminaires. Il y avait donc à Fribourg en Suisse quelques dizaines de jeunes qui se préparaient au sacerdoce en suivant les cours des dominicains qui enseignaient selon l’esprit de Saint Thomas d’Aquin, comme le demande l’Eglise. C’est là que mon père m’a envoyé.
L’évêque de Chartres, qui avait approuvé ce choix, me fit dire en 1976 qu’il n’y avait rien à me reprocher, mais qu’on ne voulait pas de moi. Il m’a tout de même recommandé à Mgr Lallier, archevêque de Besançon, près de la Suisse. J’ai été ordonné en 1978 après deux ans de stage.
J’ai ensuite été vicaire dans deux endroits différents, mais je me rendis compte que la pagaille ne régnait pas seulement dans les séminaires. Par exemple un confrère qui avait le portrait de Lénine dans son bureau me fit beaucoup d’ennuis. Or Lénine est ce révolutionnaire qui a persécuté et fait mourir des millions de chrétiens en Russie !
La deuxième paroisse ou je fus nommé se trouva dans la partie du diocèse qui fut séparée de Besançon pour former le diocèse de Belfort, où je suis par conséquent incardiné. Mais j’y étais le seul à porter un habit ecclésiastique. Et les abus liturgiques étaient nombreux, en particulier on faisait prêcher des pasteurs protestants pendant la messe. Comme je refusais de le faire, on me faisait passer pour désobéissant…
Je suis donc parti six ans comme prêtre " fidei donum ", professeur de latin et de français, au petit séminaire de Bukavu dans l’Est du Congo. J’ai pu aussi aller au Burundi et au Rwanda. Ce premier contact avec l’Afrique m’a beaucoup marqué.
Ensuite je suis rentré en France et j’ai travaillé dans le diocèse aux armées. Ce fut passionnant. Entre autres j’ai été aumônier du porte-avions Foch, un bateau de deux cent soixante mètres où on voit des avions passer en cinquante mètres de l’immobilité à la vitesse de deux cent kilomètres à l’heure. C’était pendant la guerre de Bosnie, et nous sommes souvent allés dans la mer Adriatique.
J’ai aussi été deux ans à Dakar. J’ai encore approfondi ma connaissance et mon amour de l’Afrique en de nombreuses escales, dont deux à Cotonou. J’ai passé un an à l’île de la Réunion, et un autre à sillonner l’Océan Indien. Au total, je suis passé dans quarante-cinq pays. A chaque fois j’ai tâché de rencontrer l’Eglise locale.
Mais tout cela a été très fatigant et je suis tombé malade, et j’ai mis quatre ans à me remettre. C’est alors que j’ai entendu l’appel de Monseigneur N’Koué…
(SPN) :
Les continents sont différents, les pays aussi. Comment trouvez-vous le Bénin et en l’occurrence le séminaire Saint Pierre qui vous accueille ?
Père Bernard :
Mon premier contact avec le Bénin fut lors d’une mission sur un aviso dans le golfe de Guinée. Nous étions déjà passé à Dakar et Abidjan. Eh bien nous avons été charmés, le mot n’est pas trop fort, par le Bénin. Nous y avons trouvé des gens très accueillants. De plus, le sens artistique est bien développé, je l’ai remarqué en particulier aux motifs sur les tissus qui sont très originaux. J’ai aussi acheté une crèche en bois noir, que j’ai gardée chez moi.
Cette première impression se confirme depuis mon arrivée à Natitingou. Je suis touché des attentions de tous à mon égard. Et je me suis immédiatement attaché aux élèves. Je suis toujours ému quand je vois que Dieu a posé sa main sur un jeune.
(SPN) :
Professeur de latin dans notre maison, quels sentiments vous animent-ils en face des séminaristes dans leurs classes respectives ?
Père Bernard :
Quand je vois les difficultés des septièmes et l’aisance des troisièmes, je me dis qu’il se fait un excellent travail ici. Je vais essayer d’être à la hauteur.
Par ailleurs je suis frappé de voir comment vivent ensemble harmonieusement des garçons si différents par l’âge, les diocèses d’origine, les langues… Tout cela leur donne une bonne expérience d’Eglise.
(SPN) :
En ce début d’année scolaire, quels sont vos projets et souhaits pour les séminaristes ?
Père Bernard :
Mon souhait est qu’ils soient dociles à l’action de Dieu en eux. C’est en profitant au mieux de la formation spirituelle du séminaire qu’ils discerneront leur vocation.
Je n’ai pas de projet particulier. Je viens tout juste d’arriver et j’ai tout à apprendre !
(SPN) :
Merci, Père, votre dernier mot en guise de conclusion.
Père Bernard :
Je suis extrêmement heureux d’être parmi vous et j’en remercie le Seigneur.
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